C’est une annonce surprise dans le paysage du football français. L’annonce du rachat du Paris Football Club par la famille Arnault et le groupe Red Bull peut permettre aux Franciliens de rêver d’un nouveau club parisien capable, à terme, d’aller titiller les sommets européens. Le tout avec un modèle alternatif au mastodonte qatari, qui suscite déjà l’enthousiasme des suiveurs du championnat.
La Famille Arnault aux manettes avec Red Bull
Une annonce inattendue ? Pas tant que cela, affirment les connaisseurs du football. Depuis déjà plusieurs semaines, des rumeurs parcouraient les coulisses du ballon rond. D’autant que le groupe LVMH, fer-de-lance national du luxe et miroir du savoir-faire français dans le monde, se positionne de plus en plus dans le monde du sport. Un partenariat d’envergure avec les Jeux de Paris 2024 déjà, dont les médailles ont été fabriquées par Chaumet, l’une de ses maisons. Un contrat monstre de dix ans avec Formula One en 2025, ensuite, annoncé à près d’une centaine de millions de dollars et engageant Louis Vuitton, Moët Hennessy et Tag Heuer. Mais aussi une présence de longue date dans le milieu de la voile, le groupe accompagnant la compétition préliminaire de la Coupe de l’America. Et des liens de plus en plus visibles avec les sportifs les plus populaires du pays, du basketteur Victor Wembanyama au nageur Léon Marchand, en passant par l’indétrônable Kylian Mbappé.
C’est donc désormais sur le ballon rond que la famille Arnault a décidé d’investir. Avec une différence de taille. Ce n’est pas le groupe LVMH qui prend une participation dans le Paris Football Club, mais bien la famille Arnault à titre personnel, via sa holding familiale, la Financière Agache. Un projet encouragé et suivi de très près par Antoine Arnault, fils aîné de Bernard Arnault, connu pour sa passion pour le football. Et surtout, le football populaire des clubs du Nord de la France, d’où est originaire la famille issue de la bourgeoisie roubaisienne. De Lens à Valenciennes, Antoine Arnault affectionne une certaine idée du ballon rond qui, à bien des égards, se maintient dans le pays loin des affres du football business, incarnés par le Paris Saint-Germain. La famille Arnault et son véhicule d’investissement Agache, auraient ainsi 55 % du club, tandis que 30 % seront maintenues chez l’actuel propriétaire, Pierre Ferracci, et devraient être rachetées en 2027. Red Bull est également de la partie au titre d’actionnaire minoritaire — 15 %. De quoi rassurer les supporters, qui craignaient sans doute que la présence de Red Bull ne transforme le PFC un club satellite de Salzbourg.
Et le projet sportif dans tout ça ?
Loin d’être un caprice, cette acquisition se double d’un projet sportif cohérent, selon les premiers observateurs. Premier indice, et non des moindres, la présence de Red Bull dans le projet. Déjà propriétaire de Salzbourg et New York, la marque de boisson énergisante possède aujourd’hui sept équipes et ne lésine pas sur les efforts pour les faire grimper au sommet. C’est d’ailleurs Jurgen Klopp, ancien entraîneur de Liverpool récemment nommé directeur mondial du groupe Red Bull, qui devrait superviser l’affaire. Un soutien de poids.
Côté Famille Arnault, l’idée est de créer un autre grand club parisien, à l’ADN franco-français, et au solide ancrage territorial. À moyen terme, le modèle de développement du club semble aussi différer du chemin tracé ces dix dernières années par le Paris Saint-Germain. Pas d’immenses stars en vue, donc, le club cherchant à éviter la construction d’une équipe autour d’un seul ou deux joueurs, dont l’intérêt pour le projet sportif est parfois questionné. Mais une volonté de puiser dans l’inestimable gisement local francilien et sa myriade de clubs locaux de très haute volée, ses 270 000 licenciés et leurs rapports quasi-charnels au football. Une approche qui n’est pas sans rappeler celle promue par le FC Nantes… « Si on se concentre sur les 5 grands championnats européens, 10 % des footballeurs professionnels qui y évoluent viennent d’Île-de-France ! », expliquait ainsi à EnlargeYourParis Lucas Duvernet-Coppola, journaliste à SoFoot, qui a longuement enquêté sur le sujet. « Le plus grand vivier du monde, devant la région de Sao Paulo », explique même à Eurosport Antonio Salamanca, un ancien recruteur des plus grands clubs européens. Une chose est d’ores et déjà certaine : le projet de la famille Arnault est de durer sur le temps long avec un investissement initial de 100 à 200 millions d’euros sur plusieurs années pour installer fermement le club en Ligue 1.
Pour le moment, les spécialistes du ballon rond regardent d’un très bon œil cette opération. « 11 des 18 clubs de Ligue 1 sont détenus par des fonds étrangers », évoque-t-on chez Sporsora, une organisation interprofessionnelle majeure du secteur, qui se réjouit de cette acquisition. Même du côté du futur rival parisien, cette annonce a été chaudement accueillie, la direction du PSG évoquant « une nouvelle (…) fantastique pour le foot français », tout comme la Ligue de Football Professionnelle (LFP).
Sur le volet du recrutement, le PFC a déjà grossi ses rangs, en multipliant les renforts. Un pari pour l’instant payant, le club se maintenant en tête de la Ligue 2, avec une très légère avance sur les autres prétendants à la montée dans l’élite. Le mercato d’hiver devrait aussi permettre quelques belles arrivées, si l’on en croit les premières rumeurs. De quoi, possiblement, permettre enfin l’accession du club en Ligue 1 après avoir échoué à quatre reprises à sa porte.
Des conséquences vertueuses sur toute la Ligue 1
Le rêve d’un autre club parisien et francilien au plus niveau du football français — et européen — est un serpent de mer du football français. Surtout, en comparaison avec les autres grands championnats européens, Londres ayant par exemple six clubs au top niveau de Premier League. « Cela a toujours été une anomalie que dans un bassin de population aussi grand, par rapport au reste du monde, il n’y ait qu’un club », souligne l’ancienne star parisienne et désormais chroniqueur Daniel Riolo. Le Red Star FC, club de Saint-Ouen (93) à l’identité militante fermement de gauche, au public très bobo et branché, peine à passer le cap de la deuxième division. Même si les négociations avec PagsGroup LLC, un puissant actionnaire très présent dans le sport de haut niveau, pourraient aussi lui apporter quelques largesses financières. Le Créteil Lusitanos, qui aurait pu jouer ce rôle, a longtemps oscillé entre la deuxième et troisième division, avant de plonger en National 2. Le Paris 13 Atletico, implanté dans le sud-est parisien, grimpe doucement, mais reste actuellement dans le haut du tableau de National. Reste donc le PFC, où beaucoup reste à construire.
Avec un taux de remplissage de 7 000 personnes par match, le club n’attire pas encore les foules, malgré tous ses efforts, dont la gratuité des places. Si le projet aboutit, c’est en tout cas une bonne nouvelle pour la Ligue 1 et le football français. Pour la capitale aussi, avec la perspective de voir enfin un derby parisien émerger au plus haut niveau français.