C’est désormais officiel ! Marcelino est le nouveau coach de l’Olympique de Marseille et succède à Igor Tudor. Reconnu pour son passage à Valence ou encore à l’Athletic Bilbao, l’entraîneur de 57 ans va découvrir pour la première fois la Ligue 1. MadeInFOOT a interviewé Jeremy Lequatre-Garat, suiveur du club basque, dithyrambique envers Marcelino Garcia Toral !
- Quel souvenir gardez-vous du passage de Marcelino à l’Athletic (janvier 2021 - juin 2022) ?
"Je l’adore. Il a dû quitter l’Athletic à cause des élections présidentielles au club, et aucun des trois candidats ne l’a vraiment contacté pour une possible continuité. Il l’a pris comme un manque de respect. Il est parti avec le soutien des joueurs et des supporters. Il a laissé le souvenir d’un coach qui a gagné un titre (Supercoupe d’Espagne), moins de deux semaines après son arrivée !"
"Le souvenir d'une équipe plus offensive que défensive"
- Quel type d’entraîneur représente-t-il ?
"C’est un coach assez classique en Espagne, un adepte du 4-4-2, qui a besoin de trouver quelqu’un sur la pointe de l’attaque. A Bilbao, son style de jeu était assez possessif, en allant vers l’avant par les ailes. Quand il est arrivé en janvier 2021, il avait de bons ailiers mais pas de numéro 9, Aritz Aduriz n’ayant pas été remplacé. Son jeu passe énormément par les joueurs de couloir, comme l’étaient Alex Berenguer, Oscar De Marcos ou encore Iker Munian. L’un de ses problèmes, c’est qu’il est parfois entêté, par exemple sur l’utilisation de ses joueurs. Marcelino a eu énormément de mal à retirer Mikel Vesga de son équipe. Ce dernier n’était pas bon et faisait de mauvais choix. On ne savait pas pourquoi il le gardait, malgré ses mauvaises prestations. Un autre cas a fait énormément polémique à l’Athletic, celui d’Ander Capa. Titulaire quand Marcelino est arrivé, il s’est blessé (entre avril et juin 2021), mais à son retour, il l’a laissé sur le banc. Ce n’était pas un choix sportif et même aujourd’hui on n’a pas encore eu la réponse."
- Certains observateurs disent qu’il fonctionne avec des équipes défensives, est-ce vraiment le cas ?
"Quand il est arrivé, il a installé un 4-4-2, alors qu’à l'Athletic, c’était une équipe de 4-2-3-1. En attaque, il utilise deux profils différents : Raul Garcia, habitué à jouer au poste en tant que meneur de jeu, et Inaki Williams, qui fait des records de vitesse en Liga. Il ne veut pas que l’on passe par le milieu de terrain pour se créer des occasions, mais plus par les joueurs de côté. J’ai quand même le souvenir d’une équipe plus offensive que défensive. Dans les constructions d’occasions, il n’y a peu de passes. Il fallait aller le plus rapidement vers l’avant. Il demande de la profondeur, où des ballons longs sont souvent exploités. Mais, à l’Athletic, on a un problème, qui est la finition. Depuis le départ d’Aritz Aduriz, on n’a pas retrouvé un attaquant avec cette finition. Notre meilleur buteur, sous ses ordres, était Berenguer, un ailier droit (9 buts). Sinon, il n’y avait personne pour marquer, tous les espoirs étaient placés sur Inaki Williams, qui n’avait pas le même rendement que cette saison."
- Que demande-t-il aux attaquants ?
"Il aime bien avoir deux profils distincts. Raul Garcia n’était pas un joueur de profondeur. Un joueur de fixation qui pouvait déclencher une frappe quand il pouvait. Inaki Williams avait la capacité à mobiliser deux défenseurs, grâce à sa vitesse. Ce sera intéressant de savoir si l’OM va recruter un attaquant capable de prendre la profondeur, puisque Vitinha semble être un point de fixation et Sanchez (libre à la fin du mois) n’est pas sûr de rester."
"Il a besoin d'un gardien qui sait où envoyer le ballon"
- Quelles sont les consignes données au milieu de terrain ? Préfère-t-il un joueur plus “vicelard” comme Mattéo Guendouzi ou plus fin techniquement, comme Azzedine Ounahi ?
"A Bilbao, au milieu de terrain, il alignait Mikel Vesga et Dani Garcia. Ce dernier était un joueur défensif, de caractère, agressif, assez physique. Le premier, je ne savais pas pourquoi il était titulaire. Le milieu était globalement défensif, mais devait participer au jeu offensif. Il n’avait pas le profil comme un Matteo Guendouzi ou un Azzedine Ounahi. Il veut des joueurs capables de prolonger le jeu vers l’avant le plus vite possible."
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- Qu'attend-il du gardien de but ?
"On avait Unaï Simon, qui présentait encore plus de lacunes balle au pied par rapport à aujourd'hui. Pour accentuer les transitions vers l’avant, il a besoin d’avoir un gardien qui sait où envoyer le ballon. Simon se contentait de relances courtes pour être sûr que le jeu puisse avancer."
- Beaucoup disent que c’est un coach bosseur, exigeant et le comparent dans ce sens à Marcelo Bielsa … en quoi ?
"On peut peut-être le comparer avec Bielsa sur la façon qu’il a d’analyser ses adversaires. Les entraînements ne sont pas les mêmes qu’avec l’Argentin. Marcelino est quelqu’un de souriant, qui aime son travail et voir ses joueurs progresser. Il ne va pas forcément faire débuter des jeunes joueurs parce qu’il a envie de les faire débuter, il va d’abord les faire “cravacher”. Aujourd’hui, c’est Marcelino qui a fait débuter un certain Nico Williams. Ce n’est pas un entraîneur qui va dire “tiens tu as du potentiel, je vais te mettre dans le grand bain directement”, il va le faire galérer jusqu’au bout. Igor Tudor était en revanche plus autoritaire."
- Quelle relation entretient-il avec ses joueurs ?
"Avec les jeunes, c’était intéressant, il ne voulait rien leur faire espérer. Pour jouer avec Marcelino, il fallait avoir gagner sur tous les points. Il a reçu quelques phrases assez subtiles de coéquipiers qui ont soutenu Ander Capa. Mais, quand il est parti, il a reçu un nombre de soutiens public des joueurs assez phénoménal. Iker Muniain, le capitaine, a dit que c’était un entraîneur qui l’avait marqué dès son arrivée dans le vestiaire. Yeray Alvarez, un défenseur bien implanté aujourd’hui, l’a également soutenu. Dans le vestiaire, c’est quelqu’un d’attachant. Mais j’ai l’impression que c’est un entraîneur qui a du mal à revenir sur ses aprioris."
"Je ne sais pas s'il peut assumer la pression populaire"
- Et avec les supporters ?
"Il est toujours apprécié, même à Valence, où le contexte était compliqué. Les supporters basques gardent toujours un bon souvenir, beaucoup aurait aimé qu’il poursuivre une autre année à Bilbao. S’il avait poursuivi, il aurait pu mettre en place sur la durée ce qu’il voulait."
- Peut-il réussir à l’OM ?
"Ce sera forcément différent qu’à l’Athletic. Je pense que dans le vestiaire de l’OM, il y a plus d’égos. Marcelino n’a pas la réputation d’être un entraîneur qui va dire “tu es un joueur, tu vas sur le banc, tais-toi, c’est moi qui décide”. Je le vois moyennement faire ça et tenter de s’imposer face aux personnalités du club, et au contexte. La pression est assez populaire à Marseille, et ce sera nouveau pour lui. A Valence, il y avait une pression des supporters, qui était plus dirigée contre la direction. L’aspect sportif passe au-dessus de tout. Je ne sais pas s’il peut assumer tout ça, ce sera vraiment une nouveauté. Soit il arrive à développer une personnalité pour pouvoir encaisser ce genre de choses, soit il se laissera écraser et ça court à la catastrophe."