Au terme d’une saison 2021-2022 très agitée liée aux résultats moyens sur le terrain, un Stade des Costières qui sonne creux, un conflit entre la direction et les supporters qui dure, le départ du directeur sportif qui n’a pas été remplacé et la descente de la réserve en Régional 1, Nîmes Olympique tente de bâtir un nouveau projet. Durant cette période de mercato, les départs sont nombreux, et les questions restent multiples autour du club gardois.
Un club qui fait face à l’instabilité
Après une période relativement stable, sous Bernard Blaquart, où on observait une continuité et évolution au fil des saisons, l’instabilité s’est installée depuis quelques années au sein de Nîmes Olympique. Elle se traduit d’abord par les entraîneurs, puisqu’ils sont quatre à avoir occupé ce poste depuis deux ans. Bernard Blaquart a quitté ses fonctions à l’issue de la saison 2019-2020, Jérôme Arpinon a été remercié en février 2021 alors que la situation était catastrophique. Pascal Plancque, son successeur, est resté un petit peu moins d’un an car l’ancien adjoint de Claude Puel a été remplacé par le technicien en place depuis début janvier, Nicolas Usaï, passé par Marseille Consolat et Châteauroux notamment. Ce dernier souhaite s’inscrire dans la durée et espère être en capacité de redresser un club qui était encore dans l’élite il y a deux saisons. Il faut ajouter à cette instabilité sportive, celle des coulisses qui s’est faite sentir sur le terrain.
Finalement, NO a terminé 9e du championnat pour son retour en Ligue 2, mais le club gardois n’a jamais réussi à être régulier. Les résultats oscillaient entre bons et moins bons. Selon les observateurs nîmois, plusieurs joueurs n’étaient pas totalement investis, d’autres avaient déjà la tête ailleurs, pendant que certains n’avaient pas digéré leur départ avorté l’été dernier comme l’international algérien Zinédine Ferhat. La valeur intrinsèque de l’effectif était indéniable, mais l’état d’esprit du groupe nîmois était questionné, quand il y a quelques années ce même état d’esprit était souvent mis en avant quand on parlait de Nîmes. Il était incarné par des joueurs formés au club, à l’image de Renaud Ripart, mais aussi par des éléments qui venaient de l’extérieur et s'incorporaient parfaitement dans l'environnement nîmois avec un état d’esprit irréprochable, comme Paul Bernardoni durant ses deux ans de prêt, Faitout Maouassa, ou encore Pierrick Valdivia. Aujourd’hui, le club veut construire un groupe composé de joueurs qui entrent dans ce cadre. “On voit que les profils recherchés sont des garçons dont l'état d'esprit reste très globalement souligné et fiable, ce qui a clairement fait défaut depuis deux ans (et qui a été relevé par les quatre précédents entraîneurs, l'ex DS, des anciens joueurs cadres et le président). On juge évidemment sur le terrain les joueurs mais à Nîmes, il semble que l'état d'esprit soit quand même primordial et qu'un noyau de joueurs doit être moteur pour l'ensemble du groupe. C'est ce qui s'est perdu depuis 2 ans…”, constate @Le11deNimes, média indépendant qui suit l’actualité du club.
Depuis l’été dernier, le centre de formation de Nîmes Olympique ne dispose plus d'agrément. Il est donc impossible pour le club de garder ses meilleurs éléments et d’apporter une dynamique liée à un état d’esprit exemplaire par le biais de la formation. Les premiers effets de cette perte de l’agrément, qui était trop coûteux selon la direction, se sont fait ressentir avec les descentes au niveau régional des U19 ainsi que de l’équipe réserve. “Cette saison était spéciale. Peu importe les circonstances, on a bien vécu les moments, nous étions entourés de bonnes personnes, mais en réserve c’était très dur. On a été délaissé, comme si on avait aucune considération”, confie Pierre Zaidan, défenseur de la réserve, formé au NO, qui ne poursuivra pas l’aventure.
Un changement de stade en cours de saison
Après 33 ans, Nîmes Olympique va devoir quitter son enceinte atypique des Costières. Cette dernière sera détruite afin de permettre la construction d’un nouveau stade au même endroit, prévu pour 2026-2027. Pendant les travaux, les Nîmois évolueront dans un stade provisoire qui devrait être prêt dans plusieurs mois, les travaux ayant démarré il y a quelques semaines. Le club aimerait y jouer son premier match fin décembre comme c’est prévu dans le planning initial, mais la tâche s’annonce difficile : “on va essayer de rattraper cinq ans de retard sur le planning en six mois”, indique le président. Pour ce stade, Rani Assaf précise que 85% d’entreprises locales seront mobilisées. “Si ce projet ne se fait pas, il n’y a plus de Nîmes Olympique”, glissait l’intéressé lors d’une conférence de presse début mai.
Un point sur le mercato où les départs s’accumulent
Le mercato a démarré le 10 juin dernier et les mouvements s’annoncent nombreux du côté de Nîmes, en particulier concernant les départs. Tout d’abord, plusieurs cadres dont le contrat expire en juin 2022 vont quitter le club. C’est le cas du capitaine Anthony Briançon, défenseur de 27 ans, qui a été très longuement blessé cette saison, mais aussi de Pablo Martinez. Au milieu de terrain, le chantier s’annonce immense avec les départs actés de Léon Delpech, Antoine Valério, Sidy Sarr, et Andrés Cubas. Sans oublier les bons de sortie dont disposent Yassine Benrahou et Lamine Fomba, d’après Objectif Gard. Pour l’instant, les recrues officielles sont offensives avec Malik Tchokounté, auteur de 9 buts avec Dunkerque la saison dernière et le retour de Nicolas Benezet. En défense, le joueur de Versailles, fraîchement promu en N1, Marc De Gevigney devrait suivre, en compagnie du latéral Ronny Labonne, qui évolue avec la réserve du FC Lorient en National 2, avec laquelle il a délivré sept passes décisives la saison dernière. Il serait proche de signer à Nîmes pour 3 saisons selon Midi Libre.
Toujours selon le quotidien régional, Prince Oniangué, joueur expérimenté, libre de tout contrat, qui était espéré, ne signera pas. Les discussions n’ont pas abouti entre les parties. “D'une, le groupe va être quand même grandement modifié et renouvelé. De deux, on voit qu'on revient vers des profils un peu plus à la Gazeau, à savoir des mecs expérimentés de L2 mais sans grand plus (Benezet, Maraval, Tchokounté). Pour le reste, tu mises sur des jeunes joueurs de divisions inférieures mais qui ne viennent même pas de National : ça peut être bien de tenter le pari sur un ou deux joueurs mais pas plus par mercato. Il leur faudra forcément un temps d'adaptation pour la L2, la question étant de savoir s'ils en auront suffisamment ou pas. La constante dans ces recrues là, c'est qu'on sort encore une fois des profils classiques de joueurs formés dans des grands centres (hormis Maraval), notamment aussi parce qu'on doit faire un recrutement d'équipe moyenne de L2 et non plus de L1”, explique @Le11deNimes.
Le désamour entre la direction et les supporters
Autre point cristallise les discussions autour du club, le conflit qui dure depuis des mois entre la direction et les supporters. Il a commencé en début de saison dernière avec une grille tarifaire jugée trop élevée par les habitués des Costières, puis une fermeture totale du Pesage Est, la tribune populaire où sont situés les Ultras nîmois : les Gladiators Nîmes 1991. Pour justifier cette fermeture, Rani Assaf, président du club, évoque l’utilisation des fumigènes, qu’il combat avec fermeté, depuis des années. “Il n’y a pas vraiment de dialogue à renouer. La balle est dans leur camp. On attend quelque chose d’eux. On est allé au bout de ce que l’on sait faire avec eux. Là, ils sont allés trop loin. Ils ont franchi tellement de lignes rouges ces douze derniers mois... Il faut qu’ils repassent de l’autre côté de la ligne rouge”, souligne-t-il sur les ondes de France Bleu Gard-Lozère. “Nos ultras se sont radicalisés”, ajoute l’actionnaire majoritaire de NO, qui a émis le souhait de dissoudre l’association.
Rani Assaf a une volonté nouvelle, celle de communiquer. Pendant longtemps, sa présence dans les médias était rarissime. “Je vais plus communiquer. Je vais arrêter de laisser parler les gens qui disent n’importe quoi", assure-t-il. Cet effort est salué par @Le11deNimes, “sans être dupe de son plan de communication, on ne peut que reconnaître et souligner ses récentes prises de parole sur le mois qui vient de passer. Ça manque toujours de consensus dans ses interventions mais c'est quand même un sacré pas en avant qu'il se devra de reproduire prochainement, souhaitons-le." D’un autre côté, le président nîmois est souvent pointé du doigt pour sa gestion humaine, notamment en interne.
Clément Depres, qui a porté le maillot des crocodiles à 59 reprises, s’est exprimé à ce sujet auprès de Objectif Gard il y a quelque temps, revenant sur son départ : “durant l’affaire du centre de formation en mai dernier, j’étais délégué du personnel au CSE (Comité social et économique). Une discussion avec le président Rani Assaf a mal tourné. Je lui ai dis ce que je pensais. Il n’a pas apprécié. S’est ensuivie une vive discussion où il m’a indiqué que cela faisait deux ans et demi que j’étais à l’arrêt et que si je n’acceptais pas sa politique, il déposerait le bilan et je serais au chômage. Ainsi selon lui, je ne trouverais plus de club. J’ai répondu : « Non, si vous faites ça, j’ai un club mais ce n’est pas mon intérêt. » Il a répliqué : « Si tu veux faire ça, tu seras libre le 15 mai à la fin de la saison. Fais ce que tu veux.” Dans la foulée, Clément Depres a quitté son club formateur pour rejoindre Rodez.
Pour @Le11deNimes, le problème est profond : “dans le relationnel avec les supporters, je reste persuadé que la fracture est désormais trop profonde pour être réparée. Du moins, pour une trop grande partie du public, de mon humble avis...Son discours est trop auto-centré sur les GN qui sont les seuls à apporter une contestation plus ou moins crédible (même si je suis loin de partager tout ce qui est dit). Il l'a parfaitement dit, les GN sont minoritaires et malgré qu'ils aient un poids non négligeable, il devrait arrêter de s'entêter sur eux. Rien n'empêche de remettre des abonnements accessibles, des offres et des tarifs pour les tranches de population n'ayant pas des ressources financières importantes, développer une communication au niveau, embaucher du personnel dans un club qui en manque cruellement, faire revivre une formation au niveau professionnel, rouvrir le Pesage, amorcer des réunions de dialogue avec les supporters. Ce n'est pas une pseudo supra-association qui va résoudre ces problèmes là, ce sont les faits par des politiques d'ouverture qui pourront faire revenir le public. Et quand je dis "public", je parle de 5000-6000 personnes... C'est faible par rapport à d'autres clubs mais déjà bien plus élevé que les 1000 de la saison passée.” En effet, la saison dernière le club a battu le triste record de la pire affluence de son histoire en championnat avec une affluence moyenne de 1 905 spectateurs à domicile. Malgré cette tendance, le président a annoncé que les abonnements, absents depuis la crise sanitaire, ne reviendront plus.
Cette politique contraste avec l’ambition de Rani Assaf de faire revenir les gens au stade, “on aura besoin d’eux”, disait-il au mois de mai. Il pense en partie au fait que la saison prochaine, quatre équipes de Ligue 2 descendront à l’étage inférieur, et Nîmes veut éviter toute frayeur. La direction, qui souhaite avant tout s'installer durablement en Ligue 2, ne pourra peut-être pas se permettre de vivre une nouvelle saison dans un stade clairsemé. Quelle attitude adopter quand le divorce est (presque) entériné ?
Alors que la reprise, prévue le 20 juin, se profile pour Nîmes Olympique, beaucoup de questions demeurent sans réponse, au niveau sportif mais aussi en coulisses. Les dirigeants nîmois, qui ont en tête le projet du nouveau stade, doivent construire un effectif cohérent pour la saison à venir. En raison des moyens limités dont disposent le club, avec un budget qui s’élève à 12 millions, le tandem Nicolas Usaï - Rani Assaf prospecte en direction de joueurs libres ou qui évoluent au sein de divisions inférieures, tablant sur un état d’esprit exemplaire. La reconstruction de Nîmes, qui a évolué entre 2018 et 2021 dans l’élite du football français, passe par ce chemin, qui s’annonce long et rude. La reconstruction ne pourra pas se faire sans le public, dont la ferveur a été louée lors de belles soirées aux Costières avant la crise sanitaire, qui boude aujourd’hui son stade. Sans oublier une structuration évidente à mener au sein de tous les échelons du club gardois.