Après des expériences à Bayonne puis à Boulogne-sur-Mer, Alain Pochat (52 ans) a pris les rênes du FC Villefranche Beaujolais, alors en National 2, à l'été 2017. Depuis, le club caladois a grimpé un échelon pour devenir, au fil des semaines et des mois, un club qui compte de plus en plus en National. Le bon travail réalisé au quotidien par le technicien français n'est bien évidemment pas étranger à la bonne santé actuelle du FCVB, encore en lice pour la montée en Ligue 2 avant que le championnat ne ferme - de manière vraisemblablement définitive - ses portes en raison de l'épidémie de coronavirus. La rédaction de MadeInFOOT a donc profité de cette période de confinement pour partir à la rencontre* du technicien d'origine basque, un homme passionné, et passionnant.
* Entretien réalisé le 27 mars
MadeInFOOT : Avant la suspension du championnat, votre équipe pointait à une intéressante septième place au classement (41 points), à seulement sept unités de la tête. Êtes-vous satisfait par l'exercice réalisé par votre formation ?
Alain Pochat : « On a fait un championnat où on a été réguliers, on a toujours été dans les trois-quatre premiers. Ce n'était pas forcément l'objectif de base, qui était d'obtenir un maintien confortable par rapport à la saison dernière qui était notre première saison en National. Le club est nouveau à ce niveau. On est satisfait d'avoir obtenu un maintien assez rapide puisque à treize ou quatorze journées de la fin on était quasi maintenus avec le nombre de points nécessaires (41). Derrière, c'était du bonus. On n'a pas fait un bon mois de février en terme comptable, on n'a pas pris beaucoup de points. Mais c'est un championnat tellement serré, il restait beaucoup de confrontations directes dans le haut du tableau, tout le monde avait un peu sa carte à jouer. On avançait un peu masqués, en étant plutôt chasseurs que chassés. On avait à cœur de jouer notre carte à fond ».
Votre équipe a la particularité de n'avoir perdu qu'à quatre reprises. Seul le leader, Pau, a fait mieux, avec seulement trois revers. Comment expliquez-vous cela ?
« Ça prouve qu'on est une équipe sûrement difficile à battre. On a su être réguliers et consistants sur chaque rencontre. Malheureusement, on a fait beaucoup de nuls. Si on avait réussi à transformer quelques nuls en victoires, on serait encore plus haut, c'est la logique. Dans l'ensemble, on est assez homogènes et consistants dans nos prestations, on a donc pu prendre des points assez régulièrement. On avait plutôt bien démarré le championnat. On a fait des séries. Quand on fait des séries, on enchaîne de la confiance et puis surtout des points qui permettent d'avoir moins de pression. Gagner les matches, c'est notre moteur. Quand on est compétiteur, on veut gagner, que ce soit à domicile ou à l'extérieur ».
Comment décririez-vous le système Alain Pochat ? Avec 34 buts marqués en 25 matches, votre équipe présente la cinquième attaque du National, est-ce une fierté pour vous ancien défenseur ou milieu de terrain défensif ?
« On joue les matches pour les gagner. J'aime bien que l'équipe ait la possession, même si ça ne veut pas dire grand chose. Il y a plein de façons de voir le football. J'essaie d'associer des joueurs qui comprennent le même football, qui peuvent s'entendre sur le terrain, sur l'intelligence collective, sur comment on joue ensemble. L'idée, c'est plutôt d'avoir des techniciens, qui aiment repartir de derrière, qui ont la capacité de poser des problèmes en ayant le ballon. Mais ce n'est pas simple, maintenant le football est surtout basé sur les transitions, sur aller vite vers l'avant. On peut donc s'exposer un peu en jouant de cette manière là. Mais je pars du principe que le football est un spectacle et qu'il faut arriver à proposer des choses aux spectateurs qui viennent voir le match, qu'ils prennent du plaisir à voir des belles actions, des joueurs qui cherchent à jouer. Partout où je suis passé, c'est ce que j'essaie de mettre en place.
J'ai connu le National depuis pas mal d'années, lorsqu'il était très, très athlétique, avec un jeu plus direct, beaucoup de duels. Maintenant, il y a des équipes plus joueuses, des meilleurs terrains, on peut jouer au football. C'est plutôt ça qui me plaît. Après, on essaie de marquer des buts, de se créer des occasions. C'est une question d'efficacité ou de joueurs qui peuvent faire la différence. Notamment les attaquants, qui peuvent être très importants à ce niveau. Mais ils coûtent cher. L'important c'est d'avoir une cohérence, qu'est-ce qu'on fait avec le ballon, qu'est-ce qu'on fait sans... J'étais plutôt adepte du 4-4-2 et, depuis la mi-saison l'année dernière, on est passé à trois derrière, avec toujours deux attaquants. J'ai un milieu de terrain composé de techniciens, quasiment que des numéro 10. L'idée, c'est d'arriver à un équilibre pour ne pas se mettre en difficulté ».
Un petit mot sur Thomas Robinet, votre meilleur buteur.
« C'est un garçon que j'ai eu l'occasion d'étudier quand je suis arrivé à Villefranche, à l'époque en National 2, car on avait joué face à Sochaux en Coupe de France. C'était un jeune joueur, peu utilisé. Je l'avais trouvé plein de qualités, généreux sur le terrain, qui jouait souvent à un poste excentré. Quand j'ai su qu'il était en fin de contrat et qu'il quittait Sochaux, je me suis mis en contact avec lui. Je savais qu'il avait à cœur de retrouver une place plutôt axiale donc avec le système que je voulais mettre en place, c'était intéressant de l'aligner aux côtés d'un autre attaquant. Je pense qu'il ne peut pas jouer tout seul devant, mais dans une association ou avec un joueur en point de fixation, il a les qualités. L'idée, c'était de voir si c'était un projet qui pouvait l'intéresser, d'autant plus qu'il est de Saint-Priest, à côté de Lyon, où il a sa famille. Il a adhéré au projet et il a réalisé une saison plus que correcte avec neuf buts et une grande importance dans notre animation offensive. Malheureusement, il a été un peu pénalisé ces derniers temps en se blessant bêtement aux quadriceps à l'entraînement. Ça a d 'ailleurs coïncidé avec une période un peu moins bonne de notre part. Sinon, dans l'ensemble, on voit qu'il prend du plaisir sur le terrain, qu'il s'éclate. C'est tant mieux ! »
Avez-vous des craintes de le perdre, lui ou d'autres, le National étant souvent perçu comme un tremplin pour le niveau supérieur ?
« Je suis à l'aise avec ça, ça fait plusieurs années que je bourlingue en National, je sais que chaque année, souvent, ça bouge beaucoup dans les équipes. À Bayonne ou à Boulogne, j'ai déjà connu ça. Quand on a une masse salariale très légère, pour attirer ou conserver des joueurs, il y a forcément des clubs mieux armés que nous. J'ai eu plusieurs joueurs qui ont réalisé des belles saisons, se sont lancés ou relancés et qui sont partis, dans des clubs plus huppés, ou parfois à l'échelon supérieur, en Ligue 2. Ça prouve qu'on a eu le nez creux, qu'on a pris des bons joueurs, avec des qualités, et qu'ils ont su les démontrer avec nous. C'est tant mieux pour eux. Après, on a tous envie que les meilleurs joueurs restent, qu'on puisse avoir une stabilité sur deux-trois saisons pour pouvoir travailler. Mais c'est très difficile en National, il y a beaucoup de sollicitations. Dès qu'il y a des joueurs qui se font voir, il y a parfois le challenge sportif supérieur, ou même dans notre championnat, il peut y avoir un club qui a le statut pro ou des moyens financiers autres. Ça fait partie du jeu, il faut savoir l'accepter. Ça prouve aussi qu'on a eu des bons joueurs pendant une année ou plus et que ça a permis à l'équipe d'être performante ».
Est-ce une force en période de mercato ? D'être perçu positivement par les joueurs ?
« On s'appuie là-dessus. Quand on n'a pas les arguments financiers pour rivaliser, il faut donner d'autres arguments. Ça fait partie des arguments qu'on peut avancer. On a une équipe qui essaie de jouer au ballon, les joueurs le savent à force. Moi, ce n'est pas l'âge qui compte, c'est la performance sur le terrain. Il y a eu beaucoup de jeunes joueurs qui ont pu s'exprimer. Ce sont des arguments qu'on peut avancer quand on est en balance avec un autre club. Si l'agent a un projet sportif cohérent, avec le fait de vouloir jouer... Quand on a 20 ans ou 21 ans, je pense que c'est mieux de jouer 30 matches par an en National, de montrer qu'on est régulier. Quand on a fait 30 matches en une saison de National à 20 ans, ça montre qu'on a un certain bagage. Le projet sportif doit, selon moi, être prioritaire ».
Revenons sur un sujet abordé précédemment. Le National est, selon vous, en plein changement ces dernières années ?
« Il y a la qualité des joueurs, les choix des clubs et des coaches qui changent. Avant, on mettait surtout en avant la qualité athlétique. Dorénavant, les entraîneurs mettent des joueurs plus « techniques », les équipes sont plus joueuses. C'est rassurant, car ça veut dire que le niveau est en train d'augmenter. Le jeu, le spectacle, c'est un tout. On est télévisés de plus en plus souvent, soit par la FFF (Ndlr FFFTV) soit par Canal +, c'est bien de donner une belle image. On a aussi des pelouses de meilleures qualités dans l'ensemble, avec des bons stades, ça aide aussi ».
Le 6 février 2019, vous aviez frôlé l'exploit face au Paris Saint-Germain en Coupe de France. Cette soirée reste-t-elle spéciale à vos yeux ? Quels souvenirs en gardez vous ?
« C'est un super souvenir. Jouer au Parc OL devant 23 000 personnes face à l'ogre européen, c'était génial. C'était l'Everest. On avait peur de prendre une valise, d'en prendre comme aux boules (rires). On l'avait bien préparé. Toute l'équipe a été cohérente défensivement, car on savait qu'on allait faire que défendre. On a essayé de sortir deux-trois fois pour leur poser des problèmes. L'équipe n'a pas été inhibée par le contexte. Je crois qu'on était la seule équipe européenne à ne pas avoir pris de but sur 90 minutes. C'est une fierté d'avoir poussé une équipe comme ça dans ses retranchements. Ils ont fait rentrer Edinson Cavani et Kylian Mbappé, ce n'est pas rien (rires). La logique a été respectée, on n'a pas été ridicules, on a donné une bonne image du club. C'est un très, très bon souvenir. La Coupe de France, c'est toujours particulier, c'est un parfum différent du championnat. Pour Villefranche, c'était énorme. On a pu s'entraîner au Parc OL grâce à Monsieur Aulas. Ça a mis un gros coup de projecteur sur notre club ».
Un mot sur la « polémique » qui a suivi cette rencontre ? Regrettez-vous vos propos sur le PSG ?
« Quand on est franc du collier et qu'on dit certaines choses qui ne plaisent pas... Je suis comme ça, je suis "nature peinture"... Ce que j'ai dit, je le pense, réellement. Je pense qu'on ne rend pas service au PSG. Je ne pense pas que notre match, face à eux, était un match piégeux. Ce qui m'a gêné, c'est de voir des joueurs qui ne font que pleurer, qui réclament sans arrêt, qui viennent faire du lobbying à la mi-temps auprès de l'arbitre, comme si on était des voyous. Je n'ai rien contre le PSG. Mais je pense qu'on ne leur rend pas service. On est une équipe de National, forcément on n'a pas le même rythme qu'eux, on ne va pas aussi vite qu'eux. Donc il peut y avoir des fautes, c'est évident, ce n'est pas dans l'intention de casser les joueurs. Neymar, Di Maria, ce sont des avions sur le plan technique. Il faut savoir faire la part des choses. Ils sont largement au-dessus, même en Ligue 1, ils n'ont pas besoin de ça ».
On parle souvent de vous comme de « l'entraîneur sans diplôme ». Êtes-vous inquiet pour la suite ?
« Tant que je reste à Villefranche, je peux entraîner en National. Comme j'ai fait monter l'équipe, j'ai le droit d'avoir la dérogation. Mais du jour au lendemain, dans ce métier difficile, on peut se faire débarquer. Si cela arrive, je serai obligé, faute de dérogation, de redescendre au niveau N2. Ça fait ma onzième saison en National. Depuis trois-quatre ans, le règlement stipule qu'il faut le BEPF pour entraîner en National. Pour l'instant, je suis allé me présenter mais je n'ai pas été retenu dans les dix, à chaque fois. Je me suis représenté cette année, mon dossier a été retenu. Les tests de sélections, initialement prévus au mois d'avril, ont été reportés à la mi-mai. On est une quarantaine, ils vont en choisir dix. Ça se passe sur une journée. Le matin, on a un entretien de présentation, sur notre parcours, notre projet, sur les raisons qui nous poussent à vouloir obtenir le BEPF. L'après-midi, on tire un sujet et on doit mettre en place une séance par rapport au thème. On a une demi-heure pour la mettre sur papier puis on la présente et on échange sur le football sous ses différents aspects. C'est un échange qui dure une demi-heure et suite à tout cela, ils en prennent dix ».
Sous pression ?
« Pour moi, c'est quasi obligatoire de pouvoir avancer avec ce diplôme. Sinon, je serai cantonné à entraîner en N2 si l'aventure venait à se terminer avec Villefranche. C'est frustrant, car moi j'ai envie d'entraîner au moins en National, ou peut-être d'avoir des opportunités pourquoi pas au-dessus. Quand on a la chance d'être en activité, on a envie d'y rester. Mais il faut avoir tous les éléments en sa faveur. Si on est bloqué par un diplôme qu'on n'arrive pas à obtenir, c'est un peu rageant. La dernière fois, j'ai demandé pourquoi on avait refusé mon dossier. J'ai fait cette demande pour être encore meilleur la fois suivante, qui sera la quatrième. Je me suis posé les bonnes questions, je me suis remis en question par rapport à ce qu'il fallait que je fasse de mieux pour être retenu dans les dix. L'année dernière, j'étais onzième ou douzième, et on m'a dit de persévérer. C'est ce que je fais et j'espère que cette année sera la bonne ».
Si un dénouement positif n'intervient pas dans ce dossier, pourriez-vous quitter la France ? En 2019, votre nom a été cité pour renforcer le staff technique de Sabri Lamouchi à Nottingham Forest.
« Ce sont des choix, des options, en fonction des opportunités. Je suis parti déjà une année et demi au Maroc, pour entraîner les jeunes. Ce sont des réflexions à mener. Qu'est-ce qu'on veut faire ? Est-ce que ça vaut le coup ? Est-ce qu'on veut être adjoint ou numéro un ? Ce sont beaucoup de facteurs à prendre en compte pour pouvoir prendre une décision. L'offre de Nottingham ? Le timing a été problématique. J'avais des contacts depuis pas mal de temps, avec Sabri Lamouchi et la personne que je connais très bien dans son staff. J'ai étudié la chose. Mais ça c'est fait vraiment tard. J'avais déjà enclenché ma saison ici au FC Villefranche, j'avais déjà fait tout le recrutement. On m'a appelé le jeudi, il fallait que le samedi je rejoigne l'équipe de Nottingham en stage à Alicante (ndlr, en Espagne). Il y avait aussi ma famille à gérer, il n'y avait pas d'école française là-bas, il y avait beaucoup de paramètres très serrés au niveau du timing... Je me voyais mal partir vis-à-vis du club, des joueurs que j'avais convaincus de venir. C'est un choix. Il y avait plein de paramètres pas favorables à ce moment-là. Quand on a sa famille derrière, c'est compliqué. J'ai toujours fonctionné avec ma famille, c'est un élément très important dans ma carrière. C'est un intérêt qui m'a flatté, c'est valorisant de voir qu'on a pensé à vous, qu'on a envie de travailler avec vous. C'était une offre attrayante, pour un championnat important, d'un club historique qui a gagné deux Ligues des Champions. Après, ce sont des choix ».
Ce choix a-t-il été difficile ?
« Non, au final on est dans la machine à laver du championnat, de la préparation, du quotidien avec ses joueurs. Il ne faut pas regarder dans le rétroviseur, au contraire il faut avancer. En plus, la saison a été riche. Une fois qu'on a basculé dans le choix de rester, on avance. Il faut être convaincu de ce qu'on fait et être respectueux des gens, des dirigeants, du staff, des joueurs ».
Vous êtes en fin de contrat au 30 juin, de quoi sera fait votre avenir ?
« On verra quand le championnat sera officiellement terminé, le bilan qui sera fait. Je suis en fin de contrat. On verra tout ça, aussi par rapport au diplôme, si justement j'ai le bonheur d'être retenu. Il y a, là aussi, plein de paramètres. Mais oui il y a des chances que je reparte une saison au moins avec Villefranche ».