Retrouvez notre interview exclusive réalisée avec Louis Saha, ancien international français (20 sélections).
Après une carrière marquée par 47 matchs de Ligue 1 mais aussi et surtout 288 matchs de Premier League, Louis Saha a pris un peu de hauteur et dirige depuis quelques années une plateforme sociale qui aide des sportifs professionnels à gérer leur carrière. Pour autant, cela n'empêche pas l'ancien attaquant de 45 ans d'avoir un œil toujours aussi avisé sur l'actualité dans le football. Pour MadeInFOOT, grâce à King Casino Bonus, il s'est confié sur la semaine des clubs français en Coupe d'Europe, le niveau de la Ligue 1, le PSG sous Luis Enrique, ou encore un potentiel avenir sur un banc de touche.
MadeInFOOT : Que pensez-vous des résultats des clubs français face aux clubs anglais cette semaine en Coupe d’Europe ?
Louis Saha : C'est une bonne semaine pour les clubs français, il y a des semaines qui ne se passent pas comme ça. Il faut apprécier les performances, mais le problème c'est qu'il faut être constant, donc c'est le souci. C'est super de voir qu'il y a des matchs intéressants. Newcastle qui gagne face au PSG, c'était la grosse surprise, mais on a vu qu'il y a du renouveau. J'ai l’impression, par rapport aux tactiques de Luis Enrique, qu'il y a des choses plus solides et qui se basent moins sur la fondation avec de grandes stars. C'est génial de voir Lens imposer son jeu à une équipe comme Arsenal qui domine le championnat anglais depuis deux ans, dans le jeu, avec Mikel Arteta. Voir Lens se projeter comme ça vers l’avant, se créer des occasions, poser des problèmes aux Gunners... Ils ont dû batailler donc c'est top. Je trouve qu'il y a moins ce gap de niveau, comme Marseille il y a deux ou trois ans qui a galéré et qui s'est fait expulser de la Champions League, on voyait qu'il y avait un gap énorme, ce n'était même presque pas normal. Le fond de jeu proposé en France donne l’impression que c'est beaucoup plus consistant pour aller chercher des performances.
Suivez-vous encore le FC Metz, le seul club dans lequel vous avez joué en France, notamment avec sa montée en Ligue 1 ?
Je suis les résultats mais c'est un peu difficile car je suis obligé de relever le problème d'être un club un peu "yoyo", c'est un peu désolant. Dans le championnat français, beaucoup de clubs doivent se cantonner à ce rôle de trampoline car beaucoup de joueurs veulent à un moment partir en Angleterre ou dans d'autres championnats. Le problème est de trouver la bonne formule ou l’équilibre qui va leur permettre de garder leurs bons joueurs une année voire plus, et d’éviter ces positions de 15ème ou 16ème, qui te met dans une situation où il suffit de deux matchs pour repartir en Ligue 2. On voit toujours que c'est un club qui produit du ballon, mais c'est assez difficile de suivre avec constance les performances car elles sont en dents de scie.
Avez-vous regardé un match de Metz depuis le début de la saison ?
Non, je vois les "highlights", mais franchement je ne sais pas comment vous faites en tant que journaliste sportif pour regarder autant de matchs (rires), c'est un exploit. On est obligés de choisir nos championnats et compétitions, on voit les résumés, parfois les matchs sont intéressants, comme celui face à Monaco dans deux semaines. Je suis très très supporter de Manchester United et j’avoue que je regarde de loin les matchs de Ligue 1.
The 8 Frenchmen ?? with 50 or more Premier League Goals:
— Soccer Facts (@Soccer_Stats) October 2, 2023
Thierry Henry (175)
Nicolas Anelka (125)
Olivier Giroud (90)
Louis Saha (85)
Eric Cantona (70)
Anthony Martial (62)
Robert Pirès (62)
Alexandre Lacazette (54)#France https://t.co/wTKHaFaqf7 pic.twitter.com/Xb4x07c68w
Louis Saha séduit par la tournure que prend la Ligue 1
En parlant de Ligue 1, quel regard portez-vous sur le championnat cette saison, avec le classement actuel et le PSG qui ne domine pas (pour l’instant) les débats ?
C'est à la fois bien et pas bien pour la Ligue 1. Il y a cet aspect de "starisation" qui a été atténué avec le départ de Messi et Neymar. Cette équipe du PSG a des réglages à faire avec un autre coach qui vient avec une autre philosophie, ça a forcément un impact sur la Ligue 1. La proposition en termes de package est plus compétitive à l'intérieur du championnat. Avant, c’était complètement biaisé, il y avait cette impression que toutes les équipes étaient contre Paris, même si c'est encore le cas. Là on sent que le championnat est plus homogène, comme en Angleterre avec 7-8 clubs qui se tirent la bourre pour choper les quatre places pour la Ligue des Champions. Mais la qualité en France reste de haut niveau, c'est un championnat très très difficile, on voit de plus en plus qu'il y a vraiment un fond de jeu assez intéressant et un vivier énorme de talents, on le voit avec l'équipe nationale. On peut aller piocher où on veut partout dans le monde, mais ça ne va être qu’en France que l'on va trouver autant de joueurs talentueux. On peut se demander ce qu'il se passe au niveau de la mentalité dirigeante des clubs, qui fait qu'économiquement, ils sont obligés de vendre leurs meilleurs joueurs. Des fois, il y a peut-être ce coté culture qui fait qu'il y a un retard par rapport à certains championnats, et ça c'est un peu dommage.

Voyez-vous déjà un favori pour le titre en Ligue 1 après 8 journées ?
C'est un peu difficile, mais je reste avec le favori qui est Paris, car ils ont une armada énorme de talents. Quand Ousmane Dembélé va commencer à avoir des stats, ça va être le bordel. Kolo Muani qui a marqué encore, ça va lui faire du bien. Je suis content de voir Monaco et Nice jouer les trouble-fêtes, voire même Marseille après son petit passage à vide. On a l’impression qu’ils se shootent dans les pieds tout seuls, c'est assez fou mentalement de pouvoir créer des polémiques quand tu es en haut de tableau. Il y a des situations qui restent culturelles et qui sont dommageables, mais mon favori restera Paris. Après, voir Lens ou encore Lille produire du jeu, c'est génial. Même Reims, quand je vois la constance par rapport à la saison dernière, c'est génial de voir tout ça.
À titre personnel, quelles sont vos principales activités aujourd’hui ?
Moi, je reste dans le développement de réseaux de confiance par rapport aux sportifs de haut niveau, et ceux qui sont dans le besoin d’avoir une certaine sécurité avec les personnes qu'ils doivent côtoyer dans le monde du sport. Je suis vraiment dans cette ouverture de conversation par rapport à cet impact social que des "influenceurs" peuvent avoir sur notre jeunesse. Je suis en train de monter des projets à fond là-dedans, même si j'adore mon sport qu'est le football. Mais il n'y a pas un gamin sur terre qui n'est pas influencé par un joueur de football ou de rugby. Je pense qu'on ne leur donne pas tous les outils pour pouvoir être les meilleurs ambassadeurs.
Habib Beye ou encore Thierry Henry, qui ont environ votre âge, sont actuellement entraîneurs. Cette voie pourrait-elle vous intéresser par la suite ?
Ça peut toujours intéresser car on adore notre sport et il faut le consommer avec excès pour arriver au niveau de Thierry ou d'Habib. Ce sont des gens qui consomment non pas que des matchs de Ligue des Champions, Ligue 1 ou Premier League. Ils consomment tous les matchs : Ligue 2, National, voire plus bas. Il y a un vrai passage d’apprentissage, mais ça ne m’empêche pas d’y arriver car en ayant un parcours différent, on a une vue plus globale de ce que l'on veut inculquer aux joueurs. C'est peut-être quelque chose qui pourrait arriver avec le temps, même s'il faut rester au contact pour espérer un jour être coach. Ce n'est pas une question de niveau, moi ce que je veux c'est avoir un impact sur cette jeunesse, mais je reste avec les portes ouvertes dans ma tête.