CAN - Le récit du match historique des Comores : entre grandeur, honneur et respect

Par Julien Castanheira
8 min de lecture
Les joueurs des Comores célèbrent leur but face au Cameroun

Les joueurs des Comores célèbrent leur but face au Cameroun

Malgré l'élimination face au Cameroun hier (1-2), Les Comores ont probablement réalisé le plus grand match de l'histoire de la sélection. Avec un joueur de champ dans les cages et une exclusion au bout de 7 minutes, les Comoriens ont fait douter l'organisateur de la compétition et ont porté haut et fort leurs valeurs de courage et d'honneur.

Parfois, il suffit d'un rien pour voir le coeur ou la grandeur d'une personne. Hier, les joueurs de l'équipe nationale des Comores ont montré, avec leurs valeurs et leurs tripes, à quel point ils étaient grands et méritants. Face au Cameroun, l'organisateur de la Coupe d'Afrique des Nations, et malgré les coups du sort qui se sont enchainés ces derniers jours, les Comoriens n'ont rien lâché sur le terrain et ont donné plus que du fil à retordre aux coéquipiers de Vincent Aboubakar. S'ils ont été éliminés 1-2 par les Camerounais, ce sont bien les Coelacanthes qui sortent véritablement gagnants de cette rencontre en devenant les Héros et la fierté d'une nation. 

Une chose est sûre, les Comores n'ont pas été épargnés par les évènements pour leur première Coupe d'Afrique des Nations. Qualifiée pour la première fois pour la compétition, l'équipe de Amir Abdou, le sélectionneur, a fait face aux plus grands obstacles dans la préparation de son huitième de finale. Samedi, à 48h de cette confrontation tant attendue, les cas de Covid-19 s'enchainent dans l'effectif dont les deux gardiens valides du groupe. Le dernier s'étant blessé durant la compétition. Très vite, les Comoriens s'imaginent jouer avec un joueur de champs dans les cages... Bref le rêve d'une qualification en quart de finale se transforme en cauchemar. 

Pourtant, hier matin, une bonne nouvelle nous provient du Cameroun. Dans un moment de désespoir, la sélection décide de refaire un test sur ses gardiens et la chance change de camp : Ali Ahamada est désormais négatif. Le portier enchaine ensuite l'IRM et l'échographie obligatoires afin de valider la fin de sa contamination au Covid et tout est dans l'ordre. L'espoir revient dans le camp comorien avant que la CAF (la confédération africaine de football) ne vienne doucher tous les espoirs. Le chef du département médical explique que le gardien ne pourra pas être aligné selon le protocole fixé par la CAN ces derniers jours. Un protocole qui n'a pas forcément été respecté durant les deux premières semaines de compétition et dont toutes les équipes n'ont pas eu vent...

Sans escorte policière, Les Comores ont dû se préparer dans le bus

Le sentiment d'injustice grandit encore un peu plus dans les rangs comoriens, et la préparation du match ne va pas arranger ce ressenti. Alors qu'ils devaient se rendre au Stade d'Olembé (Yaoundé) pour cette rencontre, l'équipe nationale de l'Archipel n'a pas eu d'escorte de police de la part de la CAF. Tombés dans des énormes bouchons à quelques kilomètres du stade, la bande de Ali Ahamada, qui a fait le déplacement en tant que supporter, a été contrainte de se préparer dans le bus. Dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, on voit les héros de la Nation s'habiller, enfiler leurs chaussettes et commencer leur préparation du match alors qu'ils sont encore très loin de l'enceinte sportive. 

Et le folklore ne s'est pas arrêté là. Avec 18 joueurs inscrits sur la feuille de match, et donc 0 gardien, le staff technique a décidé de titulariser Chaker Alhadhur dans les cages. Avec du scotch pour cacher son précédent numéro, le défenseur d'1m72 s'est transformé en gardien de fortune face à la meilleure attaque de la compétition. Et au bout de 7 minutes seulement, alors que l'exploit s'annonçait déjà quasi impossible, l'arbitre de la rencontre décide d'exclure Nadjim Abdou, le capitaine des Comores, pour une faute à retardement. La qualification, qui paraissait déjà bien compliquée, semble désormais impossible, mais les valeureux Comoriens vont se battre jusqu'au bout et poser de nombreux problèmes aux locaux. L'infériorité numérique ne se fait presque pas ressentir et le Cameroun va tarder à inscrire le premier but (30ème) puis le second (70ème). À dix minutes de la fin de match, M'Changama relance toute la rencontre avec un coup-franc juninhesque de 35 mètres en plein dans la lucarne d'Onana (81ème) mais les Comores ne parviendront pas à égaliser. 

Malgré toutes les injustices et les coups du sort, les Comoriens ont montré un état d'esprit exemplaire. Aucun énervement, aucun agacement, même lorsque l'arbitre a sifflé un poil trop vite la fin du match alors que l'équipe allait tenter un dernier contre. Après la rencontre, s'ils sont éliminés de la compétition, les Comores ont très vite été considérés comme les grands gagnants de cette rencontre, de part leurs valeurs et leur état d'esprit. Les commentaires ont rapidement été élogieux envers cette toute petite sélection, qui ne cesse de grandir. "On se sent tout petit ce soir face à la grandeur des Comores. Le foot est merveilleux quand il exacerbe le supplément d’âme d’une équipe habitée, unie et fière; malgré l’injustice du pouvoir et la bassesse des hommes. Ce match restera dans l’Histoire" félicite le journaliste de L'Equipe Hugo Guillemet. 

Chaker Alahadur, qui a réalisé quelques parades, n'a montré aucun sentiment d'animosité envers la CAF. "On savait que cela serait compliqué. Je ne sais même pas si ce type de situation a déjà existé ! Mais je ne vais retenir que du positif. On peut sortir dignement et la tête haute de cette CAN. On peut même être très fiers de ce qu'on a réussi dans cette compétition. On n'a vraiment pas démérité !" S'ils sont fiers, les Comoriens ont tout de même le droit de l'avoir mauvaise et certains ont lâché ce qu'ils avaient sur le coeur. "Je veux faire passer un petit message à la CAF : il y a des règles, mais on est tous dans le Covid, il y a des adaptations partout, c'est inadmissible qu'on ne s'adapte pas à notre situation, (il nous manquait) un gardien! Nous on dénonce le manque d'éthique. On n'est pas là pour incriminer qui que ce soit, la CAF ou le Cameroun, on est content d'être à la compétition" a confié Youssouf M'Changama (attaquant des Comores, élu homme du match). 

Même Didier Drogba a eu un message pour féliciter les Comores. "Waaaah!!! Quelle équipe, quel COURAGE, l’Afrique est fière de cette vaillante équipe Comorienne". Le compte twitter de la sélection comorienne a eu le dernier mot, et sans doute le plus beau pour mesurer l'exploit et la grandeur de l'équipe. "Héroïques !!! Ce soir les Coelacanthes ont montré qu’ils étaient une grande équipe ! Tout le peuple comorien peut être fier de son équipe nationale, malgré la défaite anecdotique 2-1 face au Cameroun".