Qui dit match de l'équipe de France dit analyse d'Eliaquim Mangala ! Comme durant tout l'Euro, Coach Mango est revenu, pour MadeInFOOT, sur ce surprenant Portugal-France (2-2). Au programme, le système en 4-2-3-1 de Didier Deschamps, la prestation de Rabiot au poste de latéral gauche, le choix Jules Koundé à droite....
MadeInFOOT : Eliaquim, on a assisté à un match très disputé entre le Portugal et la France !
Eliaquim Mangala : "Je pense que le Portugal a essayé de faire un résultat par rapport à la France. Surtout en première mi-temps, les Portugais étaient plus costauds au milieu de terrain. En deuxième période, les Bleus étaient un peu mieux. C’était encore un scénario différent comparé à la Hongrie, une rencontre qui convient mieux à l’équipe de France puisqu’il n’y avait pas besoin de faire autant le jeu que face aux Hongrois. Les Français sont plus à l’aise dans ce genre de schéma de jeu, car si on regard le score final, tu prends deux buts sur pénalty…."
La France a eu pas mal de mal à attaquer en première période. Pourtant, le Portugal a montré pas mal de failles face à l’Allemagne, notamment dans le dos de la défense. Pourquoi la France n’a-t-elle pas appuyé là ou ça fait mal ?
"Le Portugal a réagi par rapport à ce qu’il a fait contre l’Allemagne. L’équipe sort d’une grosse défaite et essaie de corriger certaines choses. Il y a eu une grosse activité dans le milieu de terrain portugais. Mais si tu regardes les grosses actions françaises, ce sont des ballons dans le dos…"
On n’en a peut-être pas assez vu… Est-ce la faute du milieu portugais ?
"Il y a eu un gros gros travail de la part des milieux du Portugal. Ils étaient dominateurs dans la première mi-temps, Renato Sanches a été très dérangeant. La France joue une grosse nation, le champion d’Europe en titre, qui vient d’un match où elle devait se racheter. Les failles portugaises auraient pu être exploitées un peu plus, mais pour moi elles ont été assez exploitées pour gagner ce match. Après on peut se demander si c’est la seule manière d’attaquer pour l’Équipe de France ? Peut-être que non, mais ça fonctionne."
C’est un match qui s’est joué sur les coups de pieds arrêtés, on sait que c’est une grosse arme au très haut niveau. Et la France a un peu plus de mal à défendre en ce moment sur ces situations. Pourquoi ?
"C’est vrai qu’il y a des lacunes sur les coups de pied arrêtés. Il vaut mieux que ça arrive maintenant, en phase de poules, plutôt que sur la phase finale. Mais c’est clairement des phases de jeu que la France doit travailler, les coups de pieds arrêtés sont très importants dans le football de très haut niveau. C’est très important d’avoir cette arme des deux côtés du terrain. Il faut surtout bien défendre sur les phases arrêtées. Il y a des équipes qui ne jouent que sur ça. La France peut très bien dominer contre la Suisse et se faire avoir sur un coup-franc ou un corner. Une seconde de déconcentration et c’est la catastrophe. On l’a vu aussi hier avec la main de Jules Koundé."
La France prend plus de buts qu’en 2018, mais en même temps elle n’a pas eu le même groupe à jouer…
"Oui, il y a eu un très gros groupe sur cet Euro ! En plus des deux gros, il y a aussi eu la Hongrie, qui a failli sortir l’Allemagne ! L’ensemble des trois matchs va préparer les Bleus pour la Suisse dans quelques jours. Le plus important pour la France était de sortir des poules, c’est fait, maintenant c’est un autre tournoi qui commence. Tu as pu lancer des schémas, mettre des choses en place, et là c’est l’heure du bilan pour réfléchir au meilleur schéma à adopter contre la Suisse."
Justement, qu’as-tu pensé de ce 4-2-3-1 face au Portugal ?
"On a eu un 4-2-3-1 asymétrique, comme en 2018 avec Tolisso dans le rôle de Matuidi mais à droite cette fois. Koundé est aussi rentré dans le XI de départ en tant que latéral droit. Est-ce que les changements ont été très efficaces ? (Il réfléchit) On va dire ok au niveau de l’équilibre. Tu as été bousculé certes, mais tu étais en place et tu n’as pas concédé beaucoup d’occasions. C’est l’équilibre que Didier Deschamps aime bien avoir. On peut se demander si il ne peut pas mettre un 4-2-3-1 avec Coman, mais à ce moment-là tu perds l’équilibre défensif. Dans la manière dont l’EDF a été construite et a gagné en 2018, ce 4-2-3-1 asymétrique donne plus de sécurité et d’assurance aux Bleus. Et ensuite tu peux ajouter un joueur offensif supplémentaire selon le scénario du match. Il l’a fait avec Coman face au Portugal, Dembélé contre la Hongrie."
N’y a-t-il pas une trop grosse attente concernant l’attaque de l’équipe de France ?
"Tout est une question d’attente ! Cette liste dévoilée par Deschamps a pu montrer qu’il y avait pas mal d’attaquants convoqués mais il n’y a que 11 joueurs sur le terrain. Elle te permet de diversifier ton schéma d’attaque durant la rencontre, mais sur une compétition tu cherches la stabilité. Tout le monde ne peut pas jouer, mais tout le monde doit être prêt car il peut y avoir des blessures, des méformes, des changement tactiques. En tant que supporter, ça peut être difficile à comprendre car ça a l’air facile mais le haut niveau, ce n’est pas ça. Avec le retour de Karim Benzema, ça donne plus de fluidité, de combinaison, d’intelligence de jeu. Hier, il a montré de la personnalité avec son pénalty, puis son doublé. On l’attendait, il a répondu présent contre une grosse nation."
Didier Deschamps pourrait-t-il avoir des casse-têtes dans la gestion de son groupe. Kylian Mbappé n’est pas performant hier face au Portugal mais il parait difficile de le sortir par exemple…
"Deschamps n’est pas bloqué, il décide. En ce qui concerne Mbappé, il a été plus discret hier mais il a une grosse occasion en partant dans le dos, il provoque le pénalty, il ouvre le chemin avec son appel pour le deuxième but. Même en étant pas très bon, il est une menace pour les défenseurs. Sa présence est une menace. Il peut te changer un match sur une action. Quand tu as un joueur comme ça, c’est normal de s’appuyer sur lui. C’est ce que Didier Deschamps est en train de faire. Mais sur les trois premiers matchs, il a eu pas mal d’activité. S’il est bien physiquement, moi je ne l’enlève pas du XI. Il y a des joueurs qui ont besoin de jouer les 90 minutes".
La France est entrée directement dans la compétition avec trois gros matchs, contrairement à l’Italie qui a eu une poule plus abordable. La préparation des Français pour la phase finale de l’Euro est-elle meilleure grâce à ce groupe de la mort ?
"On parle de ça car il y a les résultats. Si l’Italie était passée à côté… Pour moi, les Italiens ont du mérite car quand tu arrives dans un tournoi où tu es à domicile, que tu es attendu, il y a une telle responsabilité sur les épaules. Il faut leur donner du mérite, surtout après l’absence à la Coupe du Monde 2018. Ils se sont qualifiés avec la manière… Après, le fait de faire ton premier match face à l’Allemagne, ça te permet de rentrer dans le vif du sujet tout de suite. Tu es dans la compétition directement. La Hongrie te donne ensuite un coup de rappel, et puis tu joues le champion d’Europe pour finir. Ça te met vraiment dans la compétition. Est-ce qu’il y a une meilleure solution ? Je ne sais pas. Certains préfèrent commencer progressivement pour prendre leurs marques, monter en gamme, et d’autres préfèrent attaquer directement par un gros. Le fait de commencer par un groupe plus facile, tu peux avoir des matchs pièges, penser que les « petites nations » seront plus faciles…"
La France a visiblement perdu Hernandez et Digne pour le prochain match. Rabiot a fait une bonne entrée à ce poste, mais qui imagines-tu pour la suite de la compétition dans le couloir gauche ?
"Il y a plusieurs solutions au sein de l’effectif. Tu peux mettre Kimpembe mais j’aurais tendance à ne pas vouloir trop bouger l’axe central. Tu peux mettre Dubois à gauche, ou bien changer de système en passant à 3 derrière. Mais je n’imagine pas vraiment Didier Deschamps changer de système. Sinon, il peut essayer à nouveau Rabiot."
Rabiot ne pourrait-il pas montrer des problèmes de mobilité face à des ailiers plus rapides ou plus attirés par la profondeur ?
"(Il réfléchit). C’est la question de la semaine (rire). Mais par rapport à ce qu’il a montré face au Portugal, il y a Rabiot parmi les pistes…"
Comment as-tu jugé la prestation de Jules Koundé ?
"On peut parler du pénalty, mais ça peut arriver. Il a fait son match, c’est son premier match comme titulaire, en plus à l’Euro face à une grosse nation. Je ne veux pas l’incriminer sur son match. Il a fait un match correct, il n’a pas été non plus flamboyant. Les gens parleront toujours de son pénalty, mais les joueurs ont besoin d’une continuité. Ce n’est pas facile d’aller la chercher chez les Bleus, mais je pense qu’il a de l’avenir en équipe de France".
Quelles sont les conclusions à tirer de ces trois matchs ?
"La France est très bonne dans la transition et pour attaquer dans le dos de la défense. C’est peut-être stéréotypé, mais les attaques dans le dos de la défense font très mal en ce moment. En attaque placée, ce n’est pas flamboyant, on est d’accord. Mais contre la Hongrie, avant le but hongrois, tu as trois, quatre situations chaudes. On ne peut pas demander non plus de demander à Didier Deschamps de jouer comme Pep Guardiola. Ils ont des caractéristiques différentes. Dans les attaques placées, il y a des mouvements, des circuits, la circulation qui peuvent être améliorés. Contre la Hongrie, il y a eu assez de place pour mettre les occasions au fond. Il y a l’efficacité à améliorer aussi. Contre la Suisse, la France aura des occasions, il faudra les mettre au fond. Si possible, ils marquent assez rapidement et ça pourrait les libérer. On verra un bloc un peu plus haut, ils joueront les contres et les phases de transition. Je sais que les supporters aimeraient qu’on joue un peu plus haut, qu’on attaque beaucoup plus, mais à un moment donné on est là pour remporter l’Euro, si on doit passer par là, ça passera par là. Même si il y a moyen de faire mieux dans le jeu. Offensivement, on aimerait bien voir un peu plus de fluidité. Je retiendrai aussi la grosse implication de Griezmann en défense, l’adaptation de Karim qui a marqué deux buts, qui a répondu présent. Il monte en puissance, ça va être très très important pour la suite du parcours des Bleus."