Libre de tout contrat après la fin de son aventure en Grèce, au Aris Salonique, Zacharie Boucher garde toutes ses ambitions et son assurance. Le portier de 29 ans s’entraîne actuellement avec la réserve du SM Caen en attendant un appel, celui qui pourrait tout changer ! Persuadé qu’il saura convaincre l’équipe qui lui offrira un essai, celui qui compte 51 sélections chez les jeunes avec l’équipe de France se tient prêt et promet de répondre présent.
MadeInFOOT : Bonjour Zacharie, avant d’évoquer ta situation aujourd’hui, comment es-tu tombé amoureux du foot ?
Zacharie Boucher : "J’étais tout petit et je me suis lancé dans le foot à la Réunion. Je viens d’une famille de handballeurs et le foot est arrivé dans ma vie. Le premier match que je joue, on me met dans les cages, j’arrête un pénalty et je suis resté dans les buts. Ensuite, j’ai enchainé toutes les structures de foot, les écoles de foot… Jusqu’à arriver au Havre."
Tu rejoins Le Havre en 2007. Comment s’est passée l’acclimatation et ton arrivée en Métropole ?
"C’était la première fois en Métropole, c’était très très dur. Je laisse toute ma famille à la Réunion, je suis tout seul en Normandie. Il fait froid, il caille. Ça paraît anodin comme ça mais ça fait un choc énorme quand toi tu dis qu’il fait froid et qu’il fait 25 degrés. Et ici tu as 25 degrés mais l’été (rires). C’était très dur, les premiers six mois, quand je rentre dans ma famille, j’avais dit à mes parents que je n’y retournerai pas. C’était assez compliqué. J’ai eu la chance d’être dans les équipes de France à cette époque, ça m’a permis de voir autre chose et ça m’a fait continuer. J’ai vu les choses moins dramatiquement."
Tu as disputé 51 matchs avec les différentes équipes de France chez les jeunes mais tu n’as pas de sélection avec les A. Est-ce un échec pour toi ?
"Bien sûr, c’était un objectif et ç’en est toujours un aujourd’hui. Je sais que j’en suis très très loin attention, mais pour moi je me fixe toujours de gros objectifs. Je veux toujours aller au plus haut niveau. Ce n’est pas parce que je suis à un moment plus difficile de ma carrière que tout est joué. Je ne me ferme aucune porte. C’est une de mes grosses forces maintenant, je n’avais pas forcément cet état d’esprit là avant. Il y a quelques années, je vous aurai dit que c’était un échec mais aujourd’hui non. Dorénavant, je dis que c’est ma trajectoire, mon chemin et j’en suis fier car j’ai fait et je continue à faire de très bonnes choses. L’équipe de France A reste un objectif, je travaille tous les jours pour y accéder à un moment donné. J’en suis très loin aujourd’hui, mais pourquoi pas un jour."
Y a-t-il eu des mauvais choix dans ta carrière ?
"J’ai fait des choix de carrière qui restent les miens, c’est ma trajectoire, il y a des endroits où ça a marché mieux que d’autres, ça fait partie des expériences d’une vie. Ça ne peut pas être tout le temps rose, tout le temps au top. J’ai envie de vous dire que les périodes plus ou moins compliquées font qu’aujourd’hui j’ai cette maturité là, que je peux vous parler de cette façon. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus fort qu’il y a quelques années."
Avec du recul, que dirais-tu au jeune Zacharie Boucher ?
"Je lui dirai de continuer à faire ce qu’il a à faire. Je ne changerais rien de ce que j’ai fait, ça fait partie de mon parcours. Si je n’avais pas fait les erreurs que j’ai faites, les bons matchs et les clubs que j’ai faits, je n’en serai pas là aujourd’hui. Il y a eu une évolution de moi-même dont je suis fier. Je ne changerai rien du tout."
"N’importe quel club qui voit un Zacharie Boucher sans club aujourd’hui doit sauter sur l’occasion"
Le poste de gardien de but est sans doute le poste le plus ingrat au football. On ne parle pas forcément des choses bien faites par le portier mais il est très critiqué dès qu’il se rate. Étais-tu préparé à ça ?
"Bien sûr que j’étais conscient de ça. Ce qui me transcende c’est de jouer le week-end. Je ne me prépare pas autant pour être sur un banc ou regarder des matchs. Je suis un compétiteur dans l’âme, je m’entraîne dur pour jouer. Ce n’est pas nous qui avons décidé de cette pression, c’est le haut niveau qui veut ça. On est sur une lame de rasoir mais c’est ce qu’on aime et pour ça qu’on a autant d’adrénaline. On saute sans parachute tous les week-ends. C’est ce qui fait qu’on kiffe ce qu’on fait."
As-tu perdu confiance en toi face aux critiques ?
"Je pense qu’à un moment donné il y a eu une perte de confiance. Mais ça arrive à tout le monde. Un joueur qui n’a pas eu une période de doute dans sa vie, je ne le crois pas et je lui dirai que c’est un menteur. On a tous connu ça, on en connaîtra tous. Ça fait partie d’une carrière de footballeur, mais c’est pareil dans la vie de tous les jours. À un moment donné tu prends des claques, tu te réveilles et tu repars. La chose importante maintenant, c’est la manière dont je vois les choses. Tout ce qui est passé est passé, on ne peut pas les changer. Je vis le moment présent, je fais ce qu’il faut pour revenir au plus haut niveau."
Revenir au plus haut niveau, c’est ce que tu attends…
"On est en période de mercato, mais n’importe quel club qui voit un Zacharie Boucher sans club aujourd’hui doit sauter sur l’occasion. Pourquoi ? J’ai connu le haut niveau, j’ai l’expérience, la maturité car je sais dire ce que j’ai fait de bien et pas fait de bien. Au niveau du talent, je suis toujours le même qu’il y a quelques années. Tout le monde a pu voir ce que j’étais capable de faire et physiquement je n’ai jamais été aussi bon. Je suis libre et j’ai toutes les qualités qu’il faut pour servir un club et amener un club là où il veut aller. Aujourd’hui, je signerais les yeux fermés pour un mec comme moi."
Tu as joué 241 matchs en Ligue 1 et Ligue 2. Dans quel championnat te sentirais-tu le plus à l’aise ?
"Moi quand je suis dans les buts, je suis dans les buts, c’est la même chose. Je suis un compétiteur, je vise le plus haut niveau ! On a parlé de l’équipe de France, si tu n’es pas un gardien titulaire en Ligue 1, tu ne peux même pas avoir une chance d’arriver en équipe de France. Ç’est là où je veux être. Ce sont mes ambitions malgré ce qui peut se passer aujourd’hui et ma situation. Je sais que j’ai le niveau, j’ai ce qu’il faut dans la tête et physiquement. Mais il faut aussi un chemin pour y arriver."
Comment se passe ta préparation physique en tant que joueur libre ?
"En mai dernier, j’ai quitté la Grèce. J’ai cassé mon contrat là-bas pour me retrouver libre. Je n’ai pas pris de vacances, je suis parti faire un stage de préparation physique avec mon préparateur perso et mon coach de gardien. Je me suis préparé comme jamais je ne me suis préparé. Aujourd’hui, je n’ai rien à envier à personne. J’ai fait pire qu’une préparation de début de saison dans un club parce que je l’ai fait tout seul. Maintenant, je m’entraine avec la réserve de Caen, avec un groupe. C’est compliqué, t’es tout seul mais ça ne me dérange pas. C’est le boulot qui veut ça, ça m’a permis de me retrouver avec moi-même et de faire le point sur ce que je voulais, ce que je devais faire pour y arriver et ça m’a permis de mettre les bouchées doubles."
Quand on est un joueur libre, est-ce qu’on commence à stresser à quelques jours de la fin du mercato ?
"Je ne suis pas stressé, je le vis très bien car j’y suis préparé. À partir du moment où t’es focus et que tu sais à quoi t’attendre, il n’y a pas de problème. Je n’y pense pas forcément, des gens travaillent pour moi, j’essaie d’ouvrir le maximum de portes possibles. Mon boulot à moi c’est d’être le plus fort possible sur le terrain et c’est ce que je fais."
Comment s’est passée ton aventure en Grèce ?
"Je garde de très bons souvenirs de la Grèce. L’adaptation a été assez rapide car je parlais un peu anglais. Ils ont été cools, les Grecs sont accueillants, ça s’est fait naturellement. C’était une expérience très riche, mais côté familial c’était plus difficile. Le contexte était horrible avec le Covid donc on a préféré plier bagages et rentrer en France. Quand ça touche la famille, on ne chipote pas avec ça. Ta famille est le plus important donc tu trouves des solutions et tu rentres. Ça m’a rendu plus fort, ça m’a fait connaître l’étranger et c’est ce que je voulais en signant là-bas. Une expérience à l’étranger aujourd’hui ne me fait pas peur mais ce n'est pas forcément ce que je recherche aujourd’hui car j’ai vu comme c’était dur de vivre sans sa famille. Ce que je recherche, c’est un projet français ou vraiment à côté. Aujourd’hui, j’ai un regard autre sur les étrangers qui viennent en France et qui doivent s’adapter. Ce n’est pas évident pour eux."
Est-ce que tu es surpris de n’avoir eu aucun contact concret ?
"Surpris non car le contexte n’aide pas non plus. Le covid fait mal à tout le monde donc je ne vois pas pourquoi nous, en tant que joueurs, on ne serait pas impacté. Tout est revu à la baisse, que ce soit en terme de salaires, de visibilité. Aujourd’hui, les gens se déplacent moins sur les terrains. Les budgets sont à la baisse et les effectifs aussi. Ce n’est pas quelque chose qui me surprend. Mais quand je vois que je suis libre, les clubs ne devraient même pas avoir peur car je ne demande rien. Je demande juste à ce qu’on m’entrouvre la porte. Je suis libre, je suis une valeur sûre des championnats de Ligue 1 et Ligue 2. Je suis prêt, je suis prêt, je suis prêt !"
Ton manque de visibilité est-il dû à ta perte de temps de jeu depuis 2017-2018 ?
"C’est possible, néanmoins je reste le même joueur, mes qualités sont toujours là, mon talent aussi. Je suis un Zacharie Boucher 2.0 (rires). Faire un essai, c’est ce que je demande aux clubs. Je veux montrer que je suis présent, ce n’est pas quelque chose qui me fait peur. Je veux juste qu’on m’entrouvre la porte, qu’on m’accueille ne serait-ce qu’un entraînement, qu’un entretien pour que je mette d’accord le club. Je ne demande rien, mentalement je suis prêt, physiquement je suis plus que prêt. Le passé est le passé. C’est grâce à ces expériences que j’ai pu observer ce que c’est d’être sur le banc. Ça me permet d’avoir cette mentalité là aujourd’hui. J’ai un peu tout connu dans le milieu : être le petit prodige d’un club, être la recrue un peu phare d’un club, être sur le banc, être prêté car le coach ne voulait pas de toi, même une expérience à l’étranger. Comme je suis un gars intelligent, j’ai tiré le meilleur de chaque expérience. C’est une opportunité que je sois libre et que je sois dans cet état d’esprit-là. Il ne faut pas avoir peur !"
Si tu avais le choix de signer où tu veux, quelle serait ta destination ?
"Si je peux aller où je veux ? Je signe au Real Madrid (rires), l’un des meilleurs clubs du monde. Plus sérieusement, je n’ai même pas la prétention de dire dans quel club je veux aller. Je sais que je veux aller au plus haut niveau donc je vais dire un club de Ligue 1. Maintenant, je suis aussi lucide sur ma situation, j’en suis loin. Je suis loin, pas en raison des qualités, mais parce que je suis libre. Le foot va tellement vite que je demande juste qu’on me donne l’opportunité d’intégrer un groupe et que je montre de quoi je suis capable. Le boulot, je sais que je le ferai et je n’en ai pas peur."
"Je sais que le jour où un club va m'entrouvrir la porte, je ferai le job"
Cherches-tu, à tout prix, un rôle de numéro 1 ?
"Tout dépendra des opportunités, des projets qu’on veut bien me proposer. Je n’ai pas de réponse à donner par rapport à ça. Ça dépendra du feeling aussi si le projet est bien pour moi. Je choisirai un projet stable pour ma famille et là où il y a le plus d’ouverture sur un poste où je vais jouer. Moi je veux jouer. Après, est-ce que l’opportunité de jouer tout de suite va venir ou est-ce que ça passera par le fait de faire un peu de banc de touche ? Je ne sais pas, je ne peux pas répondre en disant « je veux faire ça ». Je suis aussi conscient de la situation mais je sais que le jour où un club va m’entrouvrir la porte, je ferai le job. J’en suis sûr et certain et je sais que je jouerai à un moment donné."
Avec le contexte sanitaire et la crise économique, plein de clubs n’ont pas forcément d’argent à investir sur le mercato. Ta situation pourrait être intéressante…
"Je suis tout à fait d’accord ! Aujourd’hui, pour me faire venir, il faut dépenser zéro euro. Je suis libre de tout contrat. Un contrat après ça se discute, mais je suis ouvert par rapport à ça et je ne demande pas la lune ! Dans un contrat, on peut tout mettre, les termes qu’on veut, les chiffres. Je n’ai pas de revendications et un club n’a rien à dépenser pour moi. Il y a juste une question à se poser : est-ce que j’ai la qualité ou pas ? Et la qualité je l’ai, je n’ai pas perdu mon talent !"
As-tu encore des contacts avec des anciens coéquipiers, des personnes dans le foot avec qui tu parles de ta situation ?
"Oui bien sûr ! T’es toujours dans le milieu, tu as tes contacts, tes amis. Ce ne sont pas que tes coéquipiers, tu tisses énormément de liens. Quand je vais à l’entraînement avec la réserve de Caen, je vois Stéphane Moulin et je suis très content de le voir, on discute cinq minutes et voilà. Il y a quand même pas mal de personnes qui m’envoient des messages. On n’est pas des bannis de la profession attention ! C’est compliqué mais pas tant que ça car je reste focus sur mon travail et ce que j’ai à faire. Et ce que j’ai à faire d’abord, c’est d’être bon sur le terrain. Avec mon préparateur physique et mon entraîneur des gardiens, on sait où j’en suis niveau physique. Et à l’entraînement, je vois mon niveau technique. Je suis vraiment content de ce que je produis ! Il faut juste concrétiser ça par un contrat avec un club et remettre le pied dans le circuit professionnel."
Si tu ne trouves pas de clubs dans quelques semaines, pourrais-tu t’engager avec la réserve de Caen pour avoir du temps de jeu ?
"On verra ça dans les prochaines semaines (rires) ! Je vois le présent, mon objectif est de trouver un club et de me refocaliser sur le travail que je peux faire dans un club. Je n’ai pas d’autres objectifs que celui-là ! Je suis prêt. Si j’avais un message à donner aux clubs, ce serait : il faut me faire confiance et me donner l’opportunité de m’entraîner. S’ils ont des doutes sur mes qualités ou le fait que je sois HS, laissez-moi venir à un entraînement et je leur montrerai que j’ai tout ce qu’il faut pour intégrer n’importe quel club en Ligue 1 ou Ligue 2."