La Russie a déclaré la guerre à l'Ukraine ce jeudi 24 février et les premiers bombardements à Kiev ont eu lieu tôt dans la matinée. Les civils et les footballeurs se retrouvent seuls face à leurs peurs et appellent à l'aide.
Après les premiers impacts économiques et sportifs, MadeInFOOT s'intéresse aussi aux souffrances et aux craintes des joueurs et acteurs du football en Ukraine. Avec la déclaration de guerre de Vladimir Poutine aux Ukrainiens, suivie de plusieurs bombardements dans la nuit, la peur est le premier ressenti des expatriés en Ukraine. Paulo Fonseca, ancien entraîneur du Shakhtar entre 2016 et 2019, avait prévu de quitter le pays ce jeudi matin, mais il est finalement bloqué en Ukraine après l'annulation de son vol.
"Je me suis réveillé à cinq heures du matin avec cinq explosions consécutives. J'avais un vol prévu pour aujourd'hui, mais maintenant il est impossible de partir d'ici, notamment parce que les aéroports sont déjà détruits et que l'espace aérien a été fermé" a-t-il déclaré à Jornal de Notícias. "C'est le pire jour de ma vie. (...) Maintenant, il est temps d'attendre et d'avoir de la chance. Et priez pour qu'une bombe ne nous tombe pas dessus". Pour le moment, le coach ne sait pas comment il pourra quitter Kiev, mais il livre des détails sur sa journée, rythmée par les avions militaires, les files d'attente énormes hors de la ville, le manque de carburant... "Le jour le plus effrayant de ma vie. Douleur. Colère, colère, colère et douleur. Mon fils ne méritait pas la guerre. Les enfants de l'Ukraine ne méritaient pas la guerre", a réagi la femme de l'entraîneur portugais dans un message publié sur Instagram.
L'appel à l'aide des Brésiliens du Shakthar et du Dynamo
De nombreux Brésiliens font carrière en Ukraine et les joueurs du Shakhtar Donetsk, ainsi que ceux du Dynamo Kiev, ont fait un appel à l'aide ces dernières heures au Président de leur pays, Jair Bolsonaro. Dans une vidéo tournée dans un hôtel à Kiev et postée sur les réseaux sociaux, les footballeurs interpellent leur dirigeant, avec leurs enfants au premier plan ainsi que leurs femmes, qui ont aussi pris la parole. Ces derniers demandent tout naturellement d'être rapatriés par le Brésil ! Junior Moraes, attaquant du Shakhtar, a notamment déclaré : "La situation est désespérée. Les frontières sont fermées, les banques aussi, il n'y a pas de carburant, on s'attend à une pénurie de nourriture, il n'y a pas d'argent. Nous sommes réunis en attendant un plan pour quitter l'Ukraine".
Jogadores brasileiros do Shakhtar e do Dínamo estão reunidos com as famílias em um hotel de Kiev. Acabaram de gravar esse vídeo pedindo ajuda das autoridades brasileiras para deixar o país. pic.twitter.com/7ah1RuKGo2
— Arthur Quezada (@ArthurQuezada) February 24, 2022
Toujours du côté du Shakhtar, Roberto de Zerbi, l'entraîneur italien arrivé cet été au club, s'est aussi exprimé suite à cette "très mauvaise journée". "Nous avons été réveillés par les bombardements cette nuit. L’Ambassade voulait que nous partions, mais je ne pouvais pas quitter mon club, mes joueurs et partir. Au final, ils ont fermé l’espace aérien. Nous restons ici".
Si certains peuvent se rassurer comme ils le peuvent en famille, Noa Nehar, jeune joueur du Dynamo Kiev, doit faire face à cette situation compliquée seul, ou presque. Il a livré ses premiers mots pour RMC suite aux bombardements et les détails sont glaçants. "J’ai entendu trois ou quatre explosions mais je ne savais pas si c’était ça ou autre chose. Mais ce n’était pas l’orage. Une heure plus tard, on en a entendu une autre. On a encore entendu une sirène vers midi" a raconté le jeune joueur, qui a signé son premier contrat professionnel en Ukraine en janvier. Très loin du calme de Monaco, son club formateur, Noa Nehar n'est, pour le moment, pas inquiet et n'a "pas peur". "Inquiet? Non pas trop parce qu’on est en sécurité. On est dans un bon quartier de Kiev, Lipki, on attend juste".
Alors qu'il voulait quitter l'Ukraine il y a quelques jours, le jeune joueur a d'abord été retenu par son club... pour la Youth League. Il est désormais confiné avec un de ses coéquipiers. "On avait demandé au président de partir mais il ne voulait pas parce qu’il y avait les matchs de la Youth League, rapporte le jeune joueur. Et là, il a dit qu’on pouvait, ça un peu retardé le fait qu’on puisse partir. Ça commençait à parler, la guerre commençait déjà à la frontière, des civils ont été tués en Russie. On sentait que ça arrivait. Il y a des bouchons partout parce que tout le monde veut quitter la ville, les trains sont pleins et l’aéroport est fermé. C’est un peu compliqué pour partir. On attend que notre adjoint parle avec l’ambassade de France pour savoir quand on va pouvoir partir, peut-être aller en Pologne. On va voir ce qu’on peut faire". Aujourd'hui, il attend patiemment les consignes de l'ambassade pour savoir comment quitter l'Ukraine et rejoindre, peut-être, la Pologne.
Mircea Lucescu ne veut pas abandonner l'Ukraine
Le plus téméraire, pour le moment, est Mircea Lucescu. L'entraîneur roumain du Dynamo, âgé de 76 ans, a fait savoir qu'il ne comptait pas quitter le pays pour le moment. "J'attends juste de voir ce qui se passe. Samedi, nous devions jouer contre Inhulets Petrove, 14e, à Kiev, mais voyons quel est l'état d'urgence. Le ministre de la Jeunesse et des Sports a suspendu toute manifestation sportive pendant 30 jours… Le Parlement a ratifié l'état d'urgence, force est de constater que nous ne jouons pas encore. Voyons combien de temps dure cette folie. (...) Les joueurs ont un peu peur... donc... normal... pour leurs familles... On n'a pas beaucoup étrangers, c'est pire pour les équipes avec beaucoup d'étrangers parce que leurs ambassades, bien sûr, leur demandent de quitter le pays". Les prochaines heures risquent d'être très importantes pour le rapatriement des expatriés dans leur pays.