Après quatre saisons en Russie, Samuel Gigot va rejoindre l’OM l’été prochain. Peu connu du grand public, le défenseur de 28 ans a construit toute sa carrière à l’étranger, mais son recrutement semble correspondre parfaitement aux besoins du club olympien. Portrait.
"Rejoindre l’OM, ce serait magnifique. Après il y a une réalité et je pense qu’ils n’ont pas besoin de moi. J’ai pris une autre trajectoire en partant à l’étranger, assez loin… Mais bien sûr, c’est un rêve d’enfant". Janvier 2020. Samuel Gigot est encore très loin de se douter que deux ans plus tard, quasiment jour pour jour, l’Olympique de Marseille allait annoncer son arrivée sur Twitter au beau milieu d’un match de Coupe de France contre Montpellier. À l’époque, le défenseur central imagine sans doute que les radars marseillais ne patrouillent pas en Russie et au Spartak Moscou. Encore moins dans sa direction, lui qui sort d’une saison blanche en raison d’une rupture des ligaments croisés.
Une saison à l’infirmerie en Russie
Retour quelques mois en arrière… À l’été 2018, le natif d’Avignon estime avoir fait le tour de la question en Belgique où il vient d’être élu meilleur joueur de La Gantoise. Direction le Spartak Moscou, qualifié pour les barrages de la Ligue des Champions, contre un chèque de huit millions d’euros. Débarqué en plein Mondial russe, Samuel Gigot se met au niveau de la bande à Didier Deschamps et impressionne dès son arrivée. "Il avait fait une super préparation, se souvient son ancien coéquipier Sofiane Hanni. Quasiment à chaque amical, il marquait un but de la tête sur coup de pied arrêté. Même lui était surpris". Pour son premier match officiel, le défenseur-buteur… marque tel un renard des surfaces face à Orenburg.
3. Gigot made Spartak debut on July 28, 2018 vs Orenburg and scored his first goal for the Club. That was a game-winning strike and first win of the season for us ??#SpartakFacts | #FCSM ?⚪ pic.twitter.com/uEn6raieEY
— FC Spartak Moscow (@fcsm_eng) June 4, 2020
Les débuts sont idylliques et le public de l’Otkrytie Arena déjà convaincu. Après cinq matchs, le Spartak est invaincu au moment de retrouver le Zénith dans le choc au sommet du championnat russe. À peine une demi-heure de jeu et le verdict tombe : rupture des ligaments croisés et une saison (déjà) aux oubliettes. "Je me rappelle bien de ce match. Juste après, il y avait une trêve internationale, on avait tous prévu des voyages et lui avait dû tout annuler. C’était un petit détail, mais cela annonçait la suite : il allait devoir revoir tous ses plans", se rappelle Sofiane Hanni. Le ciel jusqu’ici bleu azur de Moscou s’assombrit. L’Avignonnais se retrouve embarqué dans des mois de rééducation dans un pays qu’il ne connaît pas, dont il ne parle pas la langue, avec une autre culture, un autre climat… "Le club l’a envoyé dans un hôpital à Rome pour son opération et une partie de sa rééducation, révèle son ex-partenaire. On ne l’a pas vu pendant 2/3 mois. Quand il est revenu en décembre, c’était l’arrêt du championnat en Russie pendant un gros mois. À la reprise, il était venu avec nous pour le stage de préparation mais pour continuer sa rééducation. Il était un peu tout seul à ce moment-là…".
De retour sur les pelouses en avril 2019, Samuel Gigot rejoue trois matchs mais connaît des complications avec son genou et fait définitivement une croix sur cette saison 2018-19 (9 matchs, 1 but). Difficile d’imaginer première année plus difficile et pourtant trois ans plus tard, le voilà pleinement intégré et accepté par sa formation russe. Une preuve supplémentaire de ce qui fait sa force : son mental d’acier.
Le "petit frère" de Gaël Givet
Samuel Gigot ne fait pas partie de ces jeunes talents repérés très tôt et lancés en pros en étant à peine majeur. Pendant que d’autres prennent la lumière dans les centres de formation, le Sudiste écume différents clubs d’Avignon. Jusqu’à rejoindre, en 2011, l’AC Arles-Avignon, alors en pleine ascension et à la recherche de renforts pour son équipe U19. "Jamais je n’aurais pu penser qu’il aurais cette carrière, avoue Christian Pancioni, son entraîneur dans la catégorie. Il avait un potentiel, mais je ne pensais même pas qu’il puisse signer professionnel". Deux ans plus tard, et autant de montées successives en U19 Nationaux puis en CFA2 avec la réserve, le défenseur central fait mentir son coach en signant le précieux contrat avec l’ACAA.

Dans le groupe pro, il tombe sur son aîné Gaël Givet, revenu dans le club de ses débuts. "Je l’ai un peu pris sous mon aile, relate l’ex-international français. Il cherchait à apprendre, à progresser. Il venait souvent me poser des questions. Je me suis pris d’une forte amitié pour lui. J’ai essayé de lui donner tout ce que je pouvais pour qu’il prenne confiance en lui. Il avait des qualités mais il manquait de confiance". Sans doute s’est-il aussi revu une quinzaine d’années auparavant… "Leurs carrières se ressemblent un petit peu, affirme Christian Pancioni, qui a également formé Gaël Givet. Ils étaient à l’aise techniquement, mais pas d’un top niveau. En revanche, ils mettaient la tête là où personne ne mettait le pied". Ce que confirme un des deux intéressés. "Au niveau technique et physique, il faut avoir un minimum. Mais ce qui fait la différence pour arriver au haut niveau, c’est le mental. C’est quelqu’un qui n’a pas peur de se faire mal, et moi non plus. Si un joueur plus talentueux est devant nous, mais qu’il fait un et nous deux, l’écart finit par se réduire et on passe devant. C’est un peu notre état d’esprit à tous les deux". Aux côtés de son mentor en défense centrale, Samuel Gigot fait ses preuves dans une équipe d’Arles-Avignon qui plonge dans les bas-fonds de la Ligue 2. Malgré la relégation en fin de saison, le jeune défenseur tape dans l’oeil de Courtrai, en Belgique.
Les voyages forment la jeunesse
À 21 ans, l’Avignonnais part à l’assaut de l’étranger pour la première fois. Et comme le dit la maxime, c’est en voyageant qu’il va gagner en maturité. "Stoppeur à l’ancienne avec un excellent jeu de tête mais emprunté avec le ballon entre les pieds" à son arrivée à Arles-Avignon selon son ancien formateur, il va énormément progresser tactiquement et dans la relance. "En le côtoyant à l’entraînement tous les jours, on voyait qu’il avait la capacité de ressortir les ballons, mais il devait se libérer en match. À 19/20 ans, on est un peu fou-fou. Avec le calme et l’expérience, on devient plus serein, on voit mieux les choses. Il a franchi un palier à ce niveau-là", affirme Gaël Givet. Preuve additionnelle de sa maturité : sur ses sept saisons à l’étranger, il a écopé d’autant de cartons rouges (trois) que sur ses deux premières en pros en France.
En Belgique, après un an et demi à Courtrai, Samuel Gigot passe le niveau supérieur en rejoignant La Gantoise, club habitué à disputer la Coupe d’Europe. Même si un cran en-dessous d’Anderlecht, le Standard de Liège ou le Club Bruges dans la hiérarchie des clubs belges. "Il n’était pas très médiatisé en Belgique, se souvient Sofiane Hanni qui évoluait alors à Anderlecht. C’était le défenseur de Gant, qui jouait dans un système à trois défenseurs et qui nous embêtait beaucoup les attaquants car on ne savait pas quel central presser. C’est une équipe qui repartait de derrière. Des trois centraux, c’est lui qui était chargé de relancer. Il n’hésitait pas à monter avec le ballon, il était à l’aise".
Lorsqu’il le retrouve quelques mois plus tard au Spartak Moscou, l’international algérien est malgré tout étonné par le niveau de son néo-coéquipier : "Je m’étais dit : "ok je me rappelle de lui, bon défenseur mais on va voir…". Rapidement, il m’avait agréablement surpris. Surtout avec son très bon début de saison où il marquait quasiment à chaque match". En Russie, dans une équipe moins joueuse, il fait l’unanimité avec d’autres qualités : celles d’être dur sur l’homme. "Sa qualité principale, c’est le duel. Il aime ça. Au Spartak, peut-être avec l’ambiance du club, c’est devenu un guerrier. Même un geste défensif, il va le célébrer", explique Sofiane Hanni. La Russie est conquise, le Spartak souhaite le garder mais l’appel du coeur est le plus fort.
Trabzonspor'un gündemine gelen Fransız stoper Samuel Gigot, Spartak Moskova soyunma odasında nabzı yükseltiyor. ⚡ pic.twitter.com/dLLdNUIAsN
— Arena61 (@_arena61com) January 10, 2022
Le profil idéal pour remplacer William Saliba ?
En signant à l’Olympique de Marseille, Samuel Gigot réalise son rêve d’enfance, mais fait aussi un choix familial en se rapprochant de ses proches après quatre ans à l’autre bout du continent. "C’est sûr que cela va lui faire du changement. Il va quitter sa vie pépère pour un contexte particulier avec des sollicitions énormes. Marseille, c’est toujours spécial", reconnaît Gaël Givet, passé lui aussi par le club olympien, mais il ne se fait pas de souci pour son ancien partenaire : "Il a la tête sur les épaules, la famille autour. Le connaissant en tant que personne et footballeur, je n’imagine que du positif".
À l’OM, Samuel Gigot va découvrir l’amour fou des supporters marseillais, mais il ne va débarquer en terrain inconnu. Au Spartak, il a déjà expérimenté les chaudes ambiances du public moscovite et surtout sa famille est rompu aux joutes du haut niveau. Son grand frère Tony est international français en rugby à XIII et a longtemps fait le bonheur des Dragons Catalans, meilleure équipe de l’Hexagone. "Chez nous, c’est un truc de malade Marseille, c’est difficile à expliquer, mais notre père nous amenait au stade tout petit et nous avons baigné là-dedans", expliquait-il d’ailleurs dans les colonnes de L’Indépendant quand son cadet a signé à l’OM.
S’il n’est pas connu du grand public, et pour cause puisqu’il n’a évolué que dans des championnats peu médiatisés, Samuel Gigot n’a pas flashé dans le radar de Pablo Longoria par hasard. Depuis son intronisation, le président marseillais rate rarement ses coups, lui l’ancien recruteur. À en croire les anciens coéquipiers du défenseur de 28 ans, il a une nouvelle fois visé juste. "Je trouve qu’il a un peu le profil de William Saliba, juge Sofiane Hanni. Costaud, bon dans les duels mais capable de remonter le terrain avec le ballon et plutôt rapide quand il allonge sa foulée. On le voit agressif et dur sur l’homme, donc on peut penser qu’il n’est pas à l’aise avec ses pieds, mais ce n’est pas le cas. Quand j’ai vu qu’il signait à l’OM, je me suis que c’était sûrement pour préparer l’après-Saliba". La direction marseillaise aimerait sans doute conserver le défenseur récemment appelé en équipe de France pour l’associer à sa nouvelle recrue. Mais son retour à Arsenal après son prêt ne fait que peu de doute et la place sera alors libre pour Samuel Gigot. Surtout qu’il a tout pour plaire à Jorge Sampaoli. "Défensivement, il peut jouer contre n’importe qui et dans n’importe quel système. À trois ou à quatre, cela lui convient parfaitement. Et en plus, il est très bon les coups de pied arrêtés offensifs. Il va marquer quelques buts et avec son jeu, où il donne tout le temps le maximum, il ne fait jamais semblant, cela va être parfait dans le contexte marseillais", pense Gaël Givet. Le Tsar est armé pour partir à la conquête !
?????? ????? ? «Très heureux et très fier» ?⚪️ pic.twitter.com/RxOktWKIYo
— Olympique de Marseille (@OM_Officiel) January 30, 2022
Statistiques de Samuel Gigot
Cette saison, le défenseur marseillais, Samuel Gigot, a disputé 16 matchs, inscrit 2 buts et délivré une passe décisive.