OL - Pourquoi la solution Ares n'est pas si simple pour sauver les Lyonnais !

Par Greg Cottret
5 min de lecture
John Textor et Jean-Michel Aulas

John Textor et Jean-Michel Aulas

La relégation administrative de l’Olympique Lyonnais en Ligue 2 a provoqué une onde de choc chez les supporters et dans le paysage du football français. À la recherche d’un sauveur, tous les regards se tournent vers le fonds d’investissement américain Ares Management, actionnaire de la holding d’Eagle Football. Pour beaucoup, il suffirait qu’Ares injecte quelques millions, vire John Textor et stabilise le navire. Mais la réalité financière est bien plus complexe.

Ares, un fonds... mais pas un mécène

Ares Management n’est pas un investisseur passionné de football : c’est un fonds spécialisé dans les investissements à fort rendement, dont la priorité est de minimiser les pertes et protéger sa réputation.

En 2022, Ares a prêté 425 millions d’euros à Eagle Football, la holding de John Textor, pour financer l’acquisition de plusieurs clubs dont l’OL. Ce prêt s’accompagne d’intérêts particulièrement élevés : entre 12 et 16 %, preuve que le risque était clairement identifié dès le départ. Or, avec la relégation administrative de Lyon, la valeur de l’OL chute. Pour un investisseur comme Ares, c’est un signal d’alarme immédiat. Et la réaction a été rapide : lors de la vente par Textor de ses parts dans Crystal Palace pour environ 200 millions d’euros, Ares a capté 160 millions afin de sécuriser son propre prêt. Seulement 40 millions sont revenus dans les caisses d’Eagle Football et donc potentiellement disponibles pour l’OL.

Pourquoi Ares ne peut pas simplement « reprendre le club »

Dans un scénario simpliste, Ares reprendrait le contrôle, injecterait des fonds pour combler le déficit, puis revendrait l’OL plus tard. Mais plusieurs obstacles majeurs rendent cette option bien moins évidente :

1. Ares est positionné au niveau de la holding, pas directement au club

Ares a prêté à Eagle Football, la structure de tête. Or, au niveau du club lui-même, un autre créancier puissant est déjà en place : Goldman Sachs, qui a prêté 385 millions d’euros à l’OL Groupe, avec comme garantie principale le stade Groupama et les revenus qu’il génère.

Ares et Goldman Sachs sont en concurrence indirecte pour se protéger chacun sur des actifs potentiellement vendables. Ares ne peut pas simplement injecter des millions dans l’OL sans que Goldman Sachs ne vienne capter ces flux, ou poser ses propres conditions.

2. Le passif du club est lourd et structurel

Même en Ligue 1, l’OL affichait un déficit d’exploitation. En Ligue 2, sans les droits télé ni les recettes de billetterie d’élite, il faudra réinjecter des dizaines de millions d’euros pour simplement faire tourner le club. Cela suppose une politique d’austérité, avec un effectif réduit, des ventes de joueurs, et des restrictions strictes.

3. Ares veut sauver son image et limiter les pertes

Comme tout grand fonds, Ares déteste deux choses : perdre de l’argent et ternir sa réputation auprès des investisseurs. Sa priorité est donc de minimiser la casse, pas de jouer les chevaliers blancs. Cela pourrait se traduire par la nomination d’administrateurs de crise, spécialisés en restructuration, plutôt que par un rachat affectif ou sportif du club.

Faut-il perdre tout espoir pour autant ?

Non. Car justement, si Ares et Goldman Sachs sont des acteurs majeurs du capitalisme mondial, ils n’ont aucun intérêt à laisser l’Olympique Lyonnais sombrer. Le club reste un actif stratégique, avec un stade moderne, un centre de formation reconnu, une marque forte et une base de supporters fidèle. Le scénario le plus probable est donc celui d’un redressement sévère, avec un contrôle renforcé d’Ares, des coupes budgétaires, une purge managériale, peut-être sans Textor, et un retour progressif à l’équilibre.

Un sauvetage... mais pas sans douleur

Non, Ares ne viendra pas sauver l’OL par passion du maillot. Mais oui, Ares a tout intérêt à protéger son investissement. Le soutien attendu pourrait venir, mais il viendra au prix d’une restructuration financière stricte, de sacrifices sportifs, et d’un club géré avec une logique économique bien plus dure que par le passé.

C’est donc une lueur d’espoir, mais pas une baguette magique pour les supporters de l'OL.