Il y a quelques mois, l'Adana Demirspor était sacré champion de deuxième division turque après une formidable saison. Ce titre marque les retrouvailles entre un club nouvellement ambitieux et la Süper Lig turque, plus de 25 ans après leur séparation. Retour sur l'histoire peu commune du projet de l'Adana Demirspor.
C'est le mercato qui crée la sensation. En Turquie, bien sûr, mais aussi dans toute l'Europe qui découvre un club : l'Adana Demirspor. Pour projeter son image sur tout un continent, le club réalise le pari fou d'attirer certaines des anciennes plus grandes stars du football mondial, pour la plupart libres de tout contrat. Tel fut d'abord le cas pour Younès Belhanda qui était sans club à l'approche de ce mercato estival. Il n'en a pas fallu beaucoup plus pour attirer son ancien coéquipier à l'OGC Nice, Mario Balotelli.
Aujourd'hui, c'est un autre ancien gros espoir du championnat de France qui a été officialisé par le club turc en la personne de Benjamin Stambouli, ex joueur de Montpelier et du Paris Saint-Germain. Dans les prochains jours, c'est une quatrième ancienne star de Ligue 1 qui devrait y être officialisée dans le même mercato, puisque les discussions entre le promu turc et l'ancien capitaine de la Seleção, David Luiz, sont en très bonnes voies. Pour rappel, l'ancien Lillois Aurélien Chedjou avait quant à lui été recruté par le club turc, qui évoluait encore en deuxième division, l'été dernier.
Murat Sancak : Le personnage fantasque d'un président ambitieux
Un recrutement XXL de joueurs libres, certes, mais aux salaires conséquents. Et comment expliquer qu'un jeune promu turc qui n'a plus connu l'élite depuis plus de 25 ans puisse se permettre d'autant d'efforts financiers sur une même échéance estivale ? Derrière tout cela, un homme extravagant qui veut faire de son club une référence dans son pays : Murat Sancak. Homme d'affaires turc de 53 ans, il a été élu président du club en 2018. A peine arrivé dans cette ville du sud du pays, le Turc s'était montré très ambitieux en exprimant le fait qu'il serait prêt à casser sa tirelire pour faire remonter l'Adana Demirspor en première division. Trois ans plus tard, c'est chose faite. Mais ce n'est que la première étape d'un projet qui compte bien faire parler de lui sur tout le continent.
Au-delà de ses ambitions gargantuesques, Murat Sancak marque aussi l'image d'un président atypique du football moderne. Alors que beaucoup privilégient le travail en sous-marin pour finaliser des négociations souvent difficiles, Sancak préfère quant à lui dévoiler lui-même les discussions et les affaires de son club à la presse. Un moyen pour lui à la fois de médiatiser son club, mais aussi et surtout un moyen de faire connaître sa propre image. Il avait notamment annoncé lui-même les négociations pour Mario Balotelli et David Luiz. Un personnage fantasque donc, mais pas moins sérieux dans son travail. Alors qu'il avait récupéré un club avec une trentaine de millions d'euros de dettes, il a réussi à remettre ce dernier dans le vert économiquement en à peine trois ans.
Une famille proche du pouvoir Erdogan
Mais si Murat Sancak est parvenu à réaliser ces premières prouesses avec le club d'Adana, c'est aussi parce qu'il est un homme d'affaires hors-pair. Président du groupe industriel BMC - qui fait aussi dans l'équipement militaire depuis quelques années - Murat Sancak possède l'une des entreprises les plus puissantes de Turquie. Mais ce n'est pas tout, puisqu'il a aussi été président du groupe audiovisuel Star Media (l'un des plus importants de Turquie) entre 2014 et 2017. Poste pour lequel il avait succédé à... son cousin Ethem Sancak. Car si Murat Sancak est un formidable businessman, sa famille n'est pas en reste. En effet, son cousin Ethem est à l'origine de l'un des plus grands marchés du médicament en Turquie et est classé par Forbes parmi les 30 plus grandes fortunes de Turquie. Son journal Star, qui adopte une ligne pro-Erdogan, y est d'ailleurs pour beaucoup dans cette fortune.
Recep Tayyip Erdogan, justement. Le président turc a son rôle à jouer dans l'évolution de l'Adana Demirspor. Parce qu'en plus de leur fortune incommensurable, les Sancak sont proches du pouvoir turc qu'ils promeuvent par le biais des médias qu'ils dirigent - ou dirigeaient. Ces liens permettraient en outre aux Sancak, Ethem comme Murat, de faciliter certaines de leurs affaires personnelles, profitant ainsi indirectement à l'Adana Demirspor. En février dernier, le président turc s'était même rendu disponible pour l'inauguration du nouveau stade de 34 000 places du club. Au même titre que l'Istanbul Basaksehir, c'est comme si les promus rêvant d'un titre de champion de Turquie devaient avoir d'étroits liens avec le dirigeant turc.
Quel avenir pour l'Adana Demirspor ?
Malgré le mercato hollywoodien qu'est en train de réaliser Murat Sancak, il reste difficile de se projeter dans l'avenir de son club. Ces investissements pourraient ne pas suffire dans l'immédiat avec un effectif de joueurs moins expérimentés qui auront sûrement du mal à trouver leurs marques à côté d'éléments de renom comme Balotelli ou Luiz. Mais ce recrutement extraordinaire ne devrait cependant pas en rester là. Après que le président du club ait annoncé avoir discuté avec Nani (Orlando City), Bruma (PSV) ou encore José Fonte (LOSC), il s'est exprimé sur le cas Ibrahimovic : "Nous le voulions l’année dernière. C’est difficile de le faire venir de Milan cette année. S’il veut venir après, on aimerait voir Ibrahimovic dans l’équipe".
Vous l'aurez compris, vous n'avez donc pas fini d'entendre parler de l'Adana Demirspor. Ce club, qui fera certainement tout ce qui est en son pouvoir - et en celui de ses propriétaires - pour viser le titre en Süper Lig et les places européennes attribuées à la Turquie, sera ainsi l'une des principales attractions du championnat turc en 2021-2022, et surtout pour les saisons qui suivront ...