Via une longue interview sur une chaine Youtube anglaise, Thierry Henry s'est livré comme jamais, notamment sur la pression imposée par son père lors de son enfance et la dépression qu'il a connu en tant que joueur.
"Viry-Châtillon/Sucy-en-Brie. Coup d'envoi : 2 heures, on gagne 6-0, je mets les 6 buts". Cette anecdote de Thierry Henry est devenue fameuse mais elle révèle, finalement, toute la pression que l'ancien attaquant de l'équipe de France a vécu durant sa jeunesse. En effet, la légende vivante d'Arsenal, aujourd'hui coach des Espoirs, est revenu sur sa jeunesse et notamment la pression imposée par son père et sa relation particulière avec dans un entretien de près de deux heures sur la chaîne Youtube "The Diary Of A CEO".
"La première fois que mon père m'a pris dans ses bras, ce qu'il a dit, c'est: 'Ce bébé sera un joueur de football incroyable'. Et il m'a reposé. Vous pouvez imaginer ce qui arrive ensuite. J'étais programmé pour réussir. Peu importe ce qu'il se passait. Il m'a mis sur un terrain à 5-6 ans, et à partir de là, c'était une mission. Pour accomplir son rêve, lui faire plaisir. Je ne sais pas à quel point j'aimais jouer au foot, mais je sais que je ne détestais pas ça. En revanche, ce n'était absolument pas mon choix" explique Thierry Henry. "Je savais que si je voulais rendre mon père heureux, ce n'était qu'avec le football. C'est la chose la plus difficile que j'ai eu à faire. Quand j'étais petit, mon père ne me disait jamais ce que je faisais de bien. J'avais besoin de son approbation, qu'il me dise que je progressais. Mais il me parlait toujours ce que j'avais raté, mal fait. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, je voulais toujours faire plaisir aux gens, parce que c'est quelque chose à quoi je n'avais pas eu accès étant petit".
Thierry Henry n'a pas fêté le titre d'Arsenal en 2004
Durant sa carrière, l'éducation stricte faite par son père l'a aidé d'une certaine façon, mais pas du côté humain. "Ça a marché pendant un moment. Ça m'a permis de rester les pieds sur terre, me dire que chaque jour je devais être meilleur. Mais ça n'a pas aidé l'enfant que j'étais, l'être humain. Ça a aidé l'athlète. Mon bonheur ou ma tristesse, je l'avais à travers les gens. Je ne savais pas ce qui me rendait triste ou pas. Moi, j'étais... Je ne dirais pas mort, mais exprimer mes émotions était très dur, à part l'énervement et la rage".
Thierry Henry (EXCLUSIVE): "I Cried Every Single Day", Dealing With Depression, My Childhood Trauma & Fighting For My Dad's Love!
— Steven Bartlett (@StevenBartlett) January 8, 2024
I had the pleasure of sitting down with one of the Gods of the game - Thierry Henry.
During our conversation, we discussed things that he’s never… pic.twitter.com/COSMAEvcvi
Ainsi, l'image d'un joueur fermé, sans émotions ou presque, a suivi Thierry Henry durant toute sa carrière. De quoi provoquer, parfois, le désamour du public français pour sa personne. "D'une façon, même pendant ma carrière, je voulais rendre mon père heureux. Je chassais ça. Je ne savais pas si j'étais heureux moi-même, je me posais pas la question, je m'en foutais" glisse Henry, avant de raconter qu'il n'a pas fêté le titre de champion d'Angleterre avec Arsenal en 2004. "Je suis resté chez moi. J'ai dit qu'il y avait l'Euro dans la foulée. A un certain moment, je ne profitais pas".
Même si son père lui a mis énormément de pression, Thierry Henry ne lui en veut pas pour autant et comprend son éducation. "Il n'a jamais lu, jamais voyagé. Il ne sait faire les choses que d'une manière, celle qu'on lui a apprise. Et si je compare l'éducation que j'ai reçu et celle qu'il a reçu lui-même, il y a déjà un énorme écart. Vous ne pouvez pas être énervé envers quelqu'un qui fait de son mieux, qui vous a éduqué avec ses outils. Aujourd'hui, je n'ai pas les mêmes outils que lui, j'en ai davantage, et mes enfants en auront encore davantage".
Thierry Henry a connu la dépression en tant que joueur
Pour autant, Thierry Henry parvient à trouver des mots sur ce qu'il a ressenti durant sa carrière, et évoque notamment une dépression. "Quand j'entends les gens parler de dépression, ça fait tilt chez moi. Je suis un être humain, j'ai des sentiments. Au cours de ma carrière, j'ai dû être en dépression. Est-ce que je le savais? Non. Est-ce que j'ai fait quelque chose à ce sujet? Pas du tout. Mais je me suis adapté. Ça ne veut pas dire que je marche droit, mais je marche. C'est ce qu'on m'a appris depuis petit" glisse Henry. "Après ma carrière de joueur, j'ai passé mes diplomes pour devenir coach, avec l'envie de toujours faire quelque chose, de ne pas regarder mes problèmes, dit-il. Mais avec le Covid, il n'y avait nulle part où aller. Je pleurais presque tous les jours, sans raison. C'était bizarre, mais dans le bon sens. Je ne pouvais pas contrôler certaines choses, ni les cacher."