Cristiano Ronaldo est de plus en plus critiqué, que ce soit à Manchester United ou en sélection portugaise. Mais le Portugal peut-il se passer du meilleur buteur de son histoire juste avant la Coupe du Monde 2022 ?
Prophète en son pays depuis 2004, année où il s'est révélé aux yeux du Monde, Cristiano Ronaldo a rarement été autant remis en cause qu'aujourd'hui. Longtemps défendu par ses fans mais aussi par le peuple portugais, l'attaquant de 37 ans n'a plus le statut de légende vivante qui lui a toujours été accordé. À court de forme, moins inspiré avec le ballon et tout simplement moins performant, CR7 arrive dans une période compliquée à gérer pour tout grand champion : se rendre compte qu'on arrive sur le déclin. Et alors que Roger Federer, de quatre ans son ainé, vient de faire ses adieux en larmes au monde du tennis, Ronaldo court toujours après les années. D'ailleurs, sa grande confiance en lui l'a même poussé à annoncer, la semaine passée, qu'il visait encore l'Euro 2024, au minimum.
Un été 2022 mouvementé, sur et en dehors du terrain
Certes, les champions ont forcément un égo sur-dimensionné et de l'amour propre mais l'amour rend aveugle et Ronaldo en est l'exemple parfait. Aveuglé par ce qu'il était durant plus de 15 ans, à savoir une bête physique à l'hygiène de vie irréprochable, CR7 n'en demeure pas moins marqué physiquement et clairement moins impactant dans le jeu. À Manchester United, déjà, le constat a été fait par Erik ten Hag, le nouvel entraîneur, qui n'a pas hésité à le pousser vers la sortie cet été. La réalité du marché des transferts a aussi été un constat de la cote descendante du quintuple Ballon d'Or.
Aucun gros club ne s'est manifesté pour le récupérer entre l'énorme salaire demandé et surtout la place démesurée qu'il prend, sur le terrain et dans le vestiaire. Alors qu'il voulait trouver une nouvelle équipe pour disputer la Ligue des Champions, il était même prêt à rejoindre l'ennemi juré du Real Madrid, à savoir l'Atlético, sans réussite. De même pour le Napoli. Considéré par certains fans mancuniens comme un boulet, CR7 ronge son frein et traine son spleen au Théâtre des Rêves. Lorsqu'il a fait son énorme come-back l'an passé à Old Trafford, le natif de Madère n'imaginait pas que cela allait tourner au cauchemar un an après, entre ses envies de départ et une terrible peine familiale il y a quelques mois.
"Moins de Ronaldo, plus de Portugal" clame la presse portugaise
La trêve internationale du mois de septembre devait donc lui offrir une véritable bouffée d'air frais dans une période compliquée. Là où son statut n'est pas remis en cause. Et pourtant... Encore une fois, la réalité fait mal, autant que le coup reçu en pleine tête de la part de Vaclik samedi soir. Dire que le Portugal se débrouille mieux sans lui serait prétentieux, mais l'équipe joue clairement mieux lorsqu'il n'est pas sur le terrain. Là, il faut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein : soit ses coéquipiers se liquéfient une fois que Cristiano Ronaldo est aligné à leurs côtés, soit son omniprésence est un frein pour créer un vrai jeu collectif. Clairement, CR7 n'a plus besoin de tout faire tout seul, comme il a souvent eu l'habitude de faire lors de ses exploits dans les années 2010 (par exemple : face à la Suède aux barrages à la CDM en 2013). Aujourd'hui, Fernando Santos a un vivier exceptionnel à disposition avec des créateurs comme Bernardo Silva, Joao Félix ou Bruno Fernandes (pour ne citer qu'eux).
Clairement, Ronaldo perd de l'influence dans cette équipe et cela se ressent même au niveau de la presse nationale. Sur sa Une du jour, A Bola affiche clairement son envie pour les prochains mois en sélection : "Moins de Ronaldo, plus de Portugal". Le constat est clair : "CR7 perd de l'influence en sélection. Un volume de jeu réduit, son pourcentage de buts a baissé de moitié mais cela ne s'est pas fait ressentir sur l'équipe. La défaite face à la Serbie constitue un virage". À tel point que depuis quelques mois maintenant, Fernando Santos bouscule aussi son statut de titulaire indiscutable. D'ailleurs, contre l'Espagne ce mardi pour la finale de la poule de la Ligue des Nations, Ronaldo pourrait débuter sur le banc ! Au match aller, déjà, le capitaine n'avait disputé que 28 petites minutes.

Cristiano Ronaldo a marqué 30% des buts du Portugal depuis le début de sa carrière internationale
Évidemment, il ne faut pas oublier l'immense parcours de CR7 avec son équipe nationale. Depuis ses débuts en 2003, le Portugal a marqué 387 buts sur ses 190 sélections. Et sur ces 387 buts, Ronaldo en a inscrit 117, soit 30,2% (près d'un tiers). À partir de juin 2012, l'influence de Ronaldo a explosé avec le Portugal puisqu'il a planté 79 des 183 buts de l'équipe entre juin 2012 et septembre 2021 (43%). La Ronaldo dépendance a existé et a camouflé, pendant longtemps, l'absence de plan de jeu de l'équipe. C'est d'ailleurs sur ce point que la Seleçao a essuyé tant de critiques en 2016 lors de la victoire à l'Euro : un groupe loin d'être sexy, mais très solide défensivement. Mais aujourd'hui, le Portugal peut/doit rêver mieux et ce n'est pas forcément avec CR7 sur le terrain...
À ces statistiques très glorieuses dans le passé, il faut aussi contraster avec la réalité de 2022. Sur les six matchs qu'il a disputés avec la sélection cette année, Ronaldo n'a planté que sur un match (un doublé face à la Suisse). Plus globalement, sur les dix derniers matchs joués, il a marqué 6 buts (sur 25) : deux contre la Suisse donc, mais aussi 3 contre le Luxembourg et 1 contre le Qatar. Soit seulement un quart des réalisations portugaises. Le problème Ronaldo est donc réel et d'actualité, même s'il a encore prouvé à l'Euro 2021 qu'il était toujours aussi important lors des matchs couperets.
Quelle place pour Cristiano Ronaldo aujourd'hui ?
En effet, son mental de champion et son expérience du très haut niveau ont permis au Portugal d'arracher une place en huitième de finale avec ses doublés contre la France et la Hongrie, ainsi que son but contre l'Allemagne. Il a d'ailleurs fini meilleur buteur de la compétition. En 2018 aussi, il s'était offert un triplé retentissant face à l'Espagne pour arracher le match nul. Mais aujourd'hui, on prend plus de plaisir en regardant le Portugal lorsqu'il n'est pas sur le terrain.
Finalement, cette remise en cause globale du statut de Ronaldo dans son propre pays va peut être avoir des effets positifs sur le groupe, sans pour autant devoir se passer de lui. En effet, les Portugais veulent aujourd'hui que l'équipe entière assume ses responsabilités et ne se repose plus seulement sur l'idole vivante du pays, qui doit être à la construction et à la finition, tout en encourageant les troupes. Cristiano Ronaldo serait alors une option comme les autres dans un groupe compétitif et soumis aux mêmes règles de concurrence que les autres. Cela lui permettrait aussi de se concentrer à nouveau seulement sur ce qu'il aime le plus : marquer des buts.... Une énorme réflexion doit donc avoir lieu du côté de Fernando Santos après le match contre l'Espagne et à moins de deux mois du Mondial, lui qui est en recherche constante de l'équilibre pour son équipe.
Critiquer Cristiano Ronaldo aujourd'hui sur ses performances est à l'image de l'exigence qu'il s'est fixé durant tant d'années sur ses prestations et celles de ses coéquipiers. CR7 pourrait bien évidemment ressortir des matchs XXL dans les prochaines heures face à l'Espagne (en Ligue des Nations) ou dans quelques semaines à la Coupe du Monde, mais le Portugal doit commencer à préparer l'après Ronaldo. En tout cas, la question est légitime. Et lui, de son côté, peut imaginer une transition pour servir le collectif et plus l'inverse. Forcément, cette page prendra du temps à être tournée puisque les Lusitaniens diront adieu au meilleur buteur de l'histoire des sélections et au joueur le plus capé de leur histoire. Les joueurs, aussi légendaires soient-ils, passent, mais la sélection reste et ça les Portugais commencent à s'en rappeler...