Retrouvez notre interview exclusive réalisée avec Emmanuel Petit, ancien international français (63 sélections).
Passé par la Premier League avec Arsenal et Chelsea, ou encore par la Liga avec le FC Barcelone, Emmanuel Petit est aussi connu pour ses 289 matchs sous le maillot de l'AS Monaco. Avec plus de 200 rencontres de Ligue 1 à son actif, l'ancien international français (63 sélections) garde toujours un œil avisé sur tout ce qu'il se passe au sein du championnat de France. Pour MadeInFOOT, grâce à OCB Scores, le vainqueur de la Coupe du Monde 1998 a évoqué la gestion du cas Kylian Mbappé par Luis Enrique, le renouveau de l'OM sous Jean-Louis Gasset, ou encore la situation du Stade Rennais. Retrouvez son interview complète ci-dessous.
MadeInFOOT : Bonjour Emmanuel Petit, tout d'abord, que pensez-vous de la gestion de Kylian Mbappé par Luis Enrique ?
Emmanuel Petit : Ça fait couler beaucoup d’encre, ça fait beaucoup parler. Beaucoup ne comprennent pas cette gestion, surtout quand l’argument est de préparer la saison prochaine. Ça peut paraître incompréhensible certaines fois, mais les choses lui donnent raison. Le PSG est premier en Ligue 1, est en quarts de Ligue des Champions… Le fait de donner beaucoup moins de temps de jeu à Kylian Mbappé, et on l’a vu face à la Real Sociedad, avec son ambition et son orgueil, ça a été l’homme qui a fait gagner le PSG. Beaucoup auraient pu penser à un clash ou un désamour avec cette annonce, même s’il a certainement mal pris cette gestion car il a envie de jouer tous les matchs. Parfois ça m’irrite, surtout dans la communication de Luis Enrique, c’est un peu du je t’aime moi non plus lors des conférences de presse, il y a une impression de défiance et de méfiance avec les journalistes, qui le lui rendent. Même si parfois je ne comprends pas sa gestion, ça lui donne raison. Mais l’argument de dire : "je prépare la saison prochaine sans Mbappé", je m’aperçois que des très grands clubs, quand ils ont la chance de le faire, arrivent à faire un turn-over dans l’effectif, surtout avec les matchs compliqués en deuxième partie de saison. Je regardais le match face à Reims (2-2), je me suis fait la réflexion en me disant que quelque part, il n’a pas tort car il faut que l’équipe apprenne à jouer sans Mbappé. Il y a cette volonté de ne plus avoir ce côté bling bling, de ne plus avoir de stars, se concentrer sur l’équipe plutôt que sur un joueur. Force est de constater que Mbappé monopolise toutes les attentions, j’ai l’impression que l’équipe passe son temps à jouer pour lui. Je me suis dit que plus l’équipe apprendra à jouer sans lui, plus l’équipe sera la star, et peut-être que ça rejoindra le projet que veut le PSG. Il y a du pour et du contre dans la gestion de Luis Enrique, mais ça lui donne raison pour l’instant, on verra dans les prochaines semaines. S’il peut préserver l’énergie de Mbappé et son orgueil et sa fierté pour les matchs de LDC, pour moi ça ne sera que bénéfique pour le PSG et pour lui. Après, il y a des choses qui m’interpellent avec des changements à la mi-temps, ou de le mettre sur le banc au coup d’envoi. Tout le monde sait qu’après sa décision rendue publique, il a eu beaucoup moins de temps de jeu. Tout ça mélangé, ok je peux comprendre, mais j’ai aussi du mal car personne ne se passe de ses meilleurs joueurs quoiqu’il arrive.
C’est peut-être une des années où une victoire du PSG en LDC n’est pas vraiment attendue. Est-ce que vous croyez justement à une "surprise" ?
Il y a tellement de choses bizarres à comprendre dans le football… Pendant des années, le PSG s’est évertué à finir premier de sa poule pour éviter un gros tirage en huitièmes, et pour une fois qu’il finit deuxième, il tape une des équipes les plus abordables. Quand je regarde les équipes qualifiées, il y a beaucoup de grosses cylindrées, des anciens vainqueurs de LDC. J’ai regardé Liverpool-Manchester City (1-1), City me semble moins dominant que les années précédentes, plus prenable, même si ça reste une formidable équipe. Même le Bayern est en difficulté, donc je me dis pourquoi pas. Maintenant, je mets un bémol car pendant la phase de poules, le PSG avait beaucoup de difficultés quand il rencontrait des équipes qui lui proposaient une certaine adversité. Ça va être autre chose en quarts, mais ça peut être une surprise cette année, l’année où personne ne mettrait une pièce sur le PSG. On se dit que cette année, il y a beaucoup moins de dominance. J’ai vu le Real avoir énormément de difficultés à éliminer Leipzig. Sur une double confrontation, le PSG peut créer la surprise, avec un Kylian Mbappé sur le terrain (sourire).
Comment expliquez-vous ce renouveau assez dingue de l’OM sous Jean-Louis Gasset ?
On a l’impression que cette tactique leur convient beaucoup plus, on le voit avec les joueurs qui s’expriment beaucoup mieux, avec l’expression collective également. Historiquement, il y a toujours un regain qui arrive quand il y a un changement d’entraîneur, les joueurs savent que tout est remis à plat, il y a toujours une nouvelle dynamique qui se créé. C’est magnifique ce que fait l’OM, plus en adéquation avec ses standards, mais quand je vois les matchs à venir avec toutes les équipes en concurrence avec lui, là on en saura davantage. En tout cas, ils préparent merveilleusement bien les matchs à venir. La nouvelle dynamique a complètement changé la mentalité dans le vestiaire et sur le terrain. Le regard à l’extérieur a complètement changé aussi. Jean-Louis Gasset mais aussi Ghislain Printant sont les artisans. Les joueurs aiment ce côté humain et empathique. On a souvent dit que les qualités premières de Gasset étaient son relationnel, sa façon de gérer l’individu, mais pas que, car quand il est arrivé, il a changé de système, il a su fédérer tout son groupe derrière lui. Pour l’instant, il n’y a que des lumières vertes, mais le plus gros reste à faire pour l’OM avec tous ces matchs. Personne n’aurait pu imaginer ce changement aussi soudain, même sur la joie de vivre. Quand on voit ce qu’il s’est passé il y a quelques semaines et ce qu’il se passe aujourd’hui, c’est le jour et la nuit. On dit toujours qu’à Marseille, le mistral n’est jamais très loin, mais il est venu rapidement et a balayé pas mal de nuages. Aujourd’hui, c’est un beau soleil méditerranéen au-dessus du Vélodrome, mais j’attends de voir contre leurs principaux concurrents ce qu’ils sont capables de donner. En tout cas, ils se sont mis dans les meilleures dispositions pour aborder ces matchs.
Voyez-vous une épopée de l’OM en Ligue Europa, comme en 2017-2018 ?
C’est possible mais il reste des très gros clubs. Marseille revient de loin, j’ai l’impression qu’il est sorti de l’hosto, est en train de marcher et réapprend à courir. Quand je vois les grosses équipes qui restent, ça va être très compliqué pour l’OM. En revanche, venir titiller les places européennes et pourquoi pas le podium en championnat, ce n’est pas exclu. Ils sont à trois points du quatrième, honnêtement, il n’y a même pas cinq semaines de cela, personne n’y aurait pensé. Ça va très vite dans le football. S’ils peuvent faire une épopée en C3, tant mieux, mais ça risque d’être très compliqué. Pour moi, le championnat reste la priorité d’un club, on connaît l’impact financier de se qualifier pour la LDC, un club comme l’OM doit renouer avec la LDC. On en revient aux matchs à venir, qui seront extrêmement importants. Pour moi, les dynamiques sont liées, on l’a vu avec le Shakhtar (victoire 3-1 pour la première de Gasset)… L’OM doit prendre match après match, les joueurs et l’entraîneur ne doivent pas faire de projections, chaque match doit être une finale.
L’OM peut-il remplir son objectif de top 4 selon vous ?
Oui car c’est la dernière ligne droite, avec une sortie de route il y a quelques semaines en se disant être distancé par certaines équipes devant. Mais quand tu regardes les équipes devant, personne n’affiche un bilan impressionnant. Brest marchait sur l’eau, Lille vient de perdre deux points à domicile face à Rennes (2-2), Rennes a eu un renouveau avec l’arrivée de Julien Stéphan, Monaco on ne sait jamais, tu prends une pièce et tu la balances en l’air, tu ne sais pas s’ils vont gagner ou perdre, même à domicile… C’est très incertain et irrégulier, il suffit que l’OM aligne une série de victoires… Il n’y a pas de secrets dans le football, donc oui l’OM peut espérer décrocher quelque chose d’inespéré il y a quelques semaines.
Le Stade Rennais aussi a changé de visage depuis que Julien Stéphan est revenu il y a quelques mois. Malgré les résultats en début de saison, il revient bien au classement. Assez pour être européen une septième saison de suite selon vous ?
Oui, la dynamique depuis l’arrivée de Julien Stéphan est très importante. Bruno Genesio disait d’ailleurs qu’il manquait d’énergie, donc il fallait quelqu’un pour en insuffler une nouvelle. Il y a également certains joueurs qui sont revenus à un niveau acceptable, à commencer par Ludovic Blas. Ses six premiers mois étaient médiocres, je me disais : "mais qu’est-ce qu’il a ce joueur depuis qu’il est parti de Nantes ?". Ces derniers temps, ce n’est plus du tout le même. Stéphan lui tout seul avec son énergie, sa communication et son management, il ne pourra pas tout faire. Il faudra que certains joueurs cadres reviennent à un niveau plus qu’acceptable pour pouvoir essayer de grappiller quelque chose en fin de saison. Il y a d’autres joueurs qui peuvent faire beaucoup mieux. Face à Lille, tu gagnes 2-0, c’est un concurrent direct pour les places européennes, tu concèdes le 2-2, ce n’est pas un mauvais point, mais tu te dis que tu perds quand même deux points dans la course à l’Europe. Je me souviens que lorsqu’on arrivait en fin de saison, on n’arrivait plus à regarder le calendrier, on ne faisait plus de calculs. En début de saison, tu prends le calendrier, tu regardes les matchs, tu te dis que la saison est longue… Mais là, quand tu arrives dans la dernière ligne droite, t’as la tête dans le guidon, il ne faut pas faire de projections, il faut prendre les matchs comme ils viennent. Tu ne regardes pas ce qu’il va se passer la semaine prochaine, tu t’en fous, la priorité c’est le prochain match. Tous les clubs qui jouent gros doivent penser et réfléchir comme ça, comme doit le faire Rennes entre autres.