À l'occasion de cet Euro 2024, MadeInFOOT a fait appel à Benoît Pedretti pour analyser les matchs de l'équipe de France en Allemagne. L'ex-international français (22 sélections) de 43 ans est revenu, à chaud, sur le premier match des Bleus face à l'Autriche, ce lundi soir (0-1, analyse et notes détaillées). Le technicien, passé par l'AS Nancy-Lorraine et aujourd'hui libre de tout contrat, a évoqué notamment le gros match de la paire N'Golo Kanté - Adrien Rabiot et le rôle d'Antoine Griezmann dans le système de Didier Deschamps.
MadeInFOOT : Benoît, est-ce un premier match réussi pour l'équipe de France ?
Benoît Pedretti : Je serais tenté de dire le plus important c'est le résultat sur le match d'hier. C'est un premier match, quand on est en compétition ce n'est jamais facile et débuter par la victoire c'est ce qu'il faut retenir. On voit qu'il y a encore des états de forme différents entre les joueurs. Mais on a aussi eu des certitudes hier entre le retour de N'Golo Kanté et le match qu'il a fait. La solidité défensive et ça c'est des choses importantes dans le jeu. Je pense qu'on va progresser au fur et à mesure des matches.
Est-ce une victoire à la Deschamps ? Est-ce qu'on peut déjà être un peu plus exigeant ou faut-il encore attendre ?
Non, il ne faut pas être exigeant. Comme je disais, le premier match d'une compétition c'est toujours particulier. Avec la pression qu'il y a autour, avec l'attente qui a suscité ce match. Donc non, il faut retenir, comme je dis, la victoire. Le fait qu'on soit solide défensivement. Le retour au 4-3-3 avec un milieu de terrain en plus, ça nous amène le solidité. La patte Deschamps revient un peu dans le sens où il était très pragmatique. On sait qu'on a des attaquants de qualité qui individuellement peuvent faire des différences. Mais le plus important ça a été hier d'être solide et de ne pas prendre de but.
Le duo Kanté-Rabiot s'est montré très complémentaire. Vous, en tant que milieu de terrain, est-ce que vous voyez ce milieu s'imposer ?
Oui, hier ils ont été très bons. Kanté a été très bon tout le match. Avec le volume de jeu qu'on connaît, il pouvait y avoir un doute sur son état de forme. Il a dissipé des doutes que les gens pourraient avoir peut-être. Rabiot, pour le moment, c'est 60 minutes dans les jambes. Parce que ça fait longtemps qu'il n'avait pas joué. Par contre, sur les 60 minutes, il était intéressant dans le pressing, dans ses percussions. Et c'est deux joueurs qui sont complémentaires. Parce que, comme Kanté, il va avoir un plus gros volume de jeu, plus sur l'aspect défensif. On va dire récupérer le ballon et jouer simple. Alors qu'un joueur comme Rabiot est aussi capable de percuter, d'emmener le ballon, de faire des très bonnes passes aussi. Hier, c'est ce qui a été fait. La marge de progression qu'ils ont, c'est que Rabiot arrive à tenir un peu plus que 60 minutes. Malgré tout, quand on a derrière des joueurs comme Camavinga ou comme Tchouaméni, on peut prendre le relais. Comme ça a été fait hier, ça a été très bien fait.
Avec ce retour en 4-3-3, mettre Antoine Griezmann dans ce milieu en le faisant descendre un peu plus bas, est-ce un peu le sacrifier offensivement ?
Non, je ne pense pas qu'on le sacrifie. Je pense même qu'à ce poste-là, il peut toucher plus de ballons et encore mieux organiser. Alors, il sera sûrement moins décisif en matière de buts. Mais dans le collectif, je pense qu'il aime être au cœur du jeu, il aime toucher le ballon. Et puis, il a une certaine liberté aussi sur le plan défensif. Parce que quand tu as Rabiot, quand tu as Kanté à côté, il faut un énorme boulot. Non, moi, j'aime bien quand il a ce positionnement-là. Après, il a besoin encore de rythme. Tu vois qu'il manque un petit peu de rythme. Mais ça, je ne m'en fais pas non plus. Les gens peuvent revenir et ça va bien se passer. C'est vraiment complémentaire, pour moi, un milieu de terrain comme ça. À trois, que ce soit Tchouaméni ou Kanté, avec Rabiot, avec Griezmann. Ils sont différents, ils sont complémentaires. Et ça laisse l'opportunité à Deschamps de faire des choix.
Qu'avez-vous pensé du match de Kylian Mbappé ? Il est décisif parce que c'est lui qui amène le but contre son camp. Mais en même temps, il fait un énorme raté. Vous a-t-il rassuré d'un point de vue physique ?
Ce qui m'a rassuré, c'est son aspect physique. Il a retrouvé des jambes, il a retrouvé aussi de la fraîcheur mentale. On le voit sourire, on le voit plus heureux, mais on le voit surtout sprinter. Ce qu'il faisait beaucoup moins avec Paris sur ces dernières semaines. Ça, c'est positif. Après, qu'il rate une occasion, c'est un buteur. De toute façon, on ne le fait pas pour lui. Ce qui m'inquiète, c'est quand il n'en a pas. Là, qu'il en ait et qu'il les rate, ça ne me fait pas peur parce que je sais qu'il va en mettre. Plutôt rassuré sur ses jambes et sa tête. Maintenant, malheureusement, la blessure qu'il a eue à la fin, c'est le point noir de la soirée. C'est un gros doute.
Pouvez-vous nous expliquer, en tant qu'ancien joueur et coach aujourd'hui, à quel point la tête est importante pour un joueur de foot ? À quel point la tête est importante pour que les jambes suivent ?
La tête, c'est le plus important, quasiment. Comme on dit, si la tête veut, les jambes suivent. Aujourd'hui, quand tu n'es pas heureux, quand tu es triste, quand tu n'es pas heureux d'aller à l'entraînement, quand tu n'es pas bien, c'est compliqué d'être bon sur le terrain. Là, vraiment, on le retrouve, comme je dis, souriant, puis il a l'air bien dans le groupe, donc ça va se ressentir sur le terrain. Donc oui, la tête, c'est vraiment le plus important.
Et les deux autres attaquants, Marcus Thuram, Ousmane Dembélé, c'est un peu mitigé quand on voit un peu les avis. Qu'avez-vous pensé de leur match ?
Leur prestation a été moyenne. Alors, il y a eu un petit peu plus d'activité pour Thuram, qui a fait quand même un boulot côté gauche à défendre. Il a eu quelques percussions, même s'il a mal fini. Dembélé, il a eu quelques percussions aussi, mais les derniers gestes ont été moyens. Il a perdu énormément de ballons aussi. Il n'a pas été juste dans ses passes. Donc oui, on en attend plus de joueurs de cette qualité-là.
Pour Marcus Thuram, est-ce qu'il ne paye pas aussi ce rôle hybride où il doit défendre côté gauche puis se réaxer en phase offensive ?
Oui, c'est sûr qu'il a ce rôle défensif côté gauche. Il a bien été aussi aidé par Rabiot, qui a fait énormément de couverture de ce côté-là. Je l'ai trouvé disponible quand même. De temps en temps, il allait dans l'axe, après, il est allé à gauche. Mais voilà, c'est sur ses choix. Je revois une action de la deuxième mi-temps où il arrive à percuter. Il emmène le ballon très loin. Et derrière, il n'y a pas grand-chose. Donc voilà, ça va être plus sur sa justesse, sur ses choix des 30 derniers mètres. Après, lui aussi, il faut qu'il soit bien dans sa tête et qu'il ne soit pas perturbé par les prises de position politique. On a beaucoup parlé de lui. Je pense qu'aujourd'hui, c'est bien ce qu'ils ont fait. Ils ont parlé. Maintenant, la compétition est commencée, il faut se remettre à 100 % dans la compétition.
Avez-vous connu quelque chose de similaire durant votre carrière, que ce soit en bleu ou en club, où l'extra sportif prenait le pas sur le sportif ?
Non, franchement, il n'y avait pas eu ça. Une fois, on avait joué en Israël. Je me rappelle, Fabien Barthez a eu des déclarations sur Israël. Notre accueil avait été un peu tendu là-bas, mais ça n'avait pas plus perturbé que ça. Sinon, en termes de politique, je n'avais pas connu ça.
Pour finir, est-ce que cette victoire, vous a quand même rassuré avant le match contre les Pays-Bas ou avez-vous quand même quelques inquiétudes ?
Oui, d'un côté, on a lancé notre euro. Maintenant, on va avoir un adversaire aussi d'un autre calibre. Individuellement, je parle. L'Autriche, j'ai trouvé une équipe assez bonne collectivement. Par contre, ça manquait de talent et on l'a vu dans les 30 derniers mètres. Avec les Pays-Bas, c'est une équipe qui ne manque pas de talent, justement. Et ça va être intéressant de voir où on en est. Je pense que le deuxième match va être un bon repère pour nous. Avec quels joueurs ? Est-ce que certains vont être capables d'enchaîner un deuxième match ? La possible absence de Mbappé aussi. C'est un match où on peut se qualifier aussi. J'ai hâte. Ça va être un match intéressant pour la suite de la compétition, voir où on en est face à des joueurs d'une meilleure qualité. Et puis, nous, si on est capables de répéter aussi.
L'objectif est de monter le curseur ?
Oui, l'objectif, je pense, c'est de monter en puissance, c'est de faire une prestation encore plus complète entre le plan défensif et le plan offensif. Collectivement aussi, les repères sont là. Je pense que le système, maintenant, il ne va plus trop évoluer. Les joueurs savent à quoi s'attendre. Et bien sûr, on attend encore mieux de cette équipe parce qu'il y a tellement de talent et tellement de qualité, que ce soit individuel ou collectif. On attend des bons matchs encore de nos Bleus.