AJ Auxerre - La Ligue 1, une marche encore un peu trop haute pour l'AJA ?

Par Adrien Cornu
8 min de lecture
Les joueurs de l'AJA ne devront déjà pas se rater face à Angers

Les joueurs de l'AJA ne devront déjà pas se rater face à Angers

Entre manque d’intensité, de profondeur d’effectif et de qualité, le match à Lille a mis en lumière les maux dont risquent de souffrir l’AJ Auxerre cette saison. Une chose est sûre, les dirigeants bourguignons vont devoir finir le mercato en boulet de canon s’ils ne veulent pas retrouver très rapidement les derbys face à Dijon.

Dimanche, le LOSC mène déjà 2-0 au quart d’heure de jeu face à l’AJA au stade Pierre-Mauroy quand, présente au bord du terrain pour Prime Video, Virginie Sainsily livre avec beaucoup de justesse ses premières impressions. "La différence se fait au niveau de l’intensité mise dans les trente derniers mètres. Côté Auxerre, ça doit être plus précis, plus rapide. Quand on passe de candidat à l’accession à candidat au maintien, c’est forcément plus compliqué".

Intensité et profondeur, deux points noirs qui ne datent pas d’aujourd’hui

Des propos corroborés par le capitaine auxerrois Birama Touré à la mi-temps. "On a totalement raté notre première mi-temps. Je pense qu’on les a regardés jouer. Il va falloir mettre beaucoup plus d’impact et d’intensité pour éviter d’en prendre trop. C’est ce qu’on va essayer de faire en deuxième." Si le deuxième acte donne en partie raison à l’international malien, la production auxerroise a, même en seconde période, été trop légère pour pouvoir inquiéter le LOSC (4-1). Finalement, c’est un exploit individuel de Gaëtan Charbonnier qui aura permis aux Bourguignons d’ouvrir leur compteur but en Ligue 1, plus de dix ans après. Gaëtan Charbonnier, à la fois buteur et symbole des maux dont l’AJA risque de souffrir cette saison. Souverain en Ligue 2, l’avant-centre de 33 ans a, comme souvent ces dernières années, montré ses limites au moment de faire face à l’élite. Pas fait pour évoluer dans une équipe dominée, du fait notamment de son incapacité à prendre la profondeur, l’ancien brestois a longtemps subi la rencontre jusqu’à finir par inscrire un but plein de malice et de justesse dont il a le secret en guise d’arbre qui cache la forêt. Ironie du sort, celui-ci est justement venu d’un appel dans le dos de la défense lilloise.

Déjà souvent à la peine en Ligue 2 au moment de changer de rythme, les Auxerrois n’ont pas fini de souffrir dans l’élite. La saison dernière, de nombreux matchs s’étaient décantés sur le fil, la faute à une inaptitude à piquer individuellement. En mai, dans l’un des matchs cruciaux pour la montée, face à Dunkerque, Gaëtan Perrin faisait par exemple rugir l’Abbé Deschamps dans les tous derniers instants au terme d’une action que l’on ne devrait pas revoir beaucoup en Ligue 1. Face à Sochaux en play-off, l’AJA s’en remettait là-aussi à la séance de tirs aux buts après avoir échoué pendant 120 minutes à débloquer une partie qu’elle avait largement dominée. Gaëtan Charbonnier, Mathias Autret, Gauthier Hein, autant d’éléments offensifs talentueux mais pas des plus menaçants en un contre un ou au moment de faire la différence seuls. Ces joueurs-là seront-ils capables de tenir le rythme de la Ligue 1 ? La question se pose. Même chose derrière où, déjà souvent à la peine en Ligue 2, Quentin Bernard a vécu un véritable calvaire pour sa première dans l’élite. Trainé, le latéral gauche de 33 ans a fait plus que souffrir de la comparaison avec l’infatigable latéral lillois Akim Zedadka. Un manque de qualité et de consistance frappant qui n’a bien entendu pas échappé à Jean-Marc Furlan. Pourtant, pour lui, ce n’est pas faute d’avoir tout maximisé. Depuis trois ans, comme à Troyes et Brest auparavant, le technicien de 63 ans a installé des circuits de grande qualité, s’affirmant comme l’artisan principal de la résurrection de l’un des clubs les plus emblématiques de l’Hexagone.

Un recrutement qui se fait attendre

"Pour avoir joué très longtemps en Ligue 1, quand tu as des valeurs individuelles et collectives comme tu en as en face, tu fermes ta gueule parce que l’adversaire est au-dessus. Tu t'adaptes pour éviter de prendre des buts et tu attends le bon moment pour pouvoir marquer. C'est ce qui s'est passé en deuxième mi-temps où on a eu un peu plus d'opportunités et on a eu un peu plus le ballon. Mais quelque part tu te rends compte que dans ce domaine-là, il va falloir à chaque fois s'adapter en fonction des valeurs individuelles des équipes" concédait le technicien auxerrois au sortir de la première rencontre de la saison. Comme un nouvel appel du pied à ses dirigeants qui, il faut le dire, ne l’ont pas vraiment gâté depuis le début du mercato. Si Benoît Costil et Youssouf M’Changama apparaissent comme deux recrues de choix, derrière eux, les points d’interrogations sont nombreux. Si en défense, Julian Jeanvier et Bryann Pereira devraient rapidement s’imposer comme des titulaires, devant, Jean-Marc Furlan n’a pas foule avec qui composer. "Il faut de la concurrence. Autant sur les milieux de terrain, ça va, autant sur les offensifs, il n'y en a pas. Or, c'est la qualité et la créativité du jeu offensif qui font la différence au haut niveau" déclarait-il justement à la veille d’un match face au LOSC durant lequel l’AJA n’a pas existé offensivement. Pour aller plus loin, il n’est également pas scandaleux de se poser la question de la cohérence du recrutement isolé de Youssouf M’Changama, l’ancien guingampais n’étant pas ce joueur capable de changer de rythme par la course dont a tant besoin l’AJA.

En cas de défaite face à Angers à l’Abbé-Deschamps dimanche, il sera déjà légitime de s’inquiéter. En attendant, le board auxerrois a encore vingt jours de mercato pour bosser. D’ici là, Jean-Marc Furlan n’a pas fini de se faire des cheveux blancs. "Si les recrues arrivent, il va falloir leur enseigner les protocoles de jeu, la manière dont on va évoluer, et c'est encore plus difficile. Ce n'est pas comme au XXe siècle. Quand tu es coach, tu as 4, 5, 6, 7 arrivées au dernier moment, et c'est particulier. Et c'est pour ça que la précarité est très importante chez les entraîneurs du XXIe siècle. Des joueurs vont certainement arriver au tout dernier moment. Moi, j'en espère pas mal et ça va être d'autant plus difficile pour leur apprendre nos process de jeu" expliquait-il mi-juillet, déjà préoccupé par une situation qui ne s’est toujours pas décantée depuis. "Quand tu es coach, tu te chies toujours dessus (rires). Tu es toujours inquiet, sauf si tu opères au PSG, car tu as toujours un mec qui peut la mettre au fond (sourire). Mais c'est vrai que ça m'inquiète. Je me demande comment on va être compétitifs au fur et à mesure des matches. Mais c'est logique que ça m'inquiète", poursuivait-il en conservant tout de même le sourire, l’optimisme et la bonne humeur qui le caractérisent.

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