À l'occasion de cet Euro 2024, MadeInFOOT a fait appel à Benoît Pedretti pour analyser les matchs de l'équipe de France en Allemagne. L'ex-international français (22 sélections) de 43 ans est revenu, à chaud, sur le quart de finale des Bleus face au Portugal, soldé par une qualification des Tricolores au bout du suspense et de la fatidique séance des tirs au but (0-0, 3-5 aux TAB, analyse et notes détaillées). Le technicien, passé par l'AS Nancy-Lorraine et aujourd'hui libre de tout contrat, a notamment évoqué le nouveau clean sheet des Bleus ainsi que la nouvelle performance décevante de Kylian Mbappé et sa demande de remplacement. L'ancien milieu de terrain défensif a également été bluffé par les - jeunes - tireurs français puis a terminé en se projetant sur la demi-finale face à l'Espagne.
MadeInFOOT.com : Benoît, quelle est votre première analyse globale du match ? Comment avez-vous vécu et senti ce match ?
Benoît Pedretti : J'ai trouvé que c'était un match d'un assez bon niveau. Assez bon au niveau technique et dans l'intensité aussi, il y avait du rythme, ça a terminé sur un 0-0 mais quand on revoit toutes les situations, les occasions qu'il y a eues, il y aurait eu 2-2, ça aurait été la même chose on va dire. J'ai trouvé ça beaucoup plus intéressant, on va dire, que contre la Belgique où c'était mou, il n'y avait pas trop d'intensité. Là, j'ai trouvé que c'était vraiment un match intéressant.
Qu'avez-vous pensé du match de Mike Maignan et de la défense française ?
On avait affaire au meilleur potentiel offensif avec beaucoup d'individualités. Alors, on a plus souffert. Je vois (Jules) Koundé qui a quand même pas mal souffert face à Rafael Leão, alors que sur les précédents matches, il était vraiment très, très bon défensivement. Mais on a eu toujours la charnière qui était encore très solide, le gardien qui a confirmé encore, et l'organisation en général avec les milieux de terrain aussi qui ont bien aidé. C'était vraiment encore du bon travail défensivement. Et quand les défenseurs n'ont pas suffi, on a eu notre gardien qui a tout arrêté et qui a vraiment été très, très propre.
Qu'avez-vous pensé des choix tactiques de Didier Deschamps (Randal Kolo Muani à la place de Marcus Thuram, Antoine Griezmann en 10 dans un espèce de milieu en losange, Eduardo Camavinga pour remplacer Adrien Rabiot) ?
Le losange, il est intéressant quand tu as une maîtrise du ballon. Et finalement, quand on se rend compte des stats en fin de match, tu n'as pas eu plus le ballon que l'adversaire. Pour défendre, ce n'est pas facile avec le losange. C'est pour ça qu'en début de match, il y a eu quelques centres sur les côtés de Nuno Mendes qui ont été dangereux. Le côté gauche a été assez dangereux et après il (Ndlr, Didier Deschamps) a assez vite rectifié le tir en demandant à Randal Kolo Muani de plus défendre à droite et on voit qu'on a mieux fermé. Mais avec le ballon, c'était intéressant parce qu'on avait aussi deux attaquants. Malgré tout, on en revient à la même chose. Peu importe la mise en place, l'animation tactique... Après, c'est la qualité des joueurs aussi qui font la différence. Et sur le match d'hier, nos deux leaders offensifs, nos deux stars, (Antoine) Griezmann et (Kylian) Mbappé, n'ont pas été à leur meilleur niveau.
Votre avis sur le nouveau match décevant de Kylian Mbappé ?
Ce n'est pas facile parce qu'il sort d'une saison compliquée avec Paris, surtout la deuxième partie de saison. Et se remettre dans le coup après avoir connu six mois un peu compliqués, surtout dans sa tête aussi, ça a été un peu dur. On se rend compte que ce n'est pas facile et qu'aujourd'hui il n'est pas capable de faire les différences comme il les faisait il y a quelque temps. Alors, est-ce que c'est un peu mental ? Est-ce que c'est physique ? Parce que malgré ce qu'il dit en conférence de presse, oui, il fait moins d'appels en profondeur, mais ce n'est pas toujours de la faute des milieux de terrain non plus. Donc, moins d'appels aussi ça se voit, donc ça, c'est peut-être aussi un cas physique.
En tant qu'ancien milieu de terrain, comment auriez-vous réagi si votre capitaine et votre meilleur joueur avait tenu de tels propos en conférence de presse ?
On en aurait parlé. Parce que moi aussi, ça m'est arrivé de dire des conneries des fois en tant que capitaine et de pouvoir froisser mes coéquipiers. Donc on en parle et ça se règle assez vite. Il aurait pu dire qu'il avait une relation privilégiée avec (Paul) Pogba, oui, ça, ça serait bien passé. Aujourd'hui, moi, si je suis milieu de terrain, je dis aussi 'écoute, tu ne fais pas non plus d'appels peut-être assez tranchants ou en nombre suffisant pour recevoir tous les ballons'. Donc, je pense que là, la part de responsabilité, elle est un petit peu des deux côtés. Alors c'est sûr que de temps en temps, les milieux de terrain devraient jouer peut-être un peu plus vite. Mais lui aussi, il devrait faire aussi sûrement plus d'appels qu'il n'en fait en ce moment.
Ousmane Dembélé a été l'auteur d'une entrée remarquée. Qu'avez-vous pensé de sa prestation ?
Ousmane Dembélé a fait une bonne entrée, à part la finition. Mais bon, comme toute l'équipe, on va dire. Mais oui, il avait des jambes, il était tranchant. Et c'est un joueur qui peut faire mal en entrant, parce que déjà, il est très déroutant. Et quand les adversaires sont un peu fatigués, il est très dangereux. Mais voilà, c'est bien. Ils ont compris le message, je pense. On a discuté après le match de la Belgique, où je pense que (Didier) Deschamps voulait faire passer un message à ses joueurs qui rentraient. Je pense qu'ils l'ont compris. Et qu'aujourd'hui, il a remis les choses à plat et il peut compter sur les entrants.
L'entrée d'Ousmane Dembélé a aussi forcé Nuno Mendes à plus défendre...
Oui, on est revenu sur un 4-3-3 avec des couloirs qui étaient bien occupés. Et là, nos joueurs de côté ont fait la différence. Donc c'était vraiment intéressant. Et c'est là où on s'est procuré les meilleures occasions. En deuxième mi-temps, avec (Eduardo) Camavinga, qui a cette belle occasion grâce à Ousmane Dembélé. Il a sa frappe qu'il enroule aussi, qui touche l'équerre. C'était vraiment intéressant. Il a amené plus de rythmes, plus de percussions que (Antoine) Griezmann, par exemple, à un autre poste, mais il a amené plus de choses.
La sortie de Kylian Mbappé, un aveu d'échec ?
Honnêtement, j'ai été surpris. Surpris par rapport à lui, qui veut jouer tous les matches. Quand il était remplacé, il faisait la tête, à Paris, je parle. Il était avide de record(s), il voulait tout battre. Et là, le voir sortir… Après, c'est lui qui a demandé à sortir, parce qu'on voyait toujours (Didier) Deschamps qui allait le voir, pour lui demander comment il allait et tout. Ça m'a surpris que ce joueur là ne veuille pas rester jusqu'au bout pour tirer le pénalty ou faire la différence.
Un rapport avec le penalty manqué à l'Euro 2021 face à la Suisse ? Ou cela n'a rien à voir avec tout ça ?
On peut imaginer plein de choses, on peut dire plein de choses. Peut-être qu'il y a ça, peut-être qu'aujourd'hui, il ne se sent pas capable de faire la différence et qu'il a préféré sortir. Il n'y a que lui qui sait. Mais c'est vrai que d'un point de vue extérieur, connaissant un peu son parcours depuis le début, le joueur qui veut battre tous les records, qui veut tout gagner, qui veut faire la différence... Là, qu'il veuille sortir dans un match aussi important, on est en droit de se poser des questions sur qu'est-ce qui peut se passer dans sa tête. Et aujourd'hui, s'il est un petit peu moins bien, pour moi, ça prouve quelque chose. C'est qu'il ne sent pas à son meilleur niveau aujourd'hui.
Que ressent un joueur lors d'un séance de tirs au but, quand il doit se présenter face à un gardien et qu'il a potentiellement le sort de son équipe entre les pieds ?
Aujourd'hui, je suis agréablement surpris par ces jeunes joueurs qui n'ont aucun doute sur le fait qu'ils veulent prendre le ballon, qu'ils veulent aller tirer. Par exemple, là, j'ai (Youssouf) Fofana, qui est un jeune joueur, qui ne rentre pas énormément non plus. Il prend le ballon, il va tirer. Tu as (Bradley) Barcola, pareil. Ils portent leurs couilles (rires) ! Franchement, ce sont des mecs hyper courageux. À leur âge, bien sûr que j'avais beaucoup plus de stress et de peur. Et eux, ils sont impressionnants de maturité, de confiance en eux. Et ça, c'est vraiment très, très positif. C'est très positif pour la France, pour leur carrière. Ils n'ont aucun doute de rien.
Jules Koundé, notamment, a été voir Didier Deschamps pour lui demander de tirer...
C'est la réponse de ces joueurs. (Jules) Koundé, aujourd'hui, s'il est au FC Barcelone, ce n'est pas pour rien. Il a des qualités de footballeur. Il a aussi des qualités mentales qui sont très, très fortes. Et là, il l'a prouvé. Il y a aussi Théo Hernandez. Ils sont tous dans des grands clubs. Ils sont habitués à la pression. Et hier… Quand tu regardes l'équipe qui a terminé le match, il n'y a pas énormément de joueurs d'expérience. Et eux n'ont pas hésité à y aller. Franchement, c'est très beau et tout à leur honneur. C'est clair.
Place à l'Espagne en demi-finale, probablement l'équipe la plus forte de cet Euro pour l'instant. Quelles sont, selon vous, les clés pour battre la Roja ?
C'est l'équipe qui a fait la plus forte impression avec le ballon. Collectivement, on voit que c'est huilé, ça joue. Il y a des qualités individuelles. Mais je pense que c'est l'équipe qui peut nous convenir. Parce que nous, on va être très fort défensivement, comme on l'est depuis le début. Et on aura plus d'espace en contre-attaque pour aller loin. Je crois que c'est un style d'équipe qui peut nous convenir. Ça sera un match ouvert, un peu comme hier. J'espère qu'on aura cette finition qui nous manque depuis le début du tournoi.