Comme convenu pour cet Euro 2020, qui dit match de l'équipe de France dit analyse d'Eliaquim Mangala ! 24 heures après le match nul surprise des Bleus face à la Hongrie (1-1), Coach Mango a pris le temps d'expliquer les manquements et faiblesses de la bande de Deschamps lors de cette rencontre. Selon lui, les Français ont clairement manqué de réalisme dans les deux surfaces, mais pas que…
MadeInFOOT : Mercredi, pour évoquer la victoire des Bleus face à l’Allemagne, tu avais conclu ton analyse en expliquant qu’il fallait se méfier des Hongrois. L’affiche avait tout du match piège, et la France est tombée dedans…
Eliaquim Mangala : "Le scénario du match était complètement différent de l’Allemagne, comme je l’avais prévu. C’était une équipe avec beaucoup plus d’engagement surtout en début de match, une équipe beaucoup plus regroupée. Il fallait faire attention aux contres, au jeu plus direct. Sur ce match, on a manqué d’efficacité des deux côtés, en attaque ET en défense. Le début du match, la France a résisté pendant les 15 premières minutes, c’était top, même si on a pu voir que le côté droit prenait un peu le bouillon. Et au final, la fin de la première mi-temps, c’était un peu pareil."
Comment peux-tu analyser ce relâchement ?
"Je ne sais pas si c’est parce que c’est la fin de la mi-temps et qu’il fait chaud qu’il y a un petit relâchement. Mais à ce niveau là, dans des compétitions internationales, tu ne peux pas avoir ce genre de relâchement. En terme d’occasions nettes, ils n’en ont pas eu beaucoup donc tu dois pouvoir gérer sur une situation. Clairement, passer d’un match à l’autre ce n’est pas facile, au niveau mental non plus. Quand tu joues contre une nation comme l’Allemagne puis contre la Hongrie… Mais il n’y a pas de petites équipes au niveau international, on l’a vu avec ce match nul."
"Le but de la Hongrie ? La référence reste toujours le ballon, surtout quand on est aussi haut sur le terrain"
Comment expliquer le but encaissé par la France ?
"Tu peux le voir de plusieurs façons. On peut dire que Pavard peut rester là où il est, ou bien aller chercher Fiola. Mais si Pavard décide d’aller chercher le Hongrois, toute la ligne défensive des Bleus doit suivre… Si il monte, toute la défense doit monter. La référence reste le ballon, surtout quand on est aussi haut sur le terrain. Donc là, le ballon arrive côté gauche des Hongrois, donc côté droit français, il faut basculer beaucoup plus vite même si c’est la fin de la mi-temps. Justement, c’est là qu’il faut faire encore plus d’efforts car tu as un peu de repos après. Pavard arrive un peu en retard, mais vu que la ligne défensive ne bascule pas assez vite, Varane est aussi en retard. Il ne peut pas intervenir mais il ne fait pas la couverture non plus… Ensuite ça va vite, ils ont de la qualité et ça finit au fond. Il y a des erreurs individuelles, des erreurs collectives sur ce but. Ce sont des choses que l’on doit corriger pour la suite".
Ça illustre parfaitement ce manque d’efficacité des deux côtés du terrain…
"Totalement… Là on tombe sur la défense puisque l’erreur en fin de mi-temps complique les choses. Mais avant ça, tu as les occasions pour ouvrir le score. Et si tu marques, tu as un tout autre match. C’est toujours facile de dire la défense, mais il faut assumer les responsabilités collectivement. Il y a eu suffisamment d’actions franches pour ouvrir le score. Face à une équipe comme ça, les champions du Monde, et devant le public qui les pousse, les Hongrois n’ont pas eu besoin de grand chose pour mettre la balle au fond."
Ce match nul peut-il se résumer, uniquement, avec un manque de réalisme ?
"Non, il n’y a pas que ça. En première mi-temps, Griezmann est toujours aussi présent dans les tâches défensives mais ne touche pas beaucoup de ballons dans la surface adverse (0). Avant le but, l’équipe de France était vraiment mieux. On a eu des bonnes occasions avec Karim Benzema, j’ai vu une bonne activité de Kylian Mbappé. Celui que j’ai adoré en première mi-temps c’est Presnel Kimpembe. Face à un bloc serré comme ça, tu dois trouver des passes plus verticales, et il l’a fait plusieurs fois. Il a trouvé Karim puis Kylian, il amène deux occasions grâce à ses passes. Ses passes ont fait beaucoup de bien, à chaque fois ça a créé une occasion. Ses passes sont un peu ce qu’on n’a pas vu des milieux, notamment Rabiot, avec aussi de la percussion et des montées de balle."
Que penses-tu du changement de Deschamps avec la sortie de Rabiot avant l’heure de jeu et l’entrée de Dembélé avec ce passage en 4-2-3-1 ?
"De toute façon, tu dois marquer le but. Les changements sont un peu logiques, tu dois amener de la vitesse, de la technique, de la percussion. En première mi-temps, je dirai qu’on a plutôt vu un 4-4-2 losange en possession. En tout cas, contrairement au match face à l’Allemagne, Kylian et Griezmann étaient beaucoup plus à l’intérieur, près de Karim. Dembélé se crée une occasion directement à son entrée, mais les Hongrois se sont adaptés pour faire un 2vs1 contre lui. Je trouve qu’on n’a pas assez exploité les qualités d’Olivier Giroud, on aurait pu mettre un peu plus de centres."
L’apport offensif de Benjamin Pavard n’a pas été suffisant : centres imprécis, manque de justesse technique….
"Côté droit, on a moins vu Benjamin Pavard oui. Ça dépend aussi de la configuration du match. Face à une équipe bien placée, beaucoup de joueurs intérieurs, c’est difficile de trouver des espaces, déborder…"
Certains réclament déjà le remplacement de Benjamin Pavard par Jules Koundé. Quelle est ta position ?
"(Il réfléchit). Encore une fois, tout est possible dans une compétition. Pavard a prouvé en équipe de France, il a fait des gros matchs. Ce n’est pas parce qu’il a été moins bon face à la Hongrie que l’on doit tout jeter à la poubelle, ça ne marche pas comme ça le foot. Jules Koundé a un très grand avenir, ce n’est pas un latéral droit même s’il peut dépanner là. Pour moi, je garderai Pavard à son poste, il faut une stabilité, ça fait longtemps qu’il joue avec la défense. Il y a des certitudes défensives. Ça peut arriver de faire un moins bon match. Si ça faisait 5 matchs que Pavard était en difficulté, qu’on voyait qu’il était en difficulté, mais là ce n’est pas le cas. C’est un joueur de très haut niveau, il joue au Bayern, c’est un international français, il a fait ses preuves. Ce n’est pas comme ça que ça se passe !"
Il y a quand même un point positif : la France s’est créée des occasions face à un bloc bas. Es-tu satisfait ?
"En première mi-temps, on a réussi à trouver des passes verticales. On a réussi à récupérer beaucoup de ballons à la perte. Comme face à l’Allemagne, la France a une bonne réaction à la perte du ballon et ça permet de créer quelques occasions. Je pense que Karim Benzema a aussi besoin d’un but. Je ne sais pas si ça le travaille mais en tant qu’attaquant tu penses toujours au but. Marquer, ça libère encore plus. Il est beaucoup dans les actions de jeu, dans les occasions. Je sais qu’il a envie de contribuer par un but, une passe décisive. Ça lui plairait beaucoup."
As-tu ressenti une forme de relâchement après un match aussi tendu que celui face à l’Allemagne ?
"Je ne pense pas qu’ils ont sous-estimé la Hongrie. Didier Deschamps ne ferait pas ça, il ne laisserait pas ses joueurs sous-estimer une équipe. Il travaille et prépare très bien les matchs. Il met en garde sur ce qui peut arriver. Mais comme tout joueur, quand tu joues une grande nation comme l’Allemagne, tu as une grande concentration, une grosse adrénaline. Puis quand tu enchaînes avec une nation plus « faible » on va dire, il peut y avoir un côté différent. C’est un autre match, il y a plus de courses, plus de jeu direct. Il y a aussi le moment où on s’installe dans le camp adverse. Quand tu es installé en attaque, tu es plus vulnérable défensivement car tu es plus ouvert. Ce n’était pas trop mal mais la Hongrie a quand même quelques actions et des bons joueurs. Ils ont réussi à perforer la première ligne de pressing. Dans le prochain match, au niveau de l’enjeu, de l’adversaire, des attentes, ce sera encore différent. Mais je ne dirai pas que la France a sous-estimé la Hongrie, pas du tout."
"J’aurais opté pour un dispositif plus offensif"
Est-ce que les trois profils au milieu de terrain n’étaient pas handicapants face au bloc bas hongrois ?
"Tu fais des choix, tu sors d’un match où ton équipe était bien en place. Quand t’es sélectionneur, tu as plusieurs manières de réfléchir. Ton équipe a été bonne le match d’avant, tu veux les récompenser et tu te dis qu’ils méritent de jouer. Il y a des choix, il faut les assumer et il ne faut pas lui jeter la pierre…"
Qu’est-ce que Coach Mango aurait fait ?
"Personnellement, j’aurais opté pour un dispositif plus offensif. J’aurai retiré un milieu de terrain et j’aurais mis un joueur un peu plus offensif pour avoir un peu plus de mouvements. Par exemple, j’aurais aimé voir Thomas Lemar. Il sait défendre, puisqu’il est à l’Atlético, mais entre les lignes il est bon offensivement, également dans du jeu court. Avec Dembélé c’est différent, car il te permet de prendre le couloir et d’élargir le jeu pour permettre aux milieux de profiter des espaces. On ne va pas refaire le match, mais j’aurai joué avec un joueur de plus dans le secteur offensif."
Est-ce que cette piqûre peut leur faire du bien ?
"Ça peut leur faire du bien oui ! Ça les maintient sous pression, au niveau de l’exigence et dans le fait qu’il ne faut rien lâcher. Ils le savent, attention, mais il y a des moments clés où tu te dis que tu ne peux pas te relâcher. Toute la semaine, tu travailles avec cet accroc pour redoubler d’efforts. Il ne faut pas jeter tout ce qui a été fait ces derniers matchs, mais il faut rectifier certaines choses. Il ne faut pas être dramatique ! Le prochain match face au Portugal sera une finale, il faudra être présent."