Portrait - Mohamed El Arouch (OL), Love is Gone

Par Enzo Leanni
9 min de lecture
Mohamed El Arouch durant la finale de Gambardella

Mohamed El Arouch durant la finale de Gambardella

Il n’a 18 ans que depuis un mois mais Mohamed El Arouch fait tourner la tête à l’Europe du football. Malgré sa médiatisation soudaine depuis samedi et la finale de la Coupe Gambardella, le jeune milieu de terrain continue de donner sa priorité à l’Olympique Lyonnais. En effet, le club a annoncé, aujourd’hui, la prolongation de sa jeune pépite jusqu’en 2025. Retour sur l’évolution d’un jeune aussi humble que talentueux.

Si Mohamed El Arouch était méconnu du grand public avant son but et sa panenka en finale de Gambardella ce week-end, les amateurs de l’académie lyonnaise et les habitués du Groupama Training Center pouvaient déjà en parler des heures durant. L’été dernier, Mohamed El Arouch a été le premier de la génération 2004 à signer professionnel grâce à une certaine précocité. Depuis ce matin, il est désormais lié à l’Olympique Lyonnais jusqu’en 2025.

Impressionnant dès son plus jeune âge

Au sein du club, on promet à Mohamed El Arouch une très belle carrière et ce sentiment dépasse les frontières puisque The Guardian le plaçait, en octobre dernier, parmi les 60 meilleurs U17 du football mondial. Il n’est pas très bavard et pas vraiment du genre à se mettre en avant dans les vestiaires mais cette discrétion ne l’empêche pas d’impressionner son monde. En 2017, Gilles Signoret, scout en région PACA pour l’Olympique Lyonnais, se rend à Orange pour observer un jeune de 13 ans dont tout le monde parle aux alentours. Il assiste aux matchs et décide de le faire venir dans le Rhône pour un tournoi. Une nouvelle fois, le milieu de terrain fait l’unanimité.

A 11 ans, il était déjà capable de deviner la passe de l'adversaire, c’est rare”, se souvient Gilles Signoret dans l’émission Scouting de RMC Sport. Gérard Bonneau, directeur de la cellule de recrutement de l'académie, est également sous le charme et décide d'accélérer les démarches pour le faire venir. Du côté du Sporting Club d’Orange, personne ne doute du potentiel de Mohamed El Arouch. “Depuis tout petit, on a constaté qu'il avait des prédispositions pour le football. Il était déjà en avance dans de nombreux aspects, il avait ce don pour le football (...) J'ai accompagné une trentaine de gamins qui ont signé dans des centres de formation mais Mohamed avait quelque chose de différent, il était au-dessus de tout le monde. Je n'ai jamais vu ça chez un autre joueur du même âge”, explique Baroudi El Attari, son éducateur dans le Vaucluse à Olympique et Lyonnais.

 Né avec un ballon de football entre les pieds, celui que l’on surnomme “Momo” envoute partout où il passe. Ce fan invétéré de Juninho vit son rêve de jouer pour les jeunes de l’Olympique Lyonnais mais ne veut brûler aucune étape. Conscient de l’importance de l’entourage pour sa réussite, il arrive à faire déménager sa famille d’Orange vers Lyon durant la dernière intersaison. Celle-ci garde un œil très attentif à la progression et le préserve de toute pression en ne lui indiquant, par exemple, pas combien il touche sur son premier contrat professionnel.

Progression constante mais rapide

Dans les catégories jeunes de l’OL, Mohamed El Arouch apparaît souvent comme le plus fort de la génération 2004 dans laquelle on retrouve Hugo Vogel, Yannis Lagha ou encore Chaïm El Djebali. C’est surtout son passage avec les U17 du club qui le fait entrer dans une autre dimension. Sous les ordres d’Amaury Barlet, il commence à acquérir certains préceptes tactiques qui vont lui permettre de compléter son avance technique. Au sein d’un centre de formation qui se veut de plus en plus tourné vers le collectif, le milieu de terrain prouve qu’il reste capable de faire la différence seul mais également d’être un pion essentiel du jeu de l’équipe.

Plusieurs fois surclassé au cours de sa jeune carrière, le natif d‘Orange n’a presque jamais eu de problème à s’imposer dans la catégorie supérieure. Pourtant, on ne peut pas dire que c’est grâce à un avantage physique puisque le jeune joueur ne mesure qu’un petit mètre 66 ! Peu de blessures à déplorer non plus et son impact en National 2 avec la réserve a impressionné. Lucide sur la difficulté de rivaliser à la course ou au duel avec certains adversaires, Mohamed El Arouch a, depuis tout petit, développé un jeu d’évitement au-dessus de la moyenne et cela pourrait payer au moment de passer avec les professionnels.  

Cette saison, le jeune oscille entre les U19, la réserve et le groupe professionnel de l’Olympique Lyonnais. Malgré les capacités de sa pépite, Gilles Signoret émet une réserve sur passage définitif avec les hommes de Peter Bosz : “Il a toutes les qualités pour réussir mais il faudra arriver à passer du football de jeune à celui d’adulte. C’est un garçon très généreux, qui va au duel, qui veut récupérer des ballons. Il va falloir qu’il travaille dessus”. Auteur de deux buts et d’autant de passes décisives durant le parcours des Gones en Gambardella, il peut tout de même prétendre à du temps de jeu durant les matchs de la préparation estivale. C’est, en tout cas, ce que laisse envisager la prolongation officialisée ce mardi.

Le prototype de l’ADN OL

Deux mains ne suffisent pas pour recenser tous les joueurs formés par l’Académie OL parmi lesquels Karim Benzema, Maxime Gonalons, Alexandre Lacazette ou encore Samuel Umtiti. Mohamed El Arouch a l’ambition de faire sa propre carrière sans se soucier de ses aînés mais certains mimétismes sautent aux yeux des observateurs. Utilisé en tant que milieu relayeur avec les jeunes, il tend désormais à évoluer plus haut en tant que meneur de jeu. Ainsi, il possède une finesse balle au pied rappelant Houssem Aouar, sait être asphyxiant lors d’une phase de pressing comme Maxence Caqueret et est capable de se projeter de sa propre moitié de terrain jusqu’à la surface adverse à l’image de Corentin Tolisso.

 “C’est un joueur talentueux, très technique, très bon avec le ballon. Un joueur que l’on aime voir jouer et qui peut faire de belles choses”, commente d’ailleurs Maxence Caqueret, également issu du centre de formation et désormais cadre de l’équipe première. Au sein du club, certains se tentent même à des comparaisons dépassant le cadre rhodanien puisque le jeune Mohamed El Arouch rappellerait le double champion d’Europe, Thiago Alcantara. Balle au pied, “Momo” sait tout faire : ses frappes cou de pied et ses contrôles de la semelle charment les spectateurs qui sont également séduits par le profil altruiste d’un jeune qui pourrait souvent faire la différence seul. Ainsi, avec l’Équipe de France des moins de seize ans, le numéro 10 avait offert trois passes décisives à ses coéquipiers face à l’Italie en 2020 lors d’une victoire 5-2 où il y était aussi allé de son but.

Au cœur d’un centre de formation à la pointe sur la compréhension du jeu, Mohamed El Arouch s’avance comme le prototype rêvé par Amaury Barlet et sa bande. Jean-François Vulliez, directeur de l’académie lyonnaise, soulignait la force du joueur dans L’Équipe : “Il a cette qualité rare : quand il entre en jeu, le match peut changer. Il crée beaucoup d'incertitude chez l'adversaire car il a une vraie science du jeu et plusieurs alternatives dans sa panoplie. Mohamed peut faire la différence par la passe, mais aussi par la feinte, par le dribble, sur coup de pied arrêté... Il est très complet”. En compagnie de ses coéquipiers en U19 Hugo Vogel et Mathieu Patouillet, Mohamed El Arouch veut tirer son épingle du jeu et avoir la chance de jouer avec le groupe professionnel. Là-bas, il pourrait retrouver Malo Gusto, Rayan Cherki, Castello Lukeba et Bradley Barcola avec qui il a joué dans ses jeunes années.

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