OGC Nice - Les différentes versions de l'affrontement houleux entre les supporters et les joueurs

Par Julien Castanheira
8 min de lecture
Les supporters de l'OGC Nice

Les supporters de l'OGC Nice

La rencontre houleuse enter les supporters de l'OGC Nice et les joueurs, dimanche, connaît plusieurs versions, plus ou moins violente. Mais qui croire dans cette affaire ?

Que s'est-il vraiment passé ce dimanche soir au retour des joueurs de l'OGC Nice du déplacement à Lorient ? Depuis plusieurs jours maintenant, le club azuréen est tombé dans une profonde crise suite à une réunion houleuse et imprévue entre plusieurs dizaines de supporters et les protégés de Franck Haise. Très vite, dès le lundi, les informations parues dans la presse, notamment dans nos colonnes, font état d'actes de violence des fans niçois sur plusieurs joueurs, notamment Terem Moffi et Jérémie Boga. Un leader de la Populaire Sud, suivi d'un camarade, serait monté dans le bus des joueurs, secoué dans le même temps par les autres dehors, pour les faire descendre afin de "s'expliquer" avec les quelques 400 supporters présents à l'extérieur. Certains auraient alors essuyé des coups de pied, des claques ou encore des crachats. Florian Maurice aurait, lui aussi, été frappé. 

La version de la police et de la Populaire Sud : pas de violence

Mais cette affaire est beaucoup plus complexe qu'elle en a l'air. En effet, alors que les deux joueurs ont eu des jours d'ITT suite aux coups reçus, le groupe des Ultras Populaire Sud a démenti lundi soir une quelconque violence dans cette réunion. "Aucun membre de l'association présent sur place n'a été témoin des prétendues violences ou dégradations alléguées par les joueurs. À cet égard, le rapport de police confirme une atmosphère hostile envers les joueurs, mais ne relève aucun fait de violence ou de dégradation. Si les faits de violence étaient avérés, l’association dénoncerait de tels actes, qui ne sauraient trouver leur place dans ce genre de rassemblement". 

La Populaire Sud s'appuie, en effet, sur le rapport de police. Les forces de l'ordre, présentes ce soir là, ont indiqué une atmosphère "très hostile" mais ne font pas état de violence, de dégât, de blessés ou même d'interpellés. Les joueurs auraient été "insultés, secoués, bousculés par la foule en colère". Un membre du syndicat Alliance confie même à L'Equipe : "Les collègues n'ont pas eu besoin d'utiliser la force pour intervenir. Les supporters semblent avoir voulu leur faire peur pour marquer le coup". 

La version des joueurs et de Franck Haise : violence

Alors que cette version est massivement relayée chez les supporters niçois, notamment sur les réseaux sociaux, Franck Haise et les joueurs de l'OGC Nice ont pourtant décidé de livrer leur version des faits ces dernières heures. Et tous confirment les actes de violence à l'encontre de certains membres du groupe. "On ne peut pas occulter ce qu'il s'est passé. Quand j'entends qu'il ne s'est pas passé grand-chose... Il y a des joueurs qui se sont fait taper. On n'a pas 5 et 7 jours d'ITT par hasard. Le directeur sportif s'est fait taper, cracher dessus ; qu'on ne me dise pas que ça ne s'est pas passé. Il faut assumer ses responsabilités et ça n'a pas été le cas. J'espère qu'un jour les choses bougeront réellement. Même ceux qui n'ont pas été frappés sont choqués. Les joueurs ne comprennent pas. Qu'est-ce qu'il se serait passé si un mec avait réagi ? Certains sont venus cagoulés, avec des boules de pétanque... C'était pour jouer à la pétanque ?"" lâche Franck Haise.

Dans un communiqué cinglant posté sur le site officiel du GYM, les joueurs ont aussi assuré avoir reçu des coups : Terem Moffi, Jérémie Boga, Jonathan Clauss, qui a lui aussi porté plainte, et Florian Maurice. "Les joueurs de l’OGC Nice souhaitent rétablir la vérité et dénoncer les tentatives de minimisation ou de déformation des faits par certaines personnes et organismes n’ayant pas assisté à la scène et ne disposant d’aucune preuve ni image fiable des événements. Contrairement à ce qui a pu être avancé, plusieurs de nos joueurs et dirigeants ont été directement victimes d’agressions physiques (multiples crachats et coups) et verbales. Florian Maurice, Terem Moffi, Jérémie Boga et Jonathan Clauss ont notamment été pris à partie dans des conditions inacceptables. Deux d’entre eux souffrent encore aujourd’hui de séquelles physiques et psychologiques, les empêchant de reprendre sereinement la compétition"

La version des Politiques

Bien évidemment, cette affaire a été saisie par les Politiciens, à quelques mois des élections municipales. Christian Estrosi, maire de Nice, s'est rangé du côté de la police et des supporters, alors qu'il a été pointé du doigt par les joueurs sur le manque de sécurité ce dimanche. "J’ai pris connaissance des déclarations de l’autorité préfectorale indiquant qu’aucune violence physique constituée n’a été constatée lors des échanges survenus autour de l’OGC Nice. Tant mieux car toute violence serait inacceptable. Il est donc important de ne pas en surajouter, ni d’alimenter une polémique qui dépasse largement la réalité des faits. (...) Depuis quelques jours, cette affaire fait plus de bruit que le narcotrafic ou les enjeux de sécurité qui, eux, affectent réellement le quotidien de nombreux Niçoises et Niçois". 

Jean-Pierre Rivère, ex-Président de Nice et aujourd'hui soutien politique d'Eric Ciotti (rival d'Estrosi), a fait preuve de plus de prudence. "Le respect des joueurs envers les supporters est essentiel. Le respect des supporters envers les joueurs l’est tout autant. Et la responsabilité de protéger l’institution appartient à tous ceux qui l’aiment. Je fais confiance à celles et ceux qui, au sein de l’institution, travaillent aujourd’hui à rétablir le dialogue et à ramener l’unité".

La version mitigée de la presse

Même dans la presse, les sons de cloche sont différents. Maxime Bacquié, journaliste sur Ici Azur, a témoigné sur RMC qu'il n'avait vu aucune violence de la part des supporters : "Je n'ai pas vu de violence, je n'ai pas entendu d'insultes racistes. J'ai vu des joueurs être insultés, chahutés, bousculés. La violence et les coups, je n'en ai pas vu. J'ai simplement vu le bonnet de Terem Moffi arraché par les supporters". Dans l'After Foot sur RMC ce mercredi, Daniel Riolo s'est alors interrogé : "qui ment entre Franck Haise, les joueurs et les supporters ?" Lundi soir, Margot Dumont a évoqué, sur Canal+, des violences et même des insultes racistes contre les joueurs... Romain Molina, quant à lui, émet un doute sur certaines versions. "Est ce que certaines versions ont été exagérées par les joueurs ? Certains coéquipiers le pensent, en disant que ça les arrange bien".

Dans tous les cas, une enquête a été ouverte par les forces de l'ordre concernant les incidents survenus ce dimanche soir. Les images des caméras surveillances pourraient être décortiquées pour enfin connaître les évènement précis de cette triste soirée, qui sera à coup sûr un tournant dans la saison du GYM.