Huit journées. C'est ce qu'il reste au Toulouse Football Club pour espérer monter en Ligue 1, deux ans après être descendu en plein début de pandémie mondiale, lors de la saison 2019/2020. Jusqu'à présent, le TFC a pratiquement toujours été en tête de la Ligue 2, mais à l'aube de la dernière ligne droite, les Violets ne veulent pas échouer aux portes de la première division française. Ce qui est sûr, c'est que les Toulousains peuvent y croire, et doivent y croire. De la même façon que le club a su se moderniser en faisant confiance aux statistiques avancées, autrement appelées les "datas". Focus avec MadeInFoot sur cette manière unique de travailler.
Avec 63 points au compteur en 30 journées, tous les voyants sont au vert pour que le Toulouse Football Club, actuel leader de Ligue 2, accède à la Ligue 1. Mais rien n'est encore joué. Le Paris FC de Thierry Laurey n'est pas loin, Ajaccio et Auxerre non plus. Néanmoins, les Violets semblent survoler le championnat. Ces derniers donnent un sentiment de supériorité sur le reste de la compétition et ce à tous les niveaux, y compris celui du recrutement, centré autour de la data.
À l'origine de la data
Si ce terme paraît complexe à première vue, c'est que vous avez de bons yeux. Plus sérieusement, essayons d'éclaircir le mystère autour de ce que représente vraiment la data. Selon Florent Toniutti, responsable éditorial pour Coparena et créateur du premier site dédié à la tactique en France, la data s’apparente à "tous les éléments qu’on peut récolter autour de la performance. Ça peut être des données de match ou des données physiques qui servent à l’évaluation d’un joueur, à sa forme sur le terrain et en dehors". Une sorte de mix qui regroupe un nombre presque infini de données brutes, liées autour du rectangle vert.
La data a toujours existé, mais elle ne s'est démocratisée que depuis une décennie sur la planète football. Le ballon rond est, à ce sujet, en retard par rapport à la NBA, ligue américaine de basketball où les statistiques avancées prédominent depuis de nombreuses années. Mieux vaut tard que jamais. En effet, des équipes émergentes comme Midtjylland au Danemark ou encore Brentford en Angleterre font partie des premières équipes à avoir misé l'avenir de leur club sur la data. Résultat, le club londonien est aujourd'hui bien installé en Premier League, après avoir connu deux montées successives. La politique sportive du club étant basée autour de cette dernière, c'est tout une méthode de recrutement qui doit être à repenser.
#Communiqué
— Toulouse FC (@ToulouseFC) July 20, 2020
Ce lundi 20 juillet 2020, RedBird Capital Partners acquiert une part majoritaire du capital du Toulouse Football Club.
Damien Comolli est nommé président du club.
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Alors, lorsqu'en juillet 2020, Damien Comolli devient le nouveau président du TFC, tout laisse à penser que le club va devoir réajuster sa manière de fonctionner. Ce fut le cas. En misant sur la data pour recruter et renforcer son équipe, le Téfécé s'est directement placé parmi les favoris pour remonter en Ligue 1. “Le processus de recrutement part toujours de la data. On couvre à peu près une soixantaine de championnats différents aujourd’hui. On les fait passer dans nos algorithmes (les joueurs) et ça va nous permettre de bien comprendre ce que fait bien un joueur, ce qu’il fait de moins bien, ce qu’il fait le plus souvent, ce qu’il fait le moins souvent", dévoile Julien Demeaux, responsable des données football au TFC depuis le rachat par RedBird en 2020. "On s’appuie sur les données pour prendre des décisions cohérentes. Ça nous aide aussi à trouver les joueurs qui sont sous-évalués par le marché pour X raisons par la façon de voir commune dans le foot", conclut-il. Une manière de casser les codes de la Ligue 2.
Pour quels résultats ?
Le recrutement à Toulouse s'est diversifié pour se moderniser. Depuis 2020, le club de la Ville Rose a fait venir un nombre incalculable de joueurs méconnus du grand public, voire inconnus. Certains ont été gardés et sont les principaux artisans de l'équipe de Philippe Montanier comme Stijn Spierings, Brecht Dejaegere ou encore Rhys Healey, là où d'autres ont été vendus après l'échec en barrage l'an dernier face à Nantes comme Deiver Machado, Vakoun Bayo ou même Sébastien Dewaest. L'exemple du Colombien Machado est un modèle des méthodes de Damien Comolli. Recruté gratuitement à partir de la data toulousaine à l'été 2020, le latéral gauche a été vendu au RC Lens un an plus tard pour environ 2 millions d'euros.
Le cas de l'attaquant anglais Rhys Healey est encore plus frappant. Arrivé dans le Sud-Ouest quelques semaines après Damien Comolli, le natif de Manchester a débarqué à Toulouse pour un montant avoisinant les 500 000 euros. Après une première bonne saison avec 14 réalisations en 32 rencontres, l'ancien avant-centre de 3ème division anglaise pointe à la première place du classement des buteurs cette saison, avec déjà 15 buts au compteur. Une véritable trouvaille que seules les statistiques avancées de la data ont permis de dénicher. Ce genre de recrutement prouve qu'il est tout à fait possible pour un club au budget limité de débusquer un joueur talentueux, à un prix relativement faible.
Healey's on fire ?
— Ligue 2 BKT (@Ligue2BKT) March 16, 2022
Cependant, l'utilisation de la data à outrance peut aussi s'avérer risquée. Il est vrai que la chance de mettre la main sur la perle rare existe, mais il y a également des limites qui peuvent parfois faire pencher la balance sur la manière d'utiliser ce large panel statistique. "On ne pourra pas uniformiser le jeu, car c’est la qualité technique et la nature des joueurs qui prévaut sur les modèles. On peut très bien préparer ses joueurs à toutes les situations, mais une fois sur le terrain, ce sont eux et leur réussite qui font le match", rappelle Florient Toniutti de Coparena. Heureusement, les transferts réalisés à l'aide de la data sont souvent à un prix relativement faible par rapport aux noms qui ressortent sur le marché. Ce qui permet de compenser à la fois la prise de risque de recruter un joueur peu connu, grâce aux données que l'algorithme propose, et la probabilité réelle de se tromper, en admettant que le joueur acheté n'avait tout simplement pas le niveau escompté.
Branco Van den Boomen : l'exemple à suivre
Lui aussi est arrivé sur la pointe des pieds au TFC, lors de ce désormais "fameux" mercato estival 2020. Né aux Pays-Bas, formé à l'Ajax Amsterdam, sur le papier, le profil de Van den Boomen ressemble à celui de centaines d'autres pépites passés par le club Néerlandais. Pourtant, il semblerait que le numéro 8 du Téfécé soit passé sous les radars de nombreux clubs, pour le plus grand plaisir des supporters Toulousains. Acheté pour la modique somme de 350 000 euros en provenance de De Graafschap, en 2ème division Hollandaise, le milieu de terrain va de suite prendre ses marques dans l'entre-jeu des Violets, avant de véritablement exploser cette saison suite au départ du Pitchoun Manu Koné vers l'Allemagne.
30 - Branco van den Boomen est impliqué dans 30 buts en 29 matches de Ligue 2 cette saison (12 buts, 18 passes décisives). Il a été décisif lors de chacune de ses 8 dernières apparitions dans la division. Injouable. #AJATFC pic.twitter.com/t9obyNxFBJ
— OptaJean (@OptaJean) March 19, 2022
“La manière dont on utilise les datas est unique dans le monde du football. On a un système qui nous permet de faire de la translation, c’est-à-dire que l’algorithme nous permet de dire : si on sort ce joueur de D2 Hollandaise, il va performer de telle manière en deuxième division en France”, explique Damien Comolli à propos de Van den Boomen. Pour lui, c'était une évidence de voir son meneur de jeu connaître une telle ascension. À huit journées de la fin de saison, le Néerlandais a déjà réalisé 17 passes décisives, tout en ayant trouvé le chemin des filets à 12 reprises. Il est également, selon Opta, le deuxième joueur qui touche le plus de ballon en Ligue 2. Des statistiques affolantes pour celui qui pourrait bien battre le record de caviars délivrés, détenu encore aujourd'hui par le Havrais Zinedine Ferhat, avec 20 offrandes lors de l'exercice 2017/2018.
La saison de Branco Van den Boomen est extraordinaire. Sur et en dehors du terrain, le joueur a su devenir l'un des chouchous du public Toulousain. Mais alors que le TFC a de grandes chances d'accéder à la Ligue 1 à l'issue de la saison, la probabilité que le milieu de terrain quitte le club est réelle. En fin de contrat à l'été 2023, VDB, comme il est surnommé, pourrait faire ses valises dans un club plus huppé qui joue le haut de tableau en rapportant un chèque important aux Violets. Selon Transfermarkt, la côte du natif d'Eindhoven est la plus élevée de Ligue 2, avec une valeur marchande de 4.50 millions d'euros. En cas de vente, le Téfécé pourrait donc réaliser une énorme plus-value sur un joueur acheté pour 350 000 euros. Car oui, la data peut aussi permettre de générer des bénéfices...
? Branco van den Boomen ?? devient le joueur le mieux valorisé de Ligue 2, selon @Transfermarkt !
? Sa valeur marchande est évaluée à 4.5 M€ pic.twitter.com/BbKbHgpNZY
— Mon Ptit Tef (@monptitef) March 24, 2022