Le FC Rouen a créé l'exploit de ces 16èmes de finale de la Coupe de France en sortant le Toulouse FC, tenant du titre. Une belle fête pour les joueurs, staff et supporters d'un club qui vit une saison riche en rebondissements. Désormais, c'est l'ASM qui se présente sur la pelouse du Stade Robert-Diochon pour un match historique.
Abdeljalil Sahloune a vécu probablement le moment le plus important de sa carrière le 21 janvier dernier. Au bout du pied, une qualification pour les 8èmes de finale de la Coupe de France avec le FC Rouen, club qu'il a rejoint en décembre 2018. Juste avant, Gabriel Suazo vient de manquer son tir au but, le premier manqué pour les deux équipes après 22 tentatives. Visage fermé et yeux rivés sur le ballon, l'attaquant de 28 ans ne tremble pas et ajuste Alex Dominguez, offrant une qualification historique pour le FCR en 8èmes de finale de la Coupe de France, chose qui n'était plus arrivée depuis la saison 1976-1977 et offrant à l'ensemble du club un bonheur immense.
"C'est un scénario incroyable, un scénario de coupe", réagit à chaud Maxime d'Ornano après la rencontre, bien conscient de l'exploit majuscule que vient de réaliser son équipe. Mais cela n'est pas pour autant un hasard pour le FCR. Le club vient tout juste d'être promu en National, championnat dans lequel il n'avait plus évolué depuis la saison 2012-2013 et réalise une saison qui dépasse toutes les attentes. De là à imaginer sortir le tenant du titre de la Coupe de France…
Une saison au-delà des attentes
Car, malgré la très bonne saison des Rouennais, sortir le TFC reste un véritable exploit, et cela s'est bien senti lorsqu'Abdeljalil Sahloune a inscrit le tir au but de la victoire. À peine le ballon rentré, il a enlevé son maillot, encore rouge vif puisqu'il est entré en jeu à la 97ème minute, et s'est lancé dans un tour d'honneur express et faisant tourner sa tunique telle une serviette de Patrick Sébastien. Il est très vite rejoint par ses coéquipiers, avant qu'ils communient durant de longues minutes avec les 8 000 spectateurs. Chants, clapping ou encore litres d'eau jetés en l'air, tout un peuple ne se gêne pas pour célébrer cette victoire, offrant des images que seule la Coupe de France peut offrir.

Le Stade Robert Diochon, partagé entre le FC Rouen, le club historique de la ville, QRM et aussi le Rouen Métropole Rugby, a vibré grâce à l’exploit de cette bande de potes. Car si de grosses tensions existent entre les supporters et le Président Charles Maarek, les pensionnaires de National s’entendent à merveille et cela se ressent sur le terrain. L’union est totale entre l’entraîneur, Maxime d’Ornano, et ses petits protégés. La communion lancée devant la tribune LeNoble, grâce aux chants de Lamine Sy (prêté par le SM Caen) puis Amédée Kabongo, ont résonné dans toute la ville aux cent clochers.
Les belles histoires de la Coupe de France
Et forcément, qui dit Coupe de France dit belles histoires et anecdotes. On pense notamment au premier buteur de la rencontre Omar Bezzekhami, arrivé au club en 2018. Le natif de Rouen a raté le 16ème de finale face à Angers en 2020 en raison d’une rupture des ligaments croisés du genou. 4 ans plus tard, il est à la conclusion d’un super mouvement collectif et ouvre le score pour le club de sa ville. On pense aussi à l’héroïsme d’Amédée Kabongo qui, boosté par l’adrénaline, a tiré le 11ème tir au but de son équipe malgré une rupture du tendon d’Achille. On peut aussi évoquer la préparation tronquée de ce match : les tensions entre la direction et les supporters, avec un discours fort du capitaine Clément Bassin le samedi pour rameuter le peuple rouennais au stade, la neige qui a poussé les joueurs à faire du ping-pong et s'entraîner au Five les quelques jours précédents cet exploit historique.
Évidemment, la fête s'est poursuivie dans les vestiaires, où les joueurs ont appris avec joie qu'ils allaient affronter l'AS Monaco ce jeudi soir. L'allégresse du groupe s'est étendue jusque dans la salle de conférence de presse, située à l'autre bout du couloir du stade. Le bonheur des joueurs s'est également fait sentir au moment de la zone mixte où les héros de la soirée se chambrent entre eux au moment de répondre aux questions des journalistes. Difficile d'avoir des réponses sérieuses, mais peu importe, le sourire affiché sur le visage des pensionnaires de National suffit à décrire ce qu'ils ressentent à ce moment précis. Un souvenir qui restera gravé dans leur tête à vie.
Un souvenir dont se souviendront également très longtemps les supporters. Si 8 000 personnes ont assisté à la partie, cela n'était pas gagné d'avance à cause des prix fixés par la direction du FC Rouen, obligeant cette dernière à faire machine arrière et à les proposer à des prix plus accessibles, face à la pression des suiveurs du club. Si les deux principaux groupes de supporters ont annoncé le boycott de la rencontre, l'ambiance a tout de même été au rendez-vous avec les chants rouennais qui ont résonné tout au long des 90 minutes, le tout, sous les yeux d'un Charles Maarek qui a assisté à la partie dans le tunnel du Stade Robert-Diochon, en compagnie de deux agents de sécurité.

Charles Maarek, un Président décrié
Si certains ont changé d’avis, les plus fervents supporters ont tout de même décidé de boycotter la rencontre en gage de protestation, quitte à passer à côté d’un match historique. “J’ai suivi le match dans un bar sportif à Rouen. J’ai respecté le boycott, c’est propre à chacun. Il y en a qui sont pour, qui sont contre. Toutes les décisions sont respectables. Moi, étant proche des groupes de supporters, à partir du moment où on a dit qu’on faisait le boycott, je ne suis pas revenu sur ma décision. Il y a eu pas mal de sorties médiatiques fort désagréables contre les supporters, ça a accentué l’envie de ne pas aller au stade. La communication sur les changements tarifaires est arrivée un peu trop tard selon moi, car justement la grille tarifaire n’était pas populaire et qu’on ne vendait pas de places. Il y a eu un mea culpa par rapport à l’engouement qui n’était pas là” explique Get-Get, créateur de la page FC Rouen News qui compte 16 000 abonnés sur Facebook.
Voir cette publication sur Instagram
Fou amoureux des Diables Rouges, le passionné a vibré pour son équipe dans un bar de la ville. “La semaine a été très éprouvante pour nous, il y a eu des rebondissements tous les jours. C'était assez sportif. J’ai pris énormément de plaisir à regarder l’équipe, ce n’est pas la même atmosphère qu’au stade, ce n’est pas les mêmes émotions mais on était bien une centaine au bar. C’était un match incroyable, avec une équipe qui regardait les yeux dans les yeux Toulouse, qui n’a peur de rien comme depuis le début de championnat. L’équipe nous surprend encore malgré des absences, des départs. C’est incroyable. Sans parler de la séance de tirs au but. A l’extérieur déjà, c’était éprouvant de vivre cette séance, je n'imagine même pas au stade… Et puis le dénouement… Tout le monde s’est pris dans les bras, la fête. J’espère que maintenant, on va pouvoir repartir sur du foot populaire. C’est ce qui caractérise ce club. On espère qu’on va repartir sur la fête face à Monaco."
Get-Get affiche clairement ses inquiétudes concernant les décisions du propriétaire du club, le très décrié Charles Maarek, notamment sur la santé financière de son équipe… “Mais le combat est l’extra-sportif en ce moment. Il faut qu’on arrive à sauver ce club historique, populaire, d’un dépôt de bilan car on est en grande difficulté. On a eu des rentrées d’argent avec des transferts, des dotations avec la Coupe de France, j’espère qu’on va voir le bout du tunnel et qu’on va arrêter d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête”.
Le Stade Robert-Diochon va être plein à craquer
Malgré cette fracture assumée avec le dirigeant, le fan des Diables Rouges devrait être de retour au Stade Robert-Diochon le 8 février prochain pour le huitième de finale face à l’AS Monaco et soutenir son équipe. “Normalement oui car je ne loupe quasiment aucun match à domicile ou à l’extérieur. Vu ma passion, normalement je serai au stade sauf si on nous ressort une grille tarifaire incroyable (depuis, la grille tarifaire a été dévoilée par le FC Rouen et semble beaucoup plus réaliste ndlr). J’espère être présent et vivre ce moment avec mon fils. On est deux passionnés, j’espère vivre ce moment avec lui car c’est important pour moi de transmettre cette passion des Diables Rouges”. Et le fait de tomber contre Monaco le rend fou de joie, puisqu’il imagine une énorme ambiance dans le stade rouennais. “C’est un super tirage, c’est un club qui parle à tout le monde et qui va ramener des supporters. Ce n’est pas un match contre Paris ou Marseille ou les gens dans le stade seront attachés au club. Ceux pour Monaco iront dans le parcage, et le reste du stade sera acquis aux Diables Rouges ! Ce sera une belle fête, j’espère que les tarifs seront revus à la baisse, qu’il y ait une belle fête du football, qu’on joue à guichets fermés qu’on a connu contre Metz ou Angers (2020).”
Quelques secondes après le tirage au sort, et l'annonce de l'affiche entre le FC Rouen et l'ASM, Charles Maarek -qui a terminé sur le terrain et à proximité des poteaux lors de la séance de tirs au but- hurlait ironiquement dans la salle de conférence de presse "C'est combien les places pour Monaco ?". Fort heureusement, la tension et le stress ont baissé d’un cran depuis le tour précédent et tout le monde semble retrouver la raison depuis quelques jours. Ce soir, le Stade Robert-Diochon est à guichets fermés avec les deux principaux groupes de supporters présents. Et c’est peut-être ça le plus bel exemple de la magie de la Coupe de France…