À quelques heures du choc entre l’OM et l’OL en Ligue 1, découvrez notre interview exclusive de Rayan Slimani. Formé au Red Star, le milieu de terrain a évolué sous les ordres d’Habib Beye, aujourd’hui entraîneur du club phocéen.
Actuel milieu de terrain du Football Bourg-en-Bresse Péronnas 01, Rayan Slimani a été formé au Red Star FC, où il était considéré comme l’enfant du club. Le Franco-Algérien y a évolué sous les ordres d’Habib Beye, aujourd’hui entraîneur de l’Olympique de Marseille. Le club olympien s’apprête à recevoir l’OL ce dimanche soir pour le compte de la 24e journée de Ligue 1, une rencontre qui marquera la première d’Habib Beye au Vélodrome en tant que coach. Dans une interview exclusive accordée à MadeInFOOT.com, Rayan Slimani décrypte le management, la méthode et la personnalité d’un technicien qu’il connaît bien.
"Il est tout le temps derrière toi, il ne te lâche pas…"
MadeInFoot : Comment décririez-vous Habib Beye au quotidien ?
Rayan Slimani : c’est un entraîneur avec beaucoup de rigueur, beaucoup d’exigence, qui ne rigole pas du tout avec le travail, l’assiduité et surtout la discipline. Après, c’est un coach qui nous a beaucoup apporté au Red Star.
Quelle est la première chose qui vous a marqué chez lui ?
C’est l’intensité qu’il met dans les entraînements et dans son coaching.
Quel est votre jugement sur cet entraîneur ?
C’est un entraîneur avec beaucoup de qualités mais surtout avec beaucoup de caractère. Il ne rigole pas à l’entraînement, il est tout le temps derrière toi, il ne te lâche pas.
Peux-tu me raconter sa méthode d’entraînement ?
Quand on était au Red Star, c’était que du ballon. On mettait beaucoup d’intensité. Il détestait les entraînements sans ballon. Cependant, c’étaient des entraînements avec de l’intensité, beaucoup de distances.
"C’est un entraîneur qui aime beaucoup le jeu…"
Est-ce qu’il impose ses idées, ou cherche-t-il à écouter ses joueurs avant de décider ?
Il imposait ses idées mais il écoutait ses joueurs, même si c’est surtout quelqu’un qui impose ses idées. C’est quelqu’un qui est beaucoup dans l’analyse des adversaires, c’est un énorme bosseur. Il arrivait en premier au centre d’entraînement et il repartait en dernier. Il analysait toute la semaine, le week-end il regardait plein de matchs, tous nos entraînements. Quand il a une idée, il est vraiment fixé sur son idée.
L’impression que c’est un entraîneur qui parle très souvent de jeu, de football, est-ce quelqu’un qui fait bien jouer ses équipes ? Peux-tu me décrypter son plan de jeu ?
C’est un entraîneur qui aime beaucoup le jeu. Lors de ma première année chez les pros au Red Star, son adjoint c’était Pierre Sage et ils formaient un bon duo ensemble. Pierre Sage, comme on le voit à Lens, est un coach qui aime beaucoup le jeu. Je ne sais pas s’il a transmis cela à Habib Beye, mais en tout cas il l’a gardé.
Au Red Star, il jouait en 3-4-3. On avait deux demi-couloirs, deux 6, trois défenseurs centraux, deux pistons qui devaient jouer très haut et large, et après on avait un attaquant devant.
Le style Habib Beye est basé sur un jeu de possession et sur du contre-pressing. En gros, dès que nous perdions la balle, on devait chasser directement afin de la récupérer. On n’attendait pas du tout. Au Red Star, il voulait qu’on soit dominants donc, sur tout le match, on prenait le ballon au maximum et dès qu’on le perdait, on le récupérait afin de maîtriser le match.
"J’en étais sûr qu’il viendrait un jour à l’OM…"
Au Stade Rennais, Habib Beye a connu des problèmes de management avec certains joueurs, notamment Brice Samba… c’était également le cas au Red Star ? Est-ce que ça pourrait être problématique pour un club comme l’OM ?
Pas vraiment. Les vestiaires du Red Star, de Rennes et de l’OM ne sont pas pareils car dans ces vestiaires il y a de très bons joueurs avec de gros contrats. Nous, c’était plus un vestiaire où c’était lui qui était quelqu’un dans le groupe. Il était capitaine à l’OM, au Sénégal, il a joué à Newcastle. Donc il y avait déjà un respect par rapport à ça, mais il n’y avait pas d’embrouilles avec les joueurs. Cela étant, il y en a qui ne sont pas contents forcément de ses choix… mais il n’y a pas vraiment de conflit.
Que pensez-vous de son arrivée à l’OM ? Il a mal démarré après une défaite à Brest. Peut-il réussir à l’OM, c’est-à-dire qualifier le club en Ligue des Champions ou éventuellement remporter la Coupe de France ?
Moi, j’en étais sûr qu’il viendrait un jour à l’OM. Il était capitaine là-bas, il a fait une grande partie de sa carrière à Marseille. C’était un choix et une ascension logiques qu’il arrive là-bas au bout d’un moment.
Tout va dépendre aussi des joueurs parce que l’entraîneur ne peut pas tout maîtriser. Donc si ça ne tenait qu’à lui, oui je pense, mais après il y a le reste. L’environnement de l’OM est un environnement compliqué avec beaucoup de pression. Même les joueurs, ça doit traîner dans leur tête parce que la pression, les médias… tout ce qui se joue autour.
Ce n’est pas facile dans un environnement comme celui-ci et même Habib Beye, je pense qu’il est attendu du fait que c’est un entraîneur qui parle beaucoup, qui est sûr de lui, qui a été consultant et qui a beaucoup parlé. Donc, il est plus attendu que les autres. Il est attendu au tournant aussi car s’il commet aussi une erreur, tout le monde va lui tomber dessus.
Quelle est la chose que les supporters doivent absolument savoir sur lui ?
C’est un entraîneur qui a beaucoup de caractère. Il ne se laisse pas faire, il est convaincu par ses idées et il a beaucoup de connaissances. C’est un énorme bosseur et ça, je ne lui enlèverai jamais. C’est vraiment une personne sérieuse, à fond dans son travail. Il est prêt à mettre de côté sa vie personnelle pour son travail.
Au Red Star, Habib Beye était aussi consultant pour Canal+, comment il arrivait à jongler les deux métiers ?
Le fait qu’il était entraîneur au Red Star, c’était à Paris. Donc les locaux de Canal+ sont également à Paris, donc il pouvait jongler entre les deux. Quand il était commentateur au Parc des Princes, c’était à côté et après, quand il est allé à l’étranger, je pense qu’il allait en jet ou il faisait un aller-retour dans la nuit. En tout cas, il allait commenter un match la veille et ensuite il revenait à l’entraînement le lendemain matin. Il n’a jamais été absent.
"Il m’a appris l’exigence, la discipline, la rigueur, l’intensité…"
Pouvez-vous me parler de votre relation avec Habib Beye ?
(Il rigole). Moi, j’étais arrivé chez les pros au Red Star à 19 ans, j’étais l’enfant du club. J’avais une bonne relation avec lui, surtout au départ, parce que je ne vais jamais cracher sur lui : il m’a lancé dans le monde professionnel. Il m’a donné ma chance à l’âge de 19 ans dans un club qui ne donnait pas forcément sa chance aux jeunes. Il m’a lancé contre une équipe de Ligue 2 (Valenciennes en Coupe de France) où j’étais titulaire.
C’est le match qui m’a lancé dans le jeu puisque j’avais fait un gros match et il m’a mis titulaire en pointe basse. Mais je n’ai pas pu enchaîner parce que je me suis blessé et après je suis revenu, mais comme c’est un club avec beaucoup de pression et qu’on devait absolument jouer la montée, si par moments je n’étais pas trop dedans, je sautais directement parce qu’il n’y avait pas le temps. Sur l’année d’après où on monte, je n’ai fait qu’un groupe. Je lui en veux dans le sens où j’étais négligé cette année-là.
Cela étant, je comprends car il y avait encore moins le temps, encore plus de pression car on avait loupé la montée l’année d’avant et l’année d’après on n’avait plus le choix. Il a préféré mettre ses cadres. Moi, je lui en veux sur un point, sur le fait que j’ai moins joué, surtout qu’on était champions et qu’il nous restait cinq matchs et qu’il ne m’a pas fait jouer. Mais bon, après c’est passé et j’ai avancé. Cela étant, je ne lui en veux pas car il m’a tellement donné qu’il m’a aussi retiré après, mais sans lui je ne serais pas là non plus.
(Je relance) Il a vraiment joué un rôle très important dans votre carrière ?
Bien sûr ! J’ai connu la pression avec lui parce que j’avais beaucoup de pression au Red Star. Il m’a appris l’exigence, la discipline, la rigueur, l’intensité. Il m’a fait confiance, j’ai pris conscience de mes qualités et confiance dans mon jeu. Il ne m’a jamais retiré mon football.
"Que ce soit le président ou le directeur sportif, il ne se laisse pas faire…"
Est-ce que Habib Beye peut prendre des décisions fortes, c’est-à-dire mettre des cadres sur le banc lorsque c’est nécessaire ?
Par exemple, au Red Star, notre capitaine Cheikh N’Doye, qui a joué la Coupe du Monde 2018, plusieurs CAN. Il a déjà été plusieurs fois capitaine du Sénégal. Il a joué en Ligue 1, en Premier League, mais quand il fallait le mettre sur le banc il n’hésitait pas. Il allait quand même en discuter avec lui, après ils avaient une bonne relation tous les deux. Après, ça dépendait des joueurs aussi. Par exemple, il y a des joueurs à qui il ne va pas forcément le dire et d’autres à qui il va en parler. C’est un coach qui est dans la communication en revanche.
Habib Beye à l’OM, est-ce un mariage qui ne peut que fonctionner ?
Je pense que oui. Tout va aussi dépendre de sa relation avec les dirigeants parce que c’est un entraîneur avec beaucoup d’ego, de caractère. Que ce soit le président ou le directeur sportif, il ne se laisse pas faire. Ce n’est pas un petit entraîneur dans le sens où c’est un ancien joueur professionnel, capitaine là-bas. Il a quand même une carrière. Donc ce n’est pas un entraîneur qui va se faire influencer par les dirigeants ou par un président.
Cela étant, il connaît très bien Medhi Benatia par exemple.
Justement, ça va dépendre de leur relation parce que je pense que Medhi Benatia a beaucoup de caractère. Donc s’ils vont dans le même sens ou s’ils s’entendent bien, ça ne peut que matcher. Si, cependant, ça repart en conflit ou en guerre d’ego, c’est là que ça peut être compliqué.