Sonia Souid, agente de joueurs, a pris la parole dans les colonnes de L'Equipe pour révéler et dénoncer les agissements de Noël Le Graët.
Outre la polémique avec Zinédine Zidane, qui a déchainé une véritable tornade médiatique, Noël Le Graët est aussi pointé du doigt pour des affaires d'harcèlement sexuel depuis plusieurs mois maintenant. D'ailleurs, un cabinet d'experts est en train de réaliser un audit autour de la Fédération Française de Football pour confirmer (ou non) les dérives du siège du foot français, concernant le président du foot français mais aussi certains collaborateurs. Mais ce mardi, dans les colonnes de L'Equipe, une femme a pris la parole pour raconter ses souvenirs avec "NLG". Sonia Souid (37 ans), agente de joueurs, a été contrainte de discuter à plusieurs reprises avec le patron de la 3F et notamment les avances, SMS et autres invitations rédigées par Le Graët entre 2013 et 2017...
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"À la rentrée 2014, en septembre, il m'appelle, me dit que je suis brillantissime, que j'ai réussi à faire des choses extraordinaires, et qu'il souhaite me présenter à Brigitte Henriques, en charge du foot féminin à la FFF. Il veut qu'on se voie dans son appartement parisien. Pourquoi l'appartement ? Il dit qu'il fait ça régulièrement, que c'est plus commode pour lui, plus confidentiel. J'accepte. (...) J'ai 28 ans à ce moment-là. Il en a 72. Il aurait dû avoir ce respect. Il ne m'a jamais regardée comme un agent mais comme un bonbon à croquer. Pour parler vulgairement, il m'a regardée comme deux seins et un cul !" lâche-t-elle dans L'Equipe. "Quand j'arrive, je vois déjà deux coupes de champagne remplies. J'évolue dans un monde d'hommes. Je suis quand même méfiante, un peu paranoïaque. Je ne touche pas au champagne. Et j'attends Brigitte Henriques. Est-elle venue ? Non. Il dit qu'elle a eu un empêchement. Il ajoute : 'Vous savez, on n'a pas besoin d'elle. Si on est assez proche tous les deux, j'arriverai bien à concrétiser vos idées'. Il y a un blanc".
"La seule chose qui l'intéresse (...) ce sont mes deux seins et mon cul."
Sonia Souid se dit "décontenancée" par les agissements de Noël Le Graët pour un rendez-vous professionnel. "Je suis décontenancée. C'est quand même le président. Je suis déçue. J'ai dû changer de couleur. Je suis partie, lui disant que j'allais rejoindre mon fiancé. Il m'a laissée partir. Après, il m'a appelée régulièrement pour m'inviter à dîner... C'était plutôt lourd. Car je suis une jeune agente. J'ai ma licence depuis pas longtemps. C'est mon président. Je suis une des rares femmes, j'essaie de faire mes preuves. Et malgré ça, je comprends qu'à chaque fois, la seule chose qui l'intéresse, et je m'excuse de parler vulgairement, ce sont mes deux seins et mon cul. Et c'est violent. Ça m'a blessée, c'est humiliant (...). Il m'a toujours vue comme une ''nana'' et donc une nana qui n'est bonne qu'à mettre dans son lit. J'aurais pu signer Zinédine Zidane au PSG, je serais toujours restée cette nana !"
Alors qu'il s'était défendu des premières accusations d'harcèlement en expliquant qu'il ne savait pas écrire de SMS, Noël Le Graët est pointé du doigt par l'agente. "Des propositions concrètes ? À part quand je suis chez lui, quand il m'a fait comprendre qu'il aimerait bien que je finisse dans son lit. Il est assez fin, à part ce message vocal... Celui de juillet 2017... Donc entre 2013 et 2017, il y a quatre ans. Quatre ans durant lesquels le président de votre Fédération vous drague à chaque fois, vous propose de vous voir, vous invite chez lui, vous fait miroiter des choses, alors que la seule chose qu'il veut, c'est que vous partagiez son lit. Psychologiquement, c'est très difficile. Donc de 2014 à 2017, très régulièrement, quand il montait sur Paris et qu'il s'ennuyait, il pensait à Sonia. Il a mis du temps à se fatiguer. C'est une personne qui écrit peu. Il appelle beaucoup. J'ai des messages vocaux, et quelques messages SMS : ''Est-ce que vous êtes disponible demain soir ? J'insiste.'' Ou encore il m'écrit : ''Vous me manquez''. Il veut m'inviter à des matches : des excuses pour me voir. Donc Noël Le Graët sait écrire des SMS". (...) Il y a eu plus d'une dizaine d'invitations à dîner. Mais il fait très attention. Il sait écrire des messages, mais peu, et ne dit pas n'importe quoi. Ce n'est pas quelqu'un qui laisse des messages normalement."
"Il se croit intouchable"
L'agente n'a toutefois jamais revu Noël Le Graët. "Non, je ne suis pas folle non plus. À partir du moment où mon président me fait comprendre que pour concrétiser mes idées, il fallait que je fasse un tour dans son lit... C'est un choc de comprendre ça. C'est une situation hyper délicate. À un moment, j'ai voulu arrêter (sa carrière ndlr) (...)". Mais l'élément déclencheur, qui a poussé Sonia Souid à sortir du silence, est la défense de Noël Le Graët. "Il y a cette défense de Noël Le Graët qui a dit qu'il ne savait pas écrire de SMS, qu'il défiait quiconque de trouver quoique ce soit sur son compte. Je l'ai senti tellement à l'aise, sûr de lui. Tellement le roi... C'était une provocation de trop. Ça fait longtemps que j'y pense. Et ça n'a rien à voir avec ses récentes dérives verbales. Je serai très heureuse de pouvoir ouvrir une brèche. Mais on parle de quelqu'un qui n'a aucun doute... Il est le roi et la Fédération son royaume. Il ne réfléchit pas dans ses avances. Il n'a peur de rien ni de personne. Il se croit intouchable. Il l'est certainement. Il a sûrement oublié tout ce qu'il m'a dit maintenant..."
Au total, l'agente a reçu plus d'une dizaine d'invitations à dîner mais elle promet que d'autres langues devraient se délier grâce à son témoignage. "Il y en a une qui attendait que je parle. Il faut bien qu'il y en ait une en premier".