Retrouvez notre interview exclusive réalisée avec Chris Waddle, ancien joueur de l'Olympique de Marseille (1989 - 1992).
Avec 140 matchs disputés sous le maillot de l'Olympique de Marseille, Chris Waddle (65 ans) a connu 7 Classiques au total au cours de sa carrière (2 buts marqués). À 3 jours d'un match capital pour les Marseillais sur la pelouse du Parc des Princes, l'international anglais (62 sélections) s'est confié pour MadeInFOOT, grâce à Spreadex Sports, et a évoqué la forme actuelle des hommes de Roberto De Zerbi, ainsi que Mason Greenwood, avec qui il est souvent comparé. Le triple vainqueur du championnat de France a aussi évoqué son meilleur souvenir lors d'un PSG - OM.
MadeInFOOT : Vous avez connu un OM habitué à gagner des titres. Aujourd’hui, sentez-vous que le club se rapproche de cette culture de la victoire ?
Chris Waddle : Je pense que Marseille n’en est pas loin. On a souvent le sentiment que l’équipe se met dans une position idéale, avant de tout remettre en question avec une défaite difficile à expliquer. Ils enchaînent parfois une très belle série, mettent la pression sur le Paris Saint-Germain et Lens en tête du classement, puis perdent soudainement contre une équipe face à laquelle on ne les imaginait pas s’incliner. Ensuite, ils repartent sur une bonne dynamique, se rapprochent à nouveau du sommet… et rechutent dans un match qu’ils doivent absolument gagner. Cette irrégularité est encore trop présente.
Cette saison, l’OM peut-il viser un trophée ?
En Coupe de France, ils ont aujourd’hui une vraie carte à jouer, surtout depuis l’élimination du PSG au tour précédent. C’est une opportunité réelle de remporter un titre. Pour le championnat, en revanche, c’est toujours extrêmement compliqué. Ils font partie du groupe de tête, avec Lens et Paris, mais le PSG reste capable, à tout moment, de hausser son niveau, d’accélérer et de distancer tout le monde. Ils ont l’effectif pour ça, on le sait.
Comment jugez-vous l’évolution globale de l’effectif marseillais ces derniers mois ?
Il y a eu énormément de mouvements sur les dix-huit derniers mois. Certains jours, Marseille a montré qu’il pouvait vraiment poser de gros problèmes à ses adversaires. Mais le parcours en Ligue des champions, avec une élimination assez précoce, illustre bien cette irrégularité. Globalement, je pense que le club est dans une situation saine, mais on a toujours l’impression qu’il manque encore une pièce, un joueur supplémentaire pour franchir un cap. Cela montre qu’ils ne sont pas encore totalement aboutis.
Quel regard portez-vous sur le travail de Roberto De Zerbi ?
Honnêtement, je pense qu’il fait un excellent travail avec les moyens dont il dispose. S’ils se qualifient de nouveau pour la Ligue des champions la saison prochaine, ce sera une mission pleinement réussie. Et comme je l’ai dit, avec l’élimination du PSG, ils ont une formidable occasion de remporter la Coupe de France. Mais aujourd’hui, pour un club comme Marseille, la priorité reste la Ligue des champions. Terminer dans les trois premiers est essentiel, et je pense qu’ils en sont capables. À mes yeux, Roberto De Zerbi fait avancer l’équipe dans la bonne direction.
Franck Lebœuf a déclaré qu’après vous, l’OM avait aujourd’hui Mason Greenwood. Que pensez-vous de cette comparaison et du joueur ?
En ce moment, Greenwood marque presque pour le plaisir. Beaucoup de ses buts viennent sur penalty, c’est vrai, mais depuis son arrivée à Marseille, il est devenu un joueur très régulier. Son bilan est excellent et forcément, beaucoup de clubs vont s’intéresser à lui. Et connaissant Marseille, si une offre importante arrive, il y a de grandes chances qu’ils l’acceptent.
Qu’est-ce qui fait sa force selon vous ?
C’est un joueur fiable, constant. Techniquement, ce n’est pas forcément quelqu’un qui enflamme le stade ou qui provoque un “waouh” permanent, mais il est efficace. Il marque, encore et encore, et c’est ce qu’on lui demande.
Il y aura forcément des clubs attentifs à sa situation. Quant à un éventuel retour en Angleterre, après tout ce qu’il a vécu sur et en dehors du terrain, je ne suis pas certain que ce soit sa priorité. En revanche, je suis convaincu que des clubs italiens et espagnols le suivent de près.
Il y a le Classique PSG-OM ce week-end. Quand on a porté le maillot de l’OM, ce match reste-t-il toujours à part ?
Oui, clairement. J’ai eu la chance de vivre ces matchs. Je crois que nous avons perdu une seule fois contre Paris à mon époque (2-1, 21 avril 1990). Sinon, nous les battions assez régulièrement. Le PSG d’alors n’était évidemment pas celui d’aujourd’hui. Mais l’atmosphère autour du match était toujours incroyable. La montée en tension avant la rencontre était impressionnante.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ces confrontations ?
Au départ, je ne comprenais pas totalement la rivalité. Normalement, un rival est une équipe très proche géographiquement. Là, Paris est à environ une heure en avion depuis Marseille. Mais il y a toute l’histoire, la politique, le contexte autour, et cela rend ce match immense. C’est électrique : des cartons jaunes, probablement des rouges, une ambiance folle. C’est un match exceptionnel à jouer.
Avez-vous un souvenir marquant qui vous revient en tête ?
Oui, probablement l’un de mes plus grands souvenirs de joueur. Je me souviens d’un match au Parc des Princes que nous avions gagné 2-0 (28 avril 1991, 8e de finale CDF). Je suis sorti une dizaine de minutes avant la fin et, à ce moment-là, j’ai reçu une standing ovation du public parisien. On m’a dit que j’étais le premier joueur de l’OM à qui cela arrivait. J’aimais provoquer, jouer avec le public, exprimer mon football, et visiblement cela les avait impressionnés. Les coéquipiers comme les supporters m’ont assuré que ce n’était jamais arrivé auparavant. Ça m’est resté.